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Dossier La génération Y et l'amour / En partenariat avec le CFPJ

J’ai testé Happn, le Tinder français

Happn serait en passe de détrôner son cousin américain Tinder. Lancée par trois jeunes entrepreneurs il y a maintenant un an, l’application compte aujourd’hui plus d’un million d’abonnés. Son slogan? “Retrouvez qui vous croisez”. Grâce à la géolocalisation, Happn ambitionne de donner une seconde chance au destin et nous permet de retrouver la belle gueule repérée à la boulangerie. À condition, évidemment, qu’elle aussi utilise Happn. On a testé pour vous.
© Margot Ziegler pour Cheek Magazine
© Margot Ziegler pour Cheek Magazine

© Margot Ziegler pour Cheek Magazine


Et si Happn and co étaient devenus les nouveaux entremetteurs amoureux de notre génération? Pour le savoir, je me glisse dans la peau d’une célibataire connectée, à la recherche d’un P.C. (Prince Charmant ou Plan Cul, au choix). En couple et heureuse de l’être, je ressens une légère appréhension en cliquant sur “Obtenir” dans l’Apple Store. Je dois m’inscrire via mon Facebook. Décidemment, Mark Zuckerberg est toujours dans les bons coups. Amis, mail, anniversaire, parcours professionnel, photos: Happn peut récupérer toutes mes infos Facebook et s’en servir pour définir mon profil. Je me sens à nu, espionnée, mais les développeurs d’Happn ont réponse à tout: “Happn ne postera jamais, jamais, jamais sur votre mur Facebook. Même sous la torture, on ne dira RIEN.” Trop de justifications, c’est louche. Pour rassurer ceux qui flippent d’être pistés, Happn continue: “L’app est géolocalisée, mais votre position n’est jamais, jamais, jamais visible pour les autres utilisateurs. Personne ne sait où vous êtes. Et même sous la torture on ne dira rien parce que même nous on n’en sait rien.” Soit. C’est parti. 

 Profil Nina Happn

Capture d’écran de mon profil

Like, crush et chat 

Les profils des mecs du quartier s’affichent sur ma timeline organisée à la verticale. Comme sur Tinder, je peux les liker et ils ne le sauront que si eux aussi m’ont liké. Ce coup de cœur mutuel devient un “crush” et permet de chatter. Si l’on est davantage rentre-dedans, on peut carrément envoyer un “charme” au beau gosse croisé près de Montorgueil, qui lui sera notifié dans la foulée. Comme en boîte de nuit, il est gratuit pour les filles et payant pour les mecs. Je scrolle ma Timeline depuis dix minutes quand je reçois mon premier charme: Arnaud*, 24 ans… Et pas à mon goût. J’ai l’impression d’être observée par une horde de célibataires affamés, que je risque de croiser à chaque instant. 

Les “charmes” sont réservés aux mecs, semble-t-il. Sur Happn aussi, des codes régissent la drague.

Je me lance, j’envoie timidement mes premiers likes. Photo, âge, prénom, profession, je scanne les mecs à la chaîne. J’élimine d’emblée ceux qui posent en maillot de bain, idem pour les buveurs de mojito et les fumeurs de cigare. Les profils défilent, j’y reviendrai plus tard. Grosse différence avec Tinder où l’on jette les gars d’un coup d’index, un peu comme l’empereur romain décidait de la vie de ses gladiateurs avec son pouce. 

Je passe à la vitesse supérieure. Je prends mon courage à deux mains et “charme” Camille, Romain et Antoine*. Les crushs se multiplient et le chat peut commencer. “Que me vaut ce charme?”, demande Romain*. “Jolie toi, merci pour ton charme”, m’écrit Camille*. Je me doutais que c’était osé. Les “charmes” sont réservés aux mecs, semble-t-il. Sur Happn aussi, des codes régissent la drague. Pour l’instant, on est loin des accroches cashs auxquelles sont abonnés les utilisateurs de Tinder. Mon harem Happn n’est constitué que de mecs sympas qui me demandent ce que je fais dans la vie, si je passe une bonne soirée ou si j’aime la musique classique. Beaucoup plus sage que sur Tinder. Il n’y a qu’à voir les différents logos des deux applis: un cœur bleu pour l’un et une flamme rouge pour l’autre.

  

Mieux vaut ne pas être parano

Dans la queue du supermarché, je crois reconnaître le jeune homme devant moi. Je deviens parano. Je rafraîchis ma timeline Happn. Non, je ne rêve pas, c’est bien lui: Benjamin*, 26 ans, publicitaire. De retour chez moi, j’annonce à mon mec que pour les besoins d’un article je chatte sur Happn avec des inconnus. “Si c’est comme ça, je vais m’inscrire sur Tinder”, menace-t-il. Il boude et je continue de discuter avec mes prétendants avant de réaliser que certains habitent dans mon quartier. Et si c’était des voisins? Gênée à l’idée de tomber nez à nez avec l’un d’entre eux dans l’ascenseur, je ferme l’appli. Le lendemain, je relance les conversations qui ont du mal à dépasser le stade des politesses -“Tu bosses dans le coin?”- mais, avantage de la drague à distance, on peut dissimuler les blancs par un “Désolée, j’avais plus de réseau”. Je discute avec Romain*, lui pose plein de questions sur sa vie, son boulot et réalise que je n’aurai plus rien à lui dire une fois assise en face de lui. Tout est une question de dosage. Il est temps de prendre rendez-vous.

Gaspard, Romain, Alban, Julien, Léo et Jules*… Je me perds avec tous ces prénoms. Deux de mes correspondants acceptent rapidement un rendez-vous dans l’après-midi. Pratique, on travaille à côté. Bien qu’il n’y ait pas d’enjeu perso, le stress commence à monter. Et si je les décevais? Il faut dire que j’ai un rhume qui traîne depuis cinq jours et que je ne ressemble actuellement pas vraiment à ma photo de profil. Ça tombe bien, eux non plus.

 Profil mec Happn

Les filles ont le pouvoir

Inscrit sur Tinder et Happn depuis qu’il s’est séparé de sa copine rencontrée sur Adopteunmec.com, Romain*, 26 ans, livre son avis d’expert sur les rencontres virtuelles. “Parmi les 40 conversations entamées sur le chat, il y a une quinzaine de filles avec lesquelles j’ai accroché et trois que j’ai rencontrées.” Il avoue ne pas toujours respecter les étapes des dates à l’américaine. “Il m’est arrivé, avec un coup dans le nez, de rencontrer l’une des filles à 4 heures du matin, chez elle.” Notre conversation -plutôt banale- est soudainement interrompue par les vibrations de son smartphone. Une notification Tinder apparaît sur son écran, il s’empresse de ranger son téléphone et moi de demander l’addition. Mal à l’aise, je profite qu’il aille aux toilettes pour rassurer mon copain par texto, prêt à débarquer en cas de problème. Mais tout va bien, les abonnés d’Happn sont loin d’être les freaks des forums, cachés sous le pseudo “Beaugossedu75”.

Le mensonge devient plus difficile lorsqu’on risque de croiser sa target à chaque coin de rue.

Dans ma lancée, j’enchaîne avec Diego*. Il m’offre un café à quelques rues du premier rendez-vous et me confirme que les filles ont le pouvoir sur Happn. Il ne leur propose presque jamais de rendez-vous, par “peur de faire peur”. “Cette application est comme un immense bar rempli de célibataires, tous venus pour rencontrer quelqu’un, résume-t-il. Mais plus intimiste et plus personnalisée que Tinder.” Sur Happn, la géolocalisation est plus précise car elle fonctionne en temps réel et dans un périmètre moindre -250 m minimum contre 2 km. Et le mensonge devient plus difficile lorsqu’on risque de croiser sa target à chaque coin de rue.

Il est temps pour moi de me désinscrire, j’hésite. Addictives, ce genre d’applications font surtout du bien à l’ego. Mais on s’en lasse vite. Toujours les mêmes phrases toutes faites et les mêmes rendez-vous gênants. Plus moderne que Tournez manège, Happn est un énième outil numérique de socialisation certes dans l’air du temps, mais pour combien de temps?

Nina Boutléroff 

*Les prénoms ont été changés.


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