société

Interview “Carioca” / Johanna Thomé de Souza

“Rio de Janeiro, c'est l'exubérance dans tout”

Cette illustratrice franco-brésilienne expose jusqu’à dimanche au salon du dessin contemporain de Paris. Et puisque sa série de dessins s’appelle Si Rio m’était conté, on a soumis Johanna Thomé de Souza à une interview “Carioca”.
© Clément Appéré
© Clément Appéré

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Johanna Thomé de Souza vit à Paris en ce moment, mais vivra à Rio le mois prochain. Depuis qu’elle est rentrée de ses trois ans passés au Brésil, cette illustratrice de 30 ans a choisi de vivre entre les deux pays qui sont les siens. Élevée en France par une mère française et un père brésilien, c’est à Rio que ses dessins de presse ont commencé à la faire connaître. Partie là-bas il y a trois ans à la recherche de ses racines, Johanna Thomé de Souza avait prévu d’y rester un an. Finalement, ce fut trois. Pourtant, quand elle pose ses valises à Rio de Janeiro, ce n’est pas vraiment le coup de foudre: “Je déteste le soleil, la chaleur et la plage, résume-t-elle. J’ai atterri à Rio car je voulais me faire mon expérience propre, pas nécessairement avec ma famille qui vit entre Santos et São Paulo. La première année n’a pas été facile, en fait j’ai commencé à aimer la ville quand j’ai accepté que tout était compliqué.”

Je ne comprends pas qu’on puisse se mettre des œillères à ce point et dire que tout est rose.

Loin de la carte postale, Johanna Thomé de Souza découvre que la ville des cariocas (Ndlr: les habitants de Rio) est aussi celle des arnaques, du retard systématique et de la violence. “Je ne comprends pas qu’on puisse se mettre des œillères à ce point et dire que tout est rose”, soupire-t-elle, en réaction à l’enthousiasme que suscite la “cidade maravilhosa” auprès de la communauté française. 

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 Aldeia Maracana © Johanna Thomé de Souza

Cette capacité d’observation, Johanna Thomé de Souza la met très vite au service de ses dessins: elle commence à capter des moments de la vie quotidienne, puis à illustrer l’actualité politique. “J’avais un blog où je postais un dessin par jour pour partager ce que je vivais. Assez vite, j’ai eu des commandes, notamment pour faire des compte-rendus de soirées, et il y a eu un petit buzz sur Facebook. C’est comme ça que je me suis mise à chroniquer le quotidien et que j’ai fini par avoir un dessin dans Le Monde.”

À l’occasion du salon du dessin contemporain de Paris, qui débute aujourd’hui, c’est cette fois le journal brésilien Globo (une référence dans le pays) qui lui consacre un long article. Normal, puisque la jeune femme y expose ses dessins cariocas dans une série intitulée Si Rio m’était conté. Un projet qu’elle souhaite développer cette année, en y ajoutant les textes d’une amie pour proposer une autre vision de Rio dans une exposition à part entière. L’occasion rêvée, pour nous, de la soumettre à une interview “Carioca”.

Ton endroit fétiche à Rio?

La Casa da Cachaça, dans le quartier de Lapa. C’était mon lieu de perdition, le seul encore ouvert à 8 heures du matin. Là-bas, tu croises des prostituées, des mendiants, mais aussi des fêtards et des touristes. Ce que j’aime dans cet endroit, c’est qu’il possède encore un côté suranné, pas policé, même si ça ne va certainement pas durer. J’ai de super souvenirs là-bas: une fois, je m’y suis retrouvée au petit matin avec un café au lait dans une main et une bière dans l’autre!

“Les Cariocas vivent dans une société extrêmement violente et ont pourtant cette capacité à apprécier et profiter de la vie.”

Ce que tu préfères chez les Cariocas?

Ils ont une légèreté de vivre, même dans le drame. Ils vivent dans une société extrêmement violente et ont pourtant cette capacité à apprécier et profiter de la vie. Ce n’est pas superficiel, ils pensent vraiment que le rire et le sourire est tout ce qu’il leur reste et qu’on ne pourra pas leur enlever. Ça m’a fait beaucoup de bien, à moi qui suis si stressée.

Ce qui t’énerve le plus chez eux?

Le pendant de cette précédente qualité: rien n’a d’importance. On arrive en retard, tout prend du temps, rien n’est grave. Parfois, il faut que ce soit grave.

Ce que personne ne sait sur Rio?

C’est très cher. Le quotidien me coûtait plus qu’à Paris, entre le logement, les transports et la santé. Il faut gagner beaucoup pour avoir le même confort de vie qu’en France.

Le meilleur moment d’une journée carioca?

La fin de la nuit, quand on voit le lever du soleil sur la plage. Et quand tu reviens de soirée, c’est encore mieux, tu as la lune d’un côté et le soleil de l’autre.

Une chanson indissociable de Rio?

Apesar de Você, de Chico Buarque.

Un mot qui caractérise Rio?

L’exubérance. Dans tout. C’est un cirque permanent! Que ce soit au niveau politique, dans la manière d’être et de parler, d’exprimer les sentiments, que ce soit dans l’extrême richesse ou l’extrême pauvreté… Le carnaval est aussi un bon exemple de n’importe quoi pendant quatre jours. Mais c’est une soupape annuelle qui fait que le pays tient.

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Wednesday Night Fever © Johanna Thomé de Souza

Une odeur particulièrement carioca?

Pour moi, il y a une odeur très particulière et très caractéristique, qui est un mélange de produits de beauté et d’odeur corporelle. Je me souviens être allée à une soirée forró à Paris, d’être entrée et de m’être dit: ça sent le Brésil!

Un aliment typique?

L’açaï, que je ne connaissais pas avant d’aller au Brésil. J’en mangeais vachement, avant ou après le sport, avant de découvrir qu’une portion équivalait à un repas.

Le vêtement qui symbolise Rio?

Le short en jean tellement petit que tu as les poches qui dépassent. Même moi, je m’y suis mise.

“Il  m’est déjà arrivé d’attendre trois heures dans un quartier qui craignait.”

Un cliché vrai sur les Cariocas?

Ils sont en retard! C’est vraiment horrible, il  m’est déjà arrivé d’attendre trois heures dans un quartier qui craignait. Mais tu es obligé de t’y faire sinon tu deviens fou et tu perds beaucoup de temps. Moi qui n’étais jamais en retard avant, j’ai tendance à arriver parmi les dernières aux soirées maintenant.

Ton endroit carioca à Paris?

Avant de partir vivre au Brésil, j’allais souvent au Studio des Rigoles le vendredi soir, où sont organisées des soirées brésiliennes. Maintenant, je retrouve Rio à Paris quand je suis avec mes amis que j’ai connus là-bas, qu’on finit à la cachaça, à parler moitié français, moitié portugais.

Propos recueillis par Myriam Levain


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