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Interview Worldwide Cheek / Laure Pallez

À Shanghai, Laure Pallez est l’une des voix de la communauté française

Laure Pallez vit en Chine depuis 2009 et cela fait trois ans qu’elle y défend les intérêts de la communauté française auprès du ministère des affaires étrangères. Interview Worldwide Cheek.
Laure Pallez dans le quartier de l'ancienne concession française à Shanghai, DR
Laure Pallez dans le quartier de l'ancienne concession française à Shanghai, DR

Laure Pallez dans le quartier de l'ancienne concession française à Shanghai, DR


Quand Laure Pallez a suivi son mari pour s’installer en Chine il y a sept ans, elle ne s’imaginait pas qu’elle porterait un jour les couleurs du pays auprès de l’État français. La jeune femme de 35 ans est en effet l’une des 443 conseillers consulaires élus dans le monde entier pour défendre les politiques publiques à mener en faveur des Français expatriés. “Il y en a 2,5 millions, cela fait beaucoup de voix lors des élections”, souligne Laure Pallez, qui s’est retrouvée propulsée dans ce monde en 2014. “Je n’avais jamais fait de politique, on m’a proposé d’être en deuxième position sur une liste de gauche et j’ai accepté, se souvient-elle. Sauf que la tête de liste a dû rentrer précipitamment en France et que je me suis retrouvée en première ligne, à devoir reconstituer ma propre liste et faire campagne en très peu de temps.”

Première victoire: sa liste remporte un siège. Laure Pallez voyage désormais deux fois par an à Paris pour représenter la Chine à l’Assemblée des Français de l’étranger. Surtout, en tant que conseillère consulaire, elle est une interlocutrice officielle de l’ambassade de France en Chine. Le mandat est indemnisé mais pas rémunéré, Laure Pallez ne vit donc pas de son engagement, qu’elle cumule avec son job à l’Institut Pasteur où elle est directrice adjointe. Un agenda bien rempli qui bat en brèche la caricature de la femme d’expat’ qu’elle aurait pu devenir. “J’ai profité de mes trois premières années sans travailler pour apprendre à fond le chinois, qui est une langue difficile, j’ai passé mes journées à la fac. Et j’ai eu mon premier enfant. Mais ce n’est pas toujours simple pour les femmes d’expatriés, la plupart avaient un job en France et doivent tout recommencer. Pour ma part, je ne voulais pas perdre le fil avec la vie professionnelle, d’autant qu’à notre génération les divorces sont fréquents, on ne sait jamais ce qui peut se passer.”

C’est passionnant de vivre dans un pays qui vit une transformation incroyable.

Cette diplômée de Dauphine et HEC a brillamment renoué avec le boulot en rejoignant l’Institut Pasteur pour ce job qui la passionne. “Au début, c’est mon mec qui était expat’, maintenant c’est moi, il est pour sa part en contrat local, on a fait des compromis pour que la vie ici nous réussisse à tous les deux.” Désormais mère de deux enfants, Laure Pallez jongle entre tous ses agendas pour trouver du temps à consacrer à la politique, une révélation. “En 2017, j’espère être sur la liste d’Hélène Conway-Mouret pour les élections sénatoriales, je soutiens sa candidature. C’est elle qui m’a encouragée à me lancer en me disant qu’elle croyait en moi. C’est le genre de coups de pouce dont les femmes ont besoin pour prendre confiance en elles, et je serai très heureuse qu’elle soit à nouveau élue au Sénat où les femmes ne sont pas nombreuses.” Alors que la France se prépare pour l’instant seulement à la campagne présidentielle, Laure Pallez a répondu depuis Shanghai à notre interview Worldwide Cheek.

Pourquoi Shanghai?

J’ai toujours eu un tropisme pour l’Asie, j’ai d’ailleurs fait un volontariat international à Hong Kong à la fin de mes études. À l’époque, j’étais déjà en couple, on a testé la relation à distance, et comme elle a tenu, on s’est mariés à mon retour. Quand mon mari, qui est américain, a obtenu un boulot à Nankin, j’ai été très contente de le suivre. On a ensuite déménagé à Shanghai, qui est plus dynamique. Il y a un énorme brassage des populations ici, et c’est passionnant de vivre dans un pays qui vit une transformation incroyable. On vit là où le cœur du monde bat.

Le truc local auquel tu as eu le plus de mal à t’habituer? 

J’ai dû faire le deuil de la campagne et de la verdure dans cette mégalopole de 20 millions d’habitants. Pour se mettre au vert, il faut aller loin. Et puis, à Shanghai, il ne faut pas être agoraphobe, on est toujours entourés d’une multitude de gens et c’est très bruyant. Mais ça vit, et j’aime ça.

Celui dont tu ne peux plus te défaire?

Les massages. Quand tu as une migraine, un bon massage des pieds te remet d’aplomb. Je me soigne beaucoup par la médecine traditionnelle chinoise, comme les locaux.

Le jour où tu t’es sentie chez toi à Shanghai?

Le jour où j’ai commencé à travailler à l’Institut Pasteur, avec quasiment que des collègues chinois. Je me suis sentie proche d’eux et certains sont devenus mes amis. Ce qui me frappe, c’est d’observer l’amour que les Chinois portent à leur patrie, ils ont à cœur de faire de leur pays une grande nation, ça a ranimé mon amour pour la France.

Ton plat préféré?

Il y en a plein: selon moi, la cuisine chinoise est l’une des meilleures au monde, elle est si variée! Un plat que j’aime beaucoup est le tofu au crabe. Sinon au petit déjeuner, la soupe de raviolis chinois, il n’y a rien de mieux.

Ce qui te manque le plus de la France?

Ma famille. Parce que pour le reste, je peux tout reconstituer à Shanghai, je trouve mes journaux, mon pain au chocolat, il y a même des chefs étoilés. En plus, je fréquente beaucoup de Français et je rentre souvent. Mais quand j’ai un coup de blues, je sens que je suis à 12000 kilomètres. 

 

Mon carnet d’adresses

Jian Guo 328 Laure Pallez Shanghai

Mon boui-boui

Jian Guo 328, c’est petit et simple mais très bon, on y sert des plats shanghaiens typiques à base de tofu, poisson et légumes.

Mon bar chic

L’Unico sur le Bund. Les meilleurs DJ du monde y passent et on a une magnifique vue sur le fleuve en face de Pudong, la ville moderne.

La visite que je recommanderais à tous mes amis

Aller faire un tour dans le quartier de l’ancienne concession française, c’est magnifique. Et pour les amateurs d’antiquités chinoises, il ne faut pas louper le musée de Shanghai.

Propos recueillis par Myriam Levain


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