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L'Égypte, le pays où les droits des femmes ne progressent pas

Alors qu’elle célèbre amèrement les trois ans de sa révolution, l’Égypte apparaît comme le pays arabe le plus hostile aux femmes. À quelques mois de l’élection présidentielle, retour sur un printemps arabe inachevé.
© Amr Abdelhadi / Instagram
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Le 25 janvier dernier, l’Égypte a célébré le troisième anniversaire de sa révolution, survenue au début du printemps arabe en 2011. Le pays, qui n’a toujours pas trouvé de stabilité politique et qui est quotidiennement le théâtre d’affrontements mortels entre manifestants pro-Frères musulmans et police, doit également faire face à un problème de fond: le statut de ses femmes.

Un pas vient d’être franchi avec l’adoption le 18 janvier 2014 -à 98,1% des votes- de la nouvelle Constitution, qui supprime la fusion entre politique et religion, et promet aux femmes une protection contre toute forme de violence. Une protection depuis longtemps indispensable car, du régime d’Hosni Moubarak à celui de Mohamed Morsi en passant par l’actuelle transition militaire, aucun n’a su apaiser leurs souffrances.

Le mauvais élève du monde arabe

D’après un rapport de la fondation Thomas Reuters publié en novembre dernier, le pays arriverait même au dernier rang des mauvais élèves en matière de droits des femmes, derrière l’Irak, l’Arabie Saoudite et le Yémen. Agressions sexuelles, excisions, discriminations, mais surtout harcèlement sexuel dans des proportions alarmantes: selon un rapport des Nations Unies, 99,3% des Égyptiennes y seraient confrontée.

“Nous, les femmes avons besoin d’une double révolution, l’une contre les divers dictateurs qui ont ruiné nos pays et l’autre contre un ensemble toxique de culture et de religion qui ruine nos vies en tant que femmes.

La quasi-totalité, donc, de la population féminine aurait déjà été sujette à des violences.  Pour la journaliste Mona Eltahawy, “les tristes résultats de ce sondage [montrent que] nous, les femmes avons besoin d’une double révolution, l’une contre les divers dictateurs qui ont ruiné nos pays et l’autre contre un ensemble toxique de culture et de religion qui ruine nos vies en tant que femmes”.

Quant aux viols en public, l’ONG Human Rights Watch en avait compté 91 sur la place Tahrir en juin 2013, quand les manifestations anti-Morsi s’étaient intensifiées. Le phénomène, que les Occidentaux avaient découvert lors des agressions de journalistes venues couvrir la révolution, ne s’est pas calmé depuis.

Des initiatives qui ne suscitent pas l’intérêt

Certaines Égyptiennes ont pourtant mené des actions contre la violence quotidienne qu’elles subissent, à l’instar de la jeune Samira Ibrahim Mohammed qui avait porté plainte contre l’armée l’ayant soumise à un test de virginité. Un procès qu’elle avait finalement perdu.

De même, le film Les femmes du bus 678, qui, s’il a contribué à dénoncer le harcèlement de rue, n’a malheureusement pas eu d’impact sur la vie des Égyptiennes, qui n’arrivent pas à faire de leur combat un sujet d’intérêt majeur, dans une campagne présidentielle où le général Abdel Fattah Al-Sissi, mandaté par l’armée pour se présenter, est déjà pressenti comme le grand vainqueur du scrutin prévu dans trois mois. Le cas échéant, le retour à  un régime militaire devrait favoriser un esprit de revanche envers les Frères musulmans plutôt que de faire passer au premier plan les préoccupations des “sœurs” qui deviennent peu à peu un sujet tabou.

Un espoir venu de Tunisie?

Mais, malgré ce tableau sombre, l’exemple pourrait venir de la Tunisie voisine. Là où la récente Constitution égyptienne garantit une égalité hommes-femmes en matière civile, politique, économique, sociale et culturelle, l’article 34 de la Constitution tunisienne, adoptée le 26 janvier dernier, oblige l’État à garantir la représentativité des femmes dans les assemblées élues. Dans l’article 46, l’État tunisien s’engage ainsi à “œuvrer  pour la parité entre la femme et l’homme dans les conseils élus. L’État prend les mesures nécessaires afin d’éradiquer la violence contre la femme”. Un volontarisme politique qui fait encore défaut aux dirigeants égyptiens mais qui a été salué dans tout le monde arabe. Car, si l’essai tunisien est transformé dans la réalité, il pourrait bien servir d’exemple à d’autres pays de la région.

Du mouvement dans la culture

En attendant la prise de conscience politique, des voix se font entendre dans le monde de la culture. En octobre dernier, lors de son passage dans la version égyptienne de l’émission Arab’s Got Talent, Mayam Mahmoud, une rappeuse de 18 ans, n’a pas hésité à interpréter des chansons engagées contre le harcèlement sexuel et la condition des femmes en Égypte. Trois mois plus tard, le projet Sawtuha (littéralement “la voix”) voyait le jour. Produit par le label berlinois Jakarta Records, l’album réunit avec l’aide de l’organisation Media in Cooperation and Transition (MICT) des artistes égyptiennes, tunisiennes, libyennes et syriennes pour redonner une voix aux combats des femmes. Quelques signaux timides qui montrent que, malgré l’étendue du chemin qui reste à parcourir, les Égyptiennes ne lâchent pas l’affaire.

Jessica Taïeb


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