société

A start-up is born

Elles ont créé Jho, une marque de protections hygiéniques bio et éthique

Dorothée Barth et Coline Mazeyrat proposeront à partir du 9 avril des tampons, serviettes hygiéniques et protège-slips fabriqués à base de coton bio avec leur marque, Jho. Objectif: révolutionner le mode de consommation de ces produits de première nécessité. 
Dorothée Barth et Coline Mazeyrat, ©Hicham Lahmamsi
Dorothée Barth et Coline Mazeyrat, ©Hicham Lahmamsi

Dorothée Barth et Coline Mazeyrat, ©Hicham Lahmamsi


Juste” et “honnête”. C’est à partir de ces deux mots devenus devise que Dorothée Barth et Coline Mazeyrat ont baptisé leur marque de protections hygiéniques à base de coton bio, Jho. En s’appuyant sur un discours transparent et féministe en forme de pied de nez aux publicitaires pour qui le sang des femmes est bleu et leur humeur toujours au top, les deux femmes proposent à partir du 9 avril l’achat en ligne de tampons de différentes tailles, serviettes hygiéniques et protège-slips. Pour bénéficier de ces produits et de leur livraison à domicile, les utilisatrices choisissent entre un système d’abonnement et celui d’achats ponctuels. Les fondatrices ont tenu à développer une approche éthique en travaillant en partenariat avec l’ONG Gynécologie Sans Frontières, pour soutenir les femmes migrantes sans abri. Elles prêtent également main forte à  l’association W4 dans le cadre d’un programme d’éducation à la santé et aux règles d’hygiène qui s’accompagne de formations à la confection de serviettes lavables dans le Nord du Cameroun.

L’idée de lancer une start-up survient chez les deux entrepreneures alors qu’elles cherchent un nouveau souffle dans leurs vies professionnelles. Dorothée Barth, 40 ans, a été journaliste pendant plus de dix ans avant d’écrire et de jouer un spectacle sur le thème de ce milieu professionnel. Elle s’est ensuite reconvertie  sans grande passion dans la communication et a déménagé de la capitale française à Nantes, ville dans laquelle “on respire, on surfe sur la côte le week-end, on boit du vin à midi au resto, et pas du coca zéro”. Son associée, Coline Mazeyrat, 30 ans, rejoint elle aussi la cité des Ducs après un début de carrière dans le commerce à Paris. Elle décrit l’entrepreneuriat, monde dans lequel elle se lance avec Jho, comme “encore très masculin”. Le duo se retrouve ainsi à batailler avec un banquier pour lui faire comprendre l’intérêt de commercialiser plusieurs tailles de tampons. Plus cocasse encore, elles rencontrent un business angel surpris d’apprendre que les règles reviennent tous les mois. Interview de deux startupeuses qui veulent faire tomber le tabou des menstruations.

 

C’est quoi, Jho?

Coline Mazeyrat: Jho, c’est une nouvelle marque qui va révolutionner la consommation des protections hygiéniques. D’abord parce que nous proposons des produits sains, contrairement à certains tampons ou serviettes vendus par les leaders du marché et qui peuvent contenir du chlore, des traces de pesticide, ou des absorbants dérivés du pétrole. Ensuite parce qu’on met en place un abonnement qui permet à nos clientes de recevoir tous les 3 mois chez elles les produits dont elles ont besoin pour 3 mois de règles. C’est logique et pratique, ça évite la panique devant le placard vide quand les règles arrivent un dimanche! 

Dorothée Barth: On a aussi voulu donner du sens à l’achat d’un produit de première nécessité, car c’en est un pour les femmes! Pour chaque boîte achetée, des dons sont faits à des femmes dans la précarité en France et au Cameroun.

Le jour où vous vous êtes lancées?

D.B.: C’était il y a un an. Je ne savais pas trop ce que j’allais faire de ma vie pro et j’ai postulé auprès d’un incubateur à Nantes, fondé par un entrepreneur de la Silicon Valley. Lors de notre entretien, il m’a fait réaliser qu’en 15 ans de freelance, j’avais développé toutes les qualités nécessaires pour devenir cheffe d’entreprise. Il fallait un Américain pour voir les choses comme ça! Quand il m’a proposé de monter une start-up de tampons bio distribués par abonnement, concept qui existe déjà aux États-Unis, mon sang d’ex-journaliste santé n’a fait qu’un tour. 

C.M.: Moi, je m’ennuyais ferme dans mon job. Avec Dorothée on se connaissait bien mais on n’avait jamais bossé ensemble. Alors quand elle m’a appelée, on a pris un verre, et on s’est assurées qu’on était d’accord sur l’essentiel: on veut une boîte saine, qui a du sens, on n’aime pas le violet, on peut rire de tout , l’équilibre avec nos vies perso doit être une priorité, et tournée de mojito quand on a un bonne nouvelle. Trois jours plus tard je faisais un abandon de poste pour me lancer avec elle.

Le conseil que vous donneriez à quelqu’un qui veut monter sa boîte?

D.B.: Quand on est convaincu·e et passionné·e par son sujet, il faut foncer sans avoir peur de ne pas être performant·e sur tous les sujets. Monter une boîte, c’est toucher à énormément de domaines, de la compta au marketing en passant par la logistique. Il faut s’aider des personnes avec qui on est en phase et qui sont compétentes, comme des ami·e·s juristes ou comptables, et ne pas sous-estimer leur envie de donner un coup de main. Avec Coline, on s’accroche à une citation:  “Tous les avis sont bons à écouter mais pas bons à prendre”. Il est aussi nécessaire de se faire confiance. C’est peut-être très personnel, mais on trouve également génial de lancer une entreprise à deux, l’une dédramatise quand l’autre flippe.

Où vous voyez-vous dans trois ans?

D.B.: Ah! Ça c’est la question préférée des investisseurs. Pour rire on leur répond que dans 3 ans, on aimerait gagner assez d’argent pour faire une Costa Croisière avec l’option buffet à volonté. En plus concret, dans le futur et étant donné qu’on compte créer des emplois, j’aimerais vraiment développer une boîte dans laquelle les gens sont contents de venir bosser. 

C.M.: Comme les “reines du tampon bio”, ça claque sur une carte de visite, non? Plus sérieusement, Jho est une entreprise qui nous ressemble, on y a mis beaucoup de nous. Dans 3 ans, j’aimerais donc que ce soit toujours le cas, qu’on ait réussi à aider de nombreuses femmes via nos ONG partenaires, et que nos clientes se sentent enfin respectées par une marque.

Propos recueillis par Margot Cherrid


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