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Livre / Rencontre avec Léa Frédeval

Elle raconte une jeunesse à crocs et à cran

Le 6 mars prochain, Léa Frédeval, 23 ans, sort son premier livre, Les Affamés, une chronique sur la jeunesse des temps modernes. Rencontre avec une jeune auteure au discours lucide sur sa génération et à la personnalité étonnante.
© Laetitia Prieur / Cheek Magazine
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C’est dans une petite échoppe corse qu’on retrouve, à la fin de sa journée de travail, Léa Frédeval, Air Max noires et panthère aux pieds et vernis à ongles orange au bout des doigts. Ses écouteurs vissés sur les oreilles, elle fait les comptes du jour. La jeune femme de 23 ans vient de terminer une licence d’information/communication et jongle entre ce job d’épicière et celui de baby-sitter pour quatre familles différentes. “En ce moment, je travaille entre 50 et 55h par semaine. Et quand je rentre chez moi, je monte des vidéos qui accompagnent la sortie de mon livre”.

Entre stages obligatoires sous-rémunérés et jobs alimentaires à peine mieux payés, histoires d’amour foireuses et drague de rue hardcore, ses chroniques oscillent entre humour au 36ème degré et envie de révolte.

Son livre, Les Affamés, conte les déboires d’une jeunesse fatiguée, lessivée mais qui s’accroche à ce qu’elle peut dans une société en crise. Une jeunesse qui a faim de réussite et qui veut dépasser sa condition. Entre stages obligatoires sous-rémunérés et jobs alimentaires à peine mieux payés, histoires d’amour foireuses et drague de rue hardcore, ses chroniques oscillent entre humour au trente-sixième degré et envie de révolte. Révolte contre le fait qu’être jeune, c’est être en galère. Révolte contre la précarité que de nombreux étudiants subissent au quotidien. Révolte contre le fait que la société trouve tout cela normal car comme Léa Frédeval le dit, “ce n’est pas parce que c’est normal que c’est acceptable”. Son rêve: “Que tous les jeunes précaires ou stagiaires exploités plantent tout une journée” juste pour voir ce qu’il se passerait dans les entreprises. Elle a un débit mitraillette, ses mots sortent en rafale.

Léa Frédeval © Laetitia Prieur

© Laetitia Prieur / Cheek Magazine 

Trou noir

J’ai été élevée par des parents lettrés (Ndlr: un père auteur et une mère comédienne) dans le 18ème arrondissement de Paris entre les tours de Clignancourt et les bobos des Abbesses. Je peux alterner entre un langage châtié et un autre un peu moins et je pense que c’est ce qui a plu à Bayard, ma maison d’édition”, raconte Léa Frédeval. Ce bouquin, c’est son bébé, écrit en neuf mois et rendu un mois et demi avant la date butoir, comme dans l’urgence. Et quand on parle avec elle, cet état d’urgence transparaît. L’inquiétude aussi. “Quand je pense à mon avenir, je me demande comment je vais faire pour être, dans l’ordre: une femme active, une mère (je suis née pour être maman), une concubine (pour un homme qui accessoirement serait le père de mes enfants), tenir une maison et prendre soin de moi. Pour avoir été en couple deux fois longtemps, je trouve que c’est toujours la fille qui fait les efforts.

Léa Frédeval © Laetitia Prieur

© Laetitia Prieur / Cheek Magazine

Dans son livre, les histoires de cœur -et de cul- sont croustillantes, souvent drôles et elles prouvent, si besoin en est encore, que les rapports entre filles et garçons sont très souvent compliqués. “Je pense qu’on est une génération où il y a un gros trou noir au niveau des papas. Nos parents ont divorcé et on a cette idée que les femmes, les mères, restent et assument beaucoup de choses alors que les hommes fuient. Du coup, les garçons de notre génération veulent avoir zéro responsabilité”, estime Léa. Enfant du divorce, elle concède cependant qu’il y a des exceptions, à l’instar de son père qui l’a élevée seul après sa séparation. Sa famille, elle ne veut pas trop en parler. Par pudeur et par peur de trop en dire. Dans Les Affamés, lorsqu’elle aborde le thème, on sent une grande sensibilité, contrastant avec le reste du récit balancé avec des mots cash, des néologismes et beaucoup d’autodérision.

Une fois la rupture consommée et que le statut passe de “en couple” à “célibataire”, impossible de vivre la séparation à l’abri des commentaires compatissants de 823 “friends”.

Du haut de ses 23 ans, elle porte un regard sans concession sur l’amour à l’ère des réseaux sociaux. Dans l’un des chapitres, elle se moque gentiment d’un couple qui étale ses sentiments sur ses “walls” respectifs et instagramme ses repas en amoureux. Mais, une fois la rupture consommée, une fois que le statut passe de “en couple” à “célibataire”, impossible de vivre la séparation à l’abri des commentaires compatissants de 823 “friends”. C’est l’un des stigmates de la génération Y. On montre tout (sous son meilleur jour), on like, on partage (surtout les moments heureux) et les liens amoureux et amicaux réels sont influencés par les liens virtuels, et inversement.

Léa Frédeval © Laetitia Prieur

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 Manque d’argent

Ce que cherche Léa Frédeval, c’est la stabilité. Professionnelle et financière. Et elle n’a pas peur de le dire. “Pour notre génération, l’argent n’est pas un tabou car on n’en a pas. Le manque d’argent nous pousse à chercher à en avoir et on passe notre temps à en parler.” Elle avoue même que, petite, elle faisait une fixation sur le sujet. “Je n’ai pas grandi dans l’opulence, ce n’était pas toujours simple avec le métier de mes parents et j’avais une conscience accrue de l’argent et surtout du manque d’argent.” Si elle cumule les emplois et se serre la ceinture aujourd’hui, c’est pour se donner les moyens de faire ce qu’elle veut vraiment.

“Je n’ai pas de talent particulier mais je sais parler et transmettre l’émotion et j’aimerais être payée pour dire ce que je pense.

Cette grande jeune femme toute mince s’est longtemps cherchée avant de trouver sa voie. Après un an dans une prépa aux Beaux-Arts, un passage éclair en licence d’économie-droit et huit mois en tant que serveuse, elle atterrit en “info/com’”. Dans son cursus, un stage au magazine Elle lui donne envie de lancer son blog. Elle publie une de ses chroniques dans le célèbre magazine féminin et se fait ainsi repérer par Bayard. Elle aimerait aujourd’hui écrire deux ou trois chroniques par mois pour des journaux et faire de la radio. “Je n’ai pas de talent particulier mais je sais parler et transmettre l’émotion et j’aimerais être payée pour dire ce que je pense”, confie Léa Frédeval. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Stéphanie Semedo 


3. TPMP: Quand Jean-Marie Bigard mime et banalise le viol en direct

Lundi 11 février, dans Touche pas à mon poste, Jean-Marie Bigard a mimé une scène de viol. Ce n’est pas la première fois que l’émission de Cyril Hanouna banalise les violences sexistes et sexuelles. 
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5. “La Ligue du LOL”: un podcast à écouter pour tout comprendre

Si vous ne deviez écouter qu’une seule chose aujourd’hui, ce serait le nouvel épisode de Programme B qui revient sur l’affaire de La Ligue du LOL. 
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6. #MeToo: Le milieu du tatouage a aussi son lot de porcs

Le monde du tatouage n’échappera pas à la vague #MeToo. Sexisme, abus, harcèlement, attouchements, agressions sexuelles… Qu’elles soient clientes ou tatoueuses, des femmes témoignent, victimes de professionnels peu scrupuleux. En cause notamment: une culture machiste encore trop prégnante. Exhaustif.
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7. Depuis la France, Awa Ba mène une guerre contre la polygamie

Elles sont médecins, ingénieures, réalisatrices ou militantes. Pour la première fois cette année, la Région Île-de-France a voulu célébrer ces Franciliennes qui s’engagent et font bouger les lignes. Les trophées ellesdeFrance les ont récompensées pour leur courage, ou pour leurs actions menées dans le domaine de l’innovation, de la création, de la solidarité. Nous avons rencontré ces femmes extraordinaires: cette semaine, on vous présente Awa Ba, prix de la solidarité, autrice du livre Polygamie la douleur des femmes et fondatrice de l’association En Finir Avec la Polygamie.
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