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Dossier La génération Y et l'amour / En partenariat avec le CFPJ

Le sexfriend est-il un mythe?

Il paraît qu’avoir un sexfriend c’est tendance. Il paraît qu’avoir un sexfriend c’est mieux qu’être en couple. Il paraît aussi qu’avoir un sexfriend c’est LA solution pour ne pas tomber dans la routine et les sentiments amoureux. Vraiment? Cheek démêle le vrai du faux.  
Bref © Maxime Bruno / Canal +
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Un sexfriend, c’est un pote avec qui tu couches, sans prises de tête. Le plan cul, c’est juste un one shot”, dixit Alexandra*, grande blonde aixoise de 25 ans. “Mais non, un sexfriend, c’est pas un pote, c’est un vrai ami ”, contredit Chloé*, 23 ans. Plan cul, fuckfriend, PQR, chacun y va de sa définition, mais personne ne semble d’accord sur ce que c’est, un sexfriend, au quotidien. Seule certitude, la notion d’ami sexuel revient en boucle dans la bouche des 20-35 ans. Et a même été incarnée plusieurs fois à l’écran par des actrices aussi variées que Mila Kunis, Natalie Portman et Lena Dunham. En France, la sexfriend la plus célèbre est Marla alias Bérengère Krief, qui n’arrive jamais à devenir la petite amie officielle du héros de Bref.

En tapant “sexfriend” dans Google, les résultats ne manquent pas. Les sites spécialisés dans la quête de ce partenaire particulier portent des noms très explicites: easyfuckfriend.com, rencontre-fuckfriend.com, sansprisedetete.com… À défaut d’être romantiques, ils ont le mérite d’annoncer la couleur.

Et sur les 960 000 pages qui apparaissent, on passe du top 47 pour garder son sexfriend au mode d’emploi pour en trouver un parfaitement compatible avec nos envies: le sexfriend soulève nombre de questions, indice que cette relation est beaucoup moins simple qu’elle n’en a l’air.

“C’est sauvage, bestial. Mais c’est tout. Il ne faut rien attendre de plus que du sexe.”

Pas de restos, pas de sorties, pas de cinés. Le but d’un sexfriend, ce n’est pas d’être friend, c’est d’être sexe.” Attablé dans un restaurant italien du 16ème arrondissement de Paris, Samuel, 28 ans, a de grands yeux rieurs et une idée bien précise de ce que suppose une telle relation. “J’ai eu trois sexfriends, dont une histoire qui a duré sept ans. Sur le plan sexuel, c’est génial. On se lâche, on explore sa sexualité. C’est sauvage, bestial. Mais c’est tout. Il ne faut rien attendre de plus que du sexe.” Pour le psychanalyste Fernando de Amorim, les amis avec qui l’on couche restent un excellent moyen d’assouvir ses désirs. Quand on n’a pas l’amour et la stabilité du couple, pourquoi se priver du plaisir charnel? “C’est très sain, les sexfriends, parce qu’il y a cet accord entre deux amis qui acceptent de faire l’amour simplement parce que c’est bon”, décrypte-t-il.

Les avantages du couple sans les inconvénients

Poser les bases de la relation dès le départ est une étape cruciale. Pas vraiment des amis, pas des inconnus non plus. Pas de profonds sentiments mais une grande affection. Pas d’amour mais du cul épanoui. “Avec Louis, on s’est rencontrés en boîte. Au début, notre relation n’était pas bien définie, se remémore Alexandra. Je voulais du sexe, lui se mettre en couple. Au fur et à mesure, on a créé un lien d’amitié mais quand on se voyait, ce n’était que pour coucher ensemble. Chez moi ou dans la voiture! C’était bien, on prenait beaucoup de plaisir, sexuellement parlant, à ce moment-là, lui et moi.”

Pour tous, le même refrain revient à chaque fois: le sexfriend, c’est les avantages du couple sans les inconvénients. Adieu disputes, monotonie du quotidien et dîners en famille interminables le dimanche midi. Bonjour galipettes, conversations sur l’oreiller et franches rigolades entre deux réalisations de fantasmes. “C’est une génération très individualiste en quête de satisfaction immédiate”, analyse Anne-Marie Lazartigues, sexologue et psychothérapeute de couples. “Elle supporte mal les frustrations, ce qui rend difficile les compromis inhérents à la vie de couple.” Fernando de Amorim acquiesce: “L’engagement est quelque chose qui fait très peur à ces enfants de divorcés.”

Traumatisée par le divorce, la génération Y? Sans doute. Les jeunes adultes d’aujourd’hui reproduisent le schéma parental qu’ils ont eu: des couples qui se déchirent, incapables de gérer leur relation amoureuse et de former un maillon solide. Léa Frédeval, 24 ans, l’aborde sans détours dans son livre Les Affamés, paru l’année dernière. “Aujourd’hui, la famille, c’est comme l’amour: flou (…) Les parents se séparent aussi vite que Kevin et moi en maternelle, ils se remarient encore plus vite que Youssef et moi et primaire, et font des gosses comme je fais du shopping. De manière compulsive, donc. Ensuite, bien sûr, ils se re-séparent. Sinon c’est pas drôle, y’a pas assez de turbulences.”

Les inévitables sentiments

Le sexfriend est un modèle affectif rassurant: pas de risque de chagrin d’amour car pas d’attachement. Enfin, en théorie… Parce qu’en pratique, faire l’impasse sur la tendresse s’avère bien plus compliqué. Trop d’intimité, trop de partage et finalement trop d’affect. “Qu’est-ce qui sépare des amis d’un couple? demande Chloé. Le sexe.” La jeune femme affirme que les sentiments finissent forcément par apparaître chez l’un des partenaires. Et ajoute: “Au risque de paraître misogyne, c’est toujours la nana qui s’attache.” Samuel et Alexandra se désolent aussi de cette vérité qui les a rattrapés dans leurs relations respectives. “Dans une aventure sexfriendly, on a une telle intimité physique et émotionnelle que je considère rapidement que le mec fait partie intégrante de ma vie, qu’il devient un de mes proches et ça finit mal”, constate la jolie blonde.

“Les relations sans lendemain et ponctuelles ont toujours existé.”

L’amitié sexuelle qui dérape en sentiments amoureux c’est possible, voire plutôt courant. Car il est dans la nature humaine de rechercher l’amour et que profiter des plaisirs du corps n’exclut pas cette quête instinctive, comme l’explique Fernando de Amorim. “C’est très bien que les jeunes assouvissent leurs désirs. Chaque être humain ressent un manque qui lui est propre et qui touche à l’affect. Et l’apaisement de ce manque vient forcément par l’amour.” En clair, le sexfriend est une passade qui ne s’installe que rarement dans la durée. La faute aux sentiments.

À y regarder de plus près, le modèle amoureux ne semble pas si différent de celui des générations précédentes. Si, depuis quelques décennies, le sexe est une préoccupation majeure des jeunes adultes, l’amour reste tout de même la consécration du bonheur charnel et spirituel. Une sorte d’aboutissement, la finalité d’une quête. Anne-Marie Lazartigues conclut sur cette certitude: la nouveauté, c’est que les sexfriends ont désormais acquis un véritable statut social. “Les relations sans lendemain et ponctuelles ont toujours existé mais la généralisation du phénomène sexfriend lui confère un statut différent, en accord avec de nouvelles façons de vivre.”

Margot Ziegler

* Les prénoms ont été modifiés


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