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“La Mécanique du crime”: un documentaire choc pour en finir avec les féminicides

Dans son documentaire La Mécanique du crime, diffusé jeudi 5 avril à 20h50 dans Envoyé Spécial sur France 2, Lorraine de Foucher démontre le caractère systémique des homicides conjugaux et explore les solutions disponibles pour lutter contre ce phénomène de société trop souvent banalisé. Entretien express. 
Capture d'écran du documentaire “La Mécanique du crime”
Capture d'écran du documentaire “La Mécanique du crime”

Capture d'écran du documentaire “La Mécanique du crime”


La Mécanique du crime, documentaire sur les homicides conjugaux de Lorraine de Foucher et David Geoffrion, sera diffusé ce soir dans Envoyé spécial, sur France 2. Dans ce documentaire passionnant, la journaliste revient sur les facteurs immuables des féminicides. Entre les témoignages des proches de victimes et ceux d’hommes violents qui ne se formalisent pas tous des traitements qu’ils ont fait subir à leurs compagnes, Lorraine de Foucher interroge aussi des survivantes comme Géraldine Pallier, blessée de plusieurs coups de couteau par son ex-compagnon en 2015, ou Juliette, qui préfère garder l’anonymat pour se protéger d’un ex-mari qui, six ans après leur rupture, la menace et la poursuit toujours. “Dans l’inconscient collectif on traîne parfois l’idée que ces femmes sont un peu responsables de la situation dans laquelle elles se sont retrouvées, comme si elles n’avaient pas assez réussi à se défendre, à se défaire de l’emprise, regrette Lorraine de Foucher. A l’inverse, moi j’ai rencontré des modèles de femmes, des combattantes, qui élèvent leurs enfants, travaillent, tentent de survivre malgré ceux qui sont parfois lancés à leurs trousses et malgré l’indifférence de la société.

C’est justement pour lutter contre cette indifférence que la journaliste de 31 ans s’est lancée dans la réalisation de ce film bouleversant qui met également en avant des travailleurs sociaux, des chercheurs ou des journalistes, comme Titiou Lecoq, qui se mobilisent pour enrayer cette mécanique macabre. “On n’ose jamais trop intervenir dans les cas de violences conjugales, on se dit que ça appartient à l’intimité d’un couple, que c’est cantonné à la chambre à coucher, explique Lorraine de Foucher. En réalité, il y a bien sûr un droit à l’intimité, mais aussi un droit pour tous et toutes à évoluer en sécurité dans des relations heureuses et bienveillantes. Il ne s’agit pas de systématiquement se mêler de la vie de ses proches, mais on a tous un rôle de garde-fou qui peut s’avérer vital.”

Pourquoi avoir réalisé ce documentaire?

L’été dernier, je suis tombée sur le travail effectué par une super journaliste: Titiou Lecoq, qui documente tous les homicides conjugaux depuis un an et demi pour Libération. À chaque fois qu’une femme meurt, elle tente de lui redonner une identité, une vie, une histoire, derrière la statistique qu’on a tous en-tête de “une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint”. Sa liste a été un électrochoc, et j’ai réfléchi à travailler moi aussi sur le sujet. En enquêtant, je suis tombée sur la thèse de fin d’études de médecine d’une psychiatre légiste basée à Poitiers, Alexia Delbreil. Je l’ai rencontrée, j’ai fait son portrait pour Le Monde, et j’ai compris le caractère systémique des homicides conjugaux que résume parfaitement cette phrase de Titiou Lecoq: “Ce ne sont pas des faits divers, mais un fait de société”.

Quels sont les signes avant-coureurs d’un homicide conjugal?

Un homicide conjugal est un geste très violent déclenché par une intention de rupture. C’est le geste d’un homme qui ne supporte pas psychologiquement la perte de sa femme et la préfère morte que vivante sans lui. Les signes avant-coureurs sont donc des relations très possessives, des hommes qui isolent leurs femmes, de la violence physique bien sûr, mais pas que, verbale et économique aussi. On ne le répétera jamais assez: dès la première gifle il faut partir. La violence, malgré des siècles de propagande culturelle pour la passion, n’a rien à voir avec l’amour. Quelqu’un qu’on aime, on le chérit, on veut son bonheur, son équilibre, son épanouissement, jamais sa souffrance. Il y a une vraie réflexion sociétale à avoir sur la bientraitance dans le couple.

Quels dispositifs pourrions-nous mettre en place pour réduire ces homicides conjugaux en France?

Il suffit d’aller voir au Québec: là-bas, en 10 ans, ils ont divisé les homicides conjugaux par deux. Ils sont très forts, tout le monde est ultra formé, ils ont des brigades de police spécialisées, des questionnaires pour les acteurs sociaux pour “détecter le risque homicidaire”. À chaque fois qu’une femme meurt, les autorités se réunissent et se demandent comment le meurtre aurait pu être évité, à quel endroit le filet de sécurité a failli. Ils ont aussi des groupes préventifs: ils ont créé des groupes de parole pour hommes en situation de violences, ou pour des hommes qui traversent une rupture difficile. Imaginez en France un homme se rendre à un groupe de parole pour gestion de rupture difficile…

Propos receuillis par Audrey Renault

La Mécanique du crime, de Lorraine de Foucher et David Geoffrion (Nova Production), jeudi 5 avril à 20h50 dans Envoyé Spécial sur France 2.


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