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Violences gynécologiques: une réalisatrice met les médecins au pied du mur

Avec son court-métrage Paye (pas) ton gynéco, la réalisatrice Nina Faure souhaite faire entendre la voix des femmes victimes de violences gynécologiques et demander des explications aux représentant·e·s de la profession.
Capture d'écran de “Paye (pas) ton gynéco”, DR
Capture d'écran de “Paye (pas) ton gynéco”, DR

Capture d'écran de “Paye (pas) ton gynéco”, DR


À 18 ans, une gynécologue m’a fait lister mes rapports sexuels sur deux mois pour accepter de me donner la pilule du lendemain.” Voici ce dont se souvient la réalisatrice montpelliéraine Nina Faure lorsqu’on l’interroge sur les violences ou jugements moraux qu’elle a subis lors de consultations gynécologiques. C’est en se renseignant pour un documentaire sur le plaisir féminin -actuellement en cours de préparation- que cette jeune femme de 32 ans s’aperçoit que son cas est loin d’être isolé. Alors qu’au même moment les langues se délient sur les réseaux sociaux, notamment grâce à la page Facebook Paye Ton Gynéco, elle récolte les témoignages de patientes qui ont “passé de nombreuses années à vivre des remarques et gestes désagréables sans pour autant mettre le mot ‘violence’ dessus”.

Celle qui a notamment collaboré avec Pierre Carles pour le film On revient de loin décide de faire du “rapport de la gynécologie au corps des femmes” le sujet de son prochain court-métrage documentaire, baptisé Paye (pas) ton gynéco. Une enquête menée auprès des représentants des gynécologues qui interroge “le rapport presque dialectique entre des personnes qui subissent un système et celles qui sont en mesure de le perpétuer”.

Sans budget et avec une date de sortie prévue pour mai, elle compte mettre en avant le point de vue, souvent ignoré, des femmes patientes face au corps médical. “Toucher à notre sexe, c’est toucher à notre intimité, affirme-t-elle. Il est arrivé qu’un gynécologue me soutienne qu’il s’agissait d’une partie du corps comme une autre. En tant que médecin, il ne faisait pas de différence entre cette partie intime et un pied. Il y a là une négation du problème, qui vient justement d’une négation du point de vue des femmes.”  Pour mener à bien son projet, Nina Faure a lancé un appel aux dons sur lepotcommun.fr. Objectif: récolter au minimum 4 500 euros pour rembourser les frais avancés par la réalisatrice et payer l’équipe technique. “Au-delà, je pourrai peut-être même me rémunérer un peu”, ajoute-t-elle. Interview express.

 

Quand as-tu réalisé que les violences gynécologiques étaient un problème global?

Je l’ai compris lorsqu’une amie, présente dans le film, s’est confiée à moi. Notre gynécologue commun lui avait fait une biopsie du col de l’utérus sans la prévenir. Elle en a pleuré de douleur. J’ai découvert en parallèle le hashtag #PayeTonUterus sous lequel des centaines de femmes ont livré des témoignages similaires. Même si j’ai eu un bon aperçu de l’ampleur du problème, je voudrais ajouter que selon moi, toutes les victimes de violence gynécologique n’ont pas réalisé que ce qui leur arrive n’est pas normal, et n’en parlent donc pas. Nous sommes encore dans une étape de prise de conscience. 

Une partie du film est tournée en caméra cachée, pourquoi?

J’ai d’abord utilisé la caméra cachée comme un moyen d’avoir des preuves si jamais il m’arrivait d’être de nouveau confrontée à des comportements abusifs pendant mes consultations gynéco. Le pire c’est que je n’ai pas eu à attendre longtemps. Dès le premier rendez-vous filmé, le gynécologue a sorti une remarque pas possible… Mais en regardant les rushs de ce tournage, ce qui m’a le plus choquée, c’est de me voir subir ce commentaire sans réagir, dans cette position de faiblesse, allongée, nue, les jambes écartées, à côté de quelqu’un qui peut entrer dans mon sexe sans me demander mon autorisation. 

Quels sont, selon toi, les changements à opérer pour faire évoluer le comportement de certain·e·s gynécologues?

Les représentant·e·s des gynécologues disent parfois aux patientes de changer de médecin en cas de problème. Comme en cas d’agression sexuelle, on demande aux femmes de s’organiser pour éviter les violences. Mais c’est à la profession de veiller à ce que cela n’arrive pas, par la formation, l’écoute et si besoin les sanctions. J’ai trouvé une archive dans laquelle Israël Nisand, l’actuel président du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France explique à des confrères comment il s’est rendu au tribunal pour essayer de “sauver la tête” d’un gynécologue accusé de viol par onze patientes. Je ne comprends même pas le présupposé de départ. Pourquoi aller défendre ce confrère? N’est-ce pas là le symbole d’une solidarité corporatiste qui empêche d’abolir ces violences? Il faut détruire cette représentation d’un corps féminin ouvert, passif et subissant. Il faut la déconstruire chez les femmes patientes également, parce qu’intérioriser cette idée nous empêche de réagir. Le fait que des femmes s’organisent, parlent, écrivent, filment et dénoncent participe à modifier la perception de leur corps par la médecine. Ce corps-objet, allongé nu, béant dans des étriers, est en train de se relever et de devenir sujet. Cela fait tout de même un changement de paradigme. 

Propos recueillis par Margot Cherrid


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Capture d'écran de “Paye (pas) ton gynéco”, DR - Cheek Magazine
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Capture d'écran de “Paye (pas) ton gynéco”, DR - Cheek Magazine
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