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Louie Media, le studio de podcasts narratifs dont vous ne pourrez plus vous passer

Les journalistes Mélissa Bounoua et Charlotte Pudlowski ont fondé Louie Media, une société de production de podcasts narratifs, et lancent aujourd’hui Entre, un format court hebdomadaire qui suit l’entrée en 6ème d’une préadolescente de 11 ans. Interview. 
Mélissa Bounoua et Charlotte Pudlowski, © Louie Media
Mélissa Bounoua et Charlotte Pudlowski, © Louie Media

Mélissa Bounoua et Charlotte Pudlowski, © Louie Media


Entre Mélissa Bounoua et Charlotte Pudlowski, 31 ans toutes les deux, c’est une histoire de hasard et de longue date. D’abord, elles se rencontrent à l’école de journalisme de Sciences Po, puis, par le fruit d’une coïncidence, se retrouvent colocataires lors de leur semestre d’études dans le Missouri aux États-Unis après une petite annonce passée chacune de leur côté sur Craigslist. Elles travaillent ensuite ensemble à la rédaction de 20 Minutes, puis à celle de Slate, qu’elles ont toutes deux quittée à l’automne dernier. De leur amitié est née une envie: “Monter un média. Ça fait 10 ans qu’on y réfléchit”, assure Charlotte Pudlowski. C’est désormais chose faite avec Louie Media, leur studio de production de podcasts narratifs.

C’est à ce dernier qu’on doit déjà le fantastique podcast intimiste Transfertles deux entrepreneures revendiquent 250 000 écoutes mensuelles-, hébergé sur Slate et grâce auquel vous pouvez vous délecter des histoires extraordinaires de gens ordinaires. Leur objectif avec Louie Media? Raconter le monde. Un but ambitieux que les deux journalistes poursuivent désormais avec “le son” qu’elles ont “redécouvert” après plusieurs années dédiées à la presse écrite. “On voulait réinventer les formats narratifs très écrits, explique Mélissa Bounoua, on pensait depuis des mois à faire davantage de podcasts et on a fini par se dire qu’il fallait qu’on les fasse nous-mêmes avec notre propre structure.” Aujourd’hui, elles lancent leur premier podcast natif intitulé Entre, qui racontera tout au long de cette année le passage de l’enfance à la préadolescence de Justine, 11 ans. On leur a posé quelques questions. 

 

Qu’est-ce que Louie Media?

Charlotte Pudlowski: C’est un studio de podcasts narratifs. Notre ambition est de raconter le monde à travers des personnages pour essayer de mieux le comprendre, d’échapper à la frénésie des médias qui nous font constamment zapper d’une info à l’autre. L’idée, c’est de prendre le temps, de s’immerger grâce au son dans un monde doux et intime. On recherche une certaine douceur, d’ailleurs, on a finalisé hier notre charte éthique et on se définit comme une boîte progressiste, féministe qui souhaite lutter contre les discriminations, aussi bien dans nos podcasts que dans nos embauches.  

Mélissa Bounoua: Le podcast est un format qui s’impose à soi, il faut aller le chercher, c’est moins évident que la vidéo sur laquelle on tombe en scrollant sa timeline Facebook. Le podcast relève d’une démarche active, il libère notre regard alors que ce dernier est justement sans cesse sollicité. 

Pourquoi ce nom, Louie Media? 

C.P.: La première explication, c’est le sens, l’ouïe, la capacité d’écoute. Ce qui nous plaisait aussi, c’est que, sans l’apostrophe, c’est un prénom: Louie. Ça fait sens que notre entreprise porte un prénom car c’est une façon d’incarner quelque chose et cette recherche d’incarnation à travers des personnages nous guide dans nos podcasts depuis le début. Enfin, c’est un prénom classique féminisé par le e, ça dit la force du langage et la possibilité de changer le monde en changeant la parole et le langage justement. 

Quelle serait la baseline de Louie Media?

M.B.: On y réfléchissait justement hier et celle qu’on aime le plus, c’est “écoutez pour voir”. 

C.P.: Ça dit à la fois comme le son peut susciter des images et ça invite les gens à s’y essayer. Dès qu’on tente le podcast, on devient accro!

Que raconte votre nouveau podcast, Entre?

C.P.: Entre, c’est l’histoire de Justine, une petite fille de 11 ans qui est entrée en 6ème cette année, que je suis depuis le mois d’août toutes les semaines, et ce jusqu’en juillet prochain. C’est une histoire qui se construit en même temps qu’on la diffuse. Différentes choses nous intéressaient dans le fait de suivre Justine. Ça permet de comprendre la société qu’on décrypte habituellement à travers le regard des adultes et des institutions, c’est intéressant pour une fois de déplacer notre point de vue. Cette petite fille vient d’une famille mixte, catholique et musulmane, vit dans un milieu favorisé culturellement, elle a un rapport au langage très construit et elle se dit déjà féministe. Chez Louie Media, on a envie d’entendre davantage de filles, de les habituer à prendre la parole petites. Rebecca Solnit dit que donner la parole aux femmes, c’est leur donner plus de pouvoir! Pour Entre, on a choisi de faire des épisodes courts, entre 5 et 8 minutes, pour refléter le temps fragmenté de l’enfance qui est très différent de celui des adultes. 

 

Les deux premiers épisodes de Entre

Un autre podcast est également en préparation pour avril, de quoi parlera-t-il?

M.B.: Il s’appelle Plan culinaire et il a pour ambition d’expliquer, d’un point de vue sociétal, nos comportements liés à la bouffe. L’idée est d’essayer de comprendre le monde à travers la nourriture, car manger est devenu une pratique culturelle à part entière. Je coprésenterai ce “narratalk” [Ndlr: un talk narratif], qui durera entre 30 et 40 minutes et reviendra tous les 15 jours, avec Nora Bouazzouni, journaliste et auteure de Faiminisme. On posera une question liée à la bouffe et on essaiera de comprendre comment on en est arrivé·e·s là, par exemple: pourquoi nous vend-on du granola au petit déjeuner? 

Louie Media revendique un temps de journalisme plus long, pourquoi? 

M.B.: Lorsque nous travaillions à Slate, nous faisions déjà du magazine, de longs articles, c’est ce que nous aimions. L’actu de ces dernières années a été particulièrement dense et violente, on a ressenti le besoin des gens de se poser pour comprendre un sujet et le podcast est un format qui permet ça. Lorsqu’on écoute, on est plus détendu, on sait que, pendant tant de minutes, on va se dédier à un sujet en particulier.  

C.P.:  Ce qui nous a particulièrement frappées lors de la dernière campagne présidentielle, c’est la défiance vis-à-vis des journalistes. On a le sentiment que cette dernière est plus facile à contourner avec le podcast. La radio et le son inspirent confiance, les auditeurs et auditrices savent qui est en train de parler et il y a une forme d’incarnation plus forte que dans d’autres types de médias. Le son permet également de penser l’actu autrement et on y voit une manière de rattraper en vol les gens qui ne s’y intéressaient plus. 

Un podcast à recommander?  

C.P.: Invisibilia, un podcast produit par NPR et animé par des femmes qui raconte ce qui est invisible dans le monde et transforme pourtant la société, comme l’éducation ou la physique quantique. 

M.B.: 99% Invisible, un podcast animé par Roman Mars -qui a une voix de ouf, physiquement mon corps se détend dès que je l’entends!-, sur le design, l’architecture, sur la façon dont le monde fonctionne autour de nous sans qu’on ne s’en rende compte. 

Propos recueillis par Julia Tissier


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