société

Dossier Femmes et pouvoir / En partenariat avec le CFPJ

Ma première soirée de dominatrice sadomaso

Domina, fouets, pratiques SM, homme-esclave… Ça vous parle? Moi, pas du tout. Alors que le deuxième volet de Fifty Shades of Grey est sur le point d’être tourné, j’ai voulu voir à quoi ressemble une soirée sadomaso “dominatrices et hommes soumis” à Paris. 
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

© Capucine Moulas pour Cheek Magazine


Dis-moi, tu aimes les soirées SM et domina?” Je n’aurais jamais cru envoyer un tel message. Encore moins à une dizaine de copains. Et surtout pas accidentellement à ma target du moment… Étrangement, les volontaires manquent. Lâcheurs. 21h10 le 31 octobre, j’ai des sueurs froides. Au cœur du Marais à Paris, je cherche le numéro 8 de la rue de Beauce, où m’attendent Francis Dedobbeleer et Eric Indé, cofondateurs de l’association Modernité Relative.

Ils organisent la 27ème Nuit Girl Power, réservée aux dominatrices et aux hommes soumis, y compris les “débutants”. Je distingue un spot rouge, qui éclaire une porte fermée: Le Rock’s, bar à tapas la semaine et salle à louer le week-end. Je frappe. Francis Dedobbeleer m’ouvre. La chaleur du minuscule vestibule, fermé d’un rideau opaque, me saisit. Je joue les “détendue-attends-j’en-ai-vu-d’autres”. Pas gagné avec ma tête de minette rangée. 

 

“Clouer les couilles de mon mec”

J’écarte timidement le rideau. Le bar lounge est sobre sous des lumières roses, des fauteuils en cuir noir, des tables basses, et face au comptoir, un escalier pentu qui descend au sous-sol d’où s’échappe une lumière tamisée. Un bar comme les autres, exception faite de deux femmes -la trentaine- en corsets noirs à lacets et pantalons vinyle ultra moulants. Coupe de champ’ à la main, elles discutent avec un quinqua cul nul, en porte-jarretelles, bas résilles, escarpins et casquette de policier.

Dans les clubs, la police est très stricte. On n’a pas le droit au sang, ni à l’étouffement par exemple.

Face au bar, divers accessoires de la boutique Fetish Up sont étalés sur une table: corsets, harnais en cuir de toutes sortes, vibromasseurs, fouets, chaînes…. Je m’agrippe à mon manteau. Avec son léger accent belge, Francis prévient: ici, le but “c’est de parler à tout le monde et de ne pas rester dans son coin. Nous, on ne se mêle de rien”. Je tente de me rencarder sur ce qui m’attend “en bas”. Il embraye. “Dans les clubs, la police est très stricte. On n’a pas le droit au sang, ni à l’étouffement par exemple.” Rassurant.

Au comptoir, je discute avec la casquette en bas résilles. Un type charmant, qui me raconte que “dans son milieu professionnel, il a souvent affaire à des journalistes” et, l’air de rien, me fait comprendre que ça l’arrangerait qu’on ne le prenne pas en photo. Il me raconte que c’est sa première soirée “femdom” (Ndlr: quand le pouvoir est aux femmes) et qu’il “espère bien se faire dominer ce soir”. Une rousse débarque en corset noir, jupe courte et talons hauts, un fouet autour du cou et des lunettes carrées sur le nez.

Ma première soirée dominatrice sadomaso

© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

Son nom de maîtresse? “Juste Frédérique”, répond-elle timidement. Elle est venue avec son “esclave”, et précise: “C’est pas mon amoureux. Juste un homme avec qui je sors.” Avant, elle était soumise à un seul “maître”. Puis elle est passée à une “relation vanille” (Ndlr: quand il n’y a pas de pratique SM). Depuis, elle n’a plus de maître, s’ennuie et a décidé de passer de l’autre côté du fouet. Frédérique m’assure qu’elle n’est pas fan du hard. Elle enchaîne: “Le pire que j’aie fait, c’est clouer les couilles de mon mec sur une planche.” Note pour plus tard: revoir ma définition du mot “hard”.

 

Dans le trou du lapin

Il est temps de descendre. J’emprunte les escaliers. Au sous-sol, une odeur d’humidité. Je découvre la “salle de jeux”. Des flashs colorés s’affolent dans tous les sens. Sous voûte, une cage équipée de chaînes et une croix de Saint-André sont disposées sur un parterre en alu. En face, des fauteuils pour les spectateurs. Je me dirige vers le fumoir et rencontre Alban, la vingtaine, plutôt beau gosse. C’est sa première fois aussi: “J’ai eu ce genre de rapports avec mes copines, mais je n’ai jamais osé aller en club.” Il n’en a parlé à personne, pas même à ses potes. Nous sommes interrompus par des coups de fouet.

“Si la domina ne veut pas s’occuper de lui, elle le rejette d’un coup de pied. Et quand je dis coup de pied…

Dans la grande salle, Frédérique donne une bonne correction à un grand gaillard chauve attaché à la croix de Saint-André, pantalon baissé aux chevilles et chemise remontée aux épaules. Les clients se massent pour observer. À chaque coup, des gémissements de plaisir -du supplicié autant que des hommes spectateurs- retentissent sous la voûte. L’homme tressaute lorsque le cuir percute sa peau. “Arrête de bouger”, ordonne Frédérique. Je suis mal à l’aise, l’expérience se transforme en voyeurisme. Visiblement, je suis la seule. Des jets de fumigène épaississent l’atmosphère.

Quelques coups de martinet plus tard, une domina brune met un Anglais en cage. Un homme vient s’agenouiller devant elle. Heureusement pour moi, une maîtresse aux cheveux courts, dans le milieu depuis trois ans, m’explique les codes: “C’est comme ça que le soumis fait comprendre à la domina qu’elle lui plaît. Si la domina ne veut pas s’occuper de lui, elle le rejette d’un coup de pied. Et quand je dis coup de pied…” La brune est d’accord. Elle saisit une cravache et s’occupe de l’Anglais encagé, dont le pantalon est déjà aux chevilles. L’autre s’allonge à terre et se met à lécher les talons vertigineux de la jeune vamp. Elle lui marche dessus, joue avec les barreaux de la cage entre le châtiment et la danse, sur fond de musique électronique. Elle est sensuelle, féline. Soudain, elle décampe. “C’est toujours la domina qui décide quand ça commence, et quand ça s’arrête”, me glisse mon initiatrice.

Ma première soirée dominatrice sadomaso

© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

 

Ma première fois…

Un homme en laisse s’accroupit à côté de moi et me supplie d’une voix frêle: “Est-ce que je peux vous servir de repose-pieds pendant que vous prenez vos notes?” J’étouffe un rire nerveux et baragouine une excuse pour me défiler. “Désolée… Pas participante… Journaliste… juste pour observer…” Il insiste. “Mais vous pouvez me poser des questions si vous voulez et m’insulter en le faisant.” J’imagine l’interview… Il me suit au fumoir où je lui propose de s’asseoir en lui montrant la banquette. “Non, je préfère me mettre à ma place”, répond-il en s’aplatissant au sol. Il attrape mes bottes de ville et les cale sur son ventre. “Voilà, et maintenant vous m’ignorez”, me dit-il, satisfait. J’ai peur de lui faire mal. Ironique.

“Rends-toi utile au moins, lèche!

Une (vraie) domina débarque. Elle se jette sur l’homme à terre et lui colle ses pieds dans la bouche. “Rends-toi utile au moins, lèche!”, commande-t-elle avec un accent polonais. Elle retire ses talons et enfonce ses orteils sur le visage du bienheureux malheureux. J’ai toujours mes propres chaussures sur sa chemise. C’est mou, ça bouge. Le fumoir s’est rempli, tous observent la scène en silence. La domina lui somme d’ouvrir la bouche et fait tomber la cendre consumée de sa cigarette dedans. Il avale et halète un “merci, maîtresse“, puis glisse le bout de sa laisse dans ma main. Je l’évite en insistant: “Ah non, non, donnez-la à quelqu’un d’autre.” Elle saisit la chaîne et le flatte: “C’est ça, bon chien.” Il aboie. Elle lui crache au visage. Je m’en vais, et manque de lui écraser la main.

 

“Maso romantique” et petites commissions

Si vous voulez essayer quelque chose, vous pouvez me pisser dessus”, lâche un soumis à côté de moi. J’éclate de rire malgré moi. Au mépris de mes refus catégoriques, il se fait insistant. Je panique et m’invente un copain très très musclé et très très jaloux. “C’est pas grave. Si vous m’acceptez comme soumis, je ne vous forcerai même pas à le quitter. Vous ne savez pas la chance que vous avez, c’est rare de tomber sur un maso romantique.” Une femme l’appelle: “Dominique, viens on monte.” Sauvée par la domina.

Un sexagénaire dénudé m’explique: “Ce que vous voyez ce soir, c’est le plus poussé. Mais la relation dominant/dominé, ça peut commencer par des petites choses: si vous devez aller acheter du pain, faire la vaisselle ou la lessive, vous m’appelez et je le fais pour vous.” J’ai pris son numéro. On ne sait jamais.

Capucine Moulas


1. Gay Games de Paris 2018: les mondiaux de la diversité en 15 photos Instagram

Du 4 au 12 août, Paris se met aux couleurs du drapeau LGBTQ pour célébrer les différences et combattre l’homophobie lors d’une compétition sportive qui tient de la célébration. 
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

3. Dès l’enfance, les filles font plus de corvées ménagères

On a lu pour vous cet article du New York Times sur la répartition des tâches ménagères dès l’enfance et on vous le conseille fortement.
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

4. Les femmes noires trustent les numéros de septembre des magazines de mode

De Beyoncé à Lupita Nyong’o, de nombreux magazines de mode mettent des femmes noires à l’honneur de leur incontournable “september issue”. Un phénomène historique. 
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

5. #MeToo sonnera-t-il la fin des pubs sexistes?

L’ampleur du mouvement #MeToo sonnera-t-elle le glas des publicités sexistes? De nombreuses marques changent en effet leur fusil d’épaule: il n’est plus de bon ton de montrer des jeunes femmes comme des objets sexuels ou des ménagères serviles. Mais est-ce vraiment significatif ?
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine

7. Et si les corps des hommes étaient autant érotisés que ceux des femmes?

On a lu pour vous cet article de M le magazine du Monde à propos de l’invisibilisation du corps masculin et la négation de son potentiel érotique. On vous le conseille fortement.   
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Capucine Moulas pour Cheek Magazine