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Interview

Liberté, Pilosité, Sororité: ce collectif féministe veut libérer les poils des femmes

Le collectif non mixte Liberté, Pilosité, Sororité a vu le jour cet été sous l’impulsion de Noémie Renard. Nous avons posé cinq questions à ces femmes qui ont pour objectif de défier la “norme du glabre”. 
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Nous sommes un collectif féministe non mixte luttant en faveur de l’acceptation de la pilosité féminine. Étant donné que la pilosité est une partie normale du corps féminin, nous considérons que le dégoût qu’elle suscite ne peut être que la manifestation d’une profonde misogynie.” Voici comment se présentent les membres de Liberté, Pilosité, Sororité, un groupe féministe fondé cet été.

À l’origine de l’initiative, on retrouve Noémie Renard, autrice d’En finir avec la culture du viol et fondatrice du blog Antisexisme.net, qui travaille en parallèle dans le domaine de la recherche en biologie. La jeune femme de 31 ans a été rejointe par douze autres féministes, dont plusieurs “assument leur pilosité depuis longtemps ou réfléchissent à cette question depuis des années, mais ont eu envie de dépasser le niveau individuel pour passer au plan collectif”. Ensemble, elles envisagent d’organiser des sorties en ville ou à la plage pour les femmes refusant l’épilation, de mettre en place des cafés-discussion et des groupes de soutien.

Tant qu’il y aura une pression sur les femmes pour qu’elles modifient leur corps, elles ne seront pas libres.

D’ici peu, elles lanceront également une enquête pour mieux “comprendre et documenter les impacts de la norme du glabre sur la vie des femmes”. Du même pas, les participantes au projet ont pour ambition de créer un podcast, une campagne de communication sur les réseaux sociaux et désirent développer un volet informatif rassemblant des articles sur l’histoire de l’injonction à l’épilation ou la sociologie du poil sur leur site Internet. Le tout en prenant garde à ne pas créer une nouvelle injonction sociale qui interdirait aux femmes de s’épiler si elles le désirent. Nous avons posé cinq questions à Liberté, Pilosité, Sororité, ce collectif qui considère que “tant qu’il y aura une pression sur les femmes pour qu’elles modifient leur corps, elles ne seront pas libres”.

 

Pourquoi lutter contre l’injonction à l’épilation?

Nous pensons que l’injonction au glabre est préjudiciable aux femmes: elle détériore leur estime d’elles-mêmes. Comment s’aimer quand son corps non modifié est considéré comme hideux? Elle réduit également leur liberté et alourdit leur charge mentale: il faut toujours anticiper, penser à s’épiler ou à se raser avant d’aller à la piscine ou à un rendez-vous amoureux par exemple. Il y a aussi la question des effets secondaires, comme les poils incarnés ou les démangeaisons, et celle du coût de l’épilation et du temps qu’on y consacre. L’objectif de notre collectif est de contribuer à créer les conditions d’un mouvement de protestation massif contre cette norme. Nous en avons assez d’être obligées de nous épiler ou de nous raser. Nous ne sommes pas les seules, beaucoup de femmes souffrent en silence. Mais ce n’est pas une fatalité: si nous sommes assez nombreuses à dire “stop”, les choses peuvent évoluer.

Comment vous est venue l’idée de monter ce collectif?

C’est Noémie Renard qui a lancé le collectif cet été, en constatant qu’en 2018, aucune femme n’ose montrer sa pilosité. C’est tout de même incroyable! Nous sommes presque un an après #MeToo, les journaux n’ont pas cessé de dire que nous sommes entrés dans l’ère du féminisme, et pourtant, la pilosité féminine reste un tabou absolu. Depuis quelques années, le féminisme a le vent en poupe et il est au centre du débat public. Mais sur ce sujet-là, nous n’avons pas avancé d’un iota. Noémie Renard a pensé qu’il était temps d’agir: elle en a discuté autour d’elle, et plusieurs de ses amies ont estimé que créer un groupe autour de cette thématique était une bonne idée. Le site a été lancé et d’autres personnes se sont jointes à la cause.

Quels messages désirez-vous faire passer?

D’abord, nous voulons déconstruire tout l’imaginaire qui entoure la pilosité féminine, jugée sale, masculine, voire monstrueuse. L’objectif est de rappeler que les poils sont une partie normale du corps féminin. Nous désirons également mettre en avant les préjudices entraînés par la norme du glabre. À l’heure actuelle, une femme qui refuse l’épilation ou le rasage risque gros: insultes, discrimination, stigmatisation, marginalisation,… “Mon corps m’appartient” est un slogan connu et répété, et la plupart des gens diraient sans doute qu’ils sont d’accord avec celui-ci. Mais tant que l’injonction au glabre sera aussi tyrannique, cela ne restera que de belles paroles. 

Pourquoi avoir choisi l’option de la non-mixité?

Nous voulions dans un premier temps éviter de reproduire la domination masculine au sein de notre groupe féministe, qui peut se traduire, entre autres, par une monopolisation de la parole, et pour cela, la non-mixité reste la solution la plus simple. De plus, le poil est un sujet intime et tabou. La présence d’hommes peut rendre la discussion encore plus délicate. Enfin, nous désirions absolument éviter la présence de fétichistes du poil dans nos rangs.

Quelques marques comme Adidas mettent en avant des mannequins non épilés. Certaines personnalités publiques ont également fait le choix de dévoiler leurs aisselles poilues. Que pensez-vous de ces initiatives? 

C’est positif. Le dégoût actuel entourant la pilosité féminine est entretenu par le fait que l’on ne voit jamais -ou quasiment jamais- de poils féminins sur certaines parties du corps, comme les jambes, les cuisses ou les aisselles. Plus on verra de corps féminins non rasés et non épilés, plus on y habituera notre œil. Par ailleurs, le nombre de commentaires haineux que suscitent ces images montrent à quel point il y a un gros problème.

Propos recueillis par Margot Cherrid


1. Pourquoi les casseurs sont-ils, en grande majorité, des hommes?

Si vous ne deviez écouter qu’un podcast aujourd’hui, ce serait celui des Couilles sur la table consacré à l’absence de femmes au sein des casseurs dans les manifestations et à la violence d’Etat, considérée comme viriliste.
DR - Cheek Magazine
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