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Par Madame Rap

Les Tricoteuses: le collectif féministe de Montpellier qui veut faire bouger les lignes

À Montpellier, Les Tricoteuses se battent pour faire exister la lutte féministe, antiraciste et LGBTIQIA. Elles nous parlent de leur collectif non mixte et de leur passion pour le skate et le rap.
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Qu’est-ce que Les Tricoteuses?

Les Tricoteuses est un collectif féministe non mixte qui s’est construit sur des bases marxistes, queer, décoloniales, c’est à dire un féminisme intersectionnel qui lutte pour le droit de toutes les femmes, racisées, migrantes, travailleuses du sexe, femmes voilées, précaires, gouines, trans, biEs…

Comment et quand est né le projet?

Le projet est né en 2013 quand deux d’entre nous ont emménagé à Montpellier. Le collectif s’est lancé dans le contexte nauséabond des manifestations de La Manif Pour Tous. On se réunissait et on discutait de textes ou d’actions à venir, tout ça afin d’enrichir notre approche théorique et pratique. Nous avons choisi d’être indépendantes, c’est-à-dire en dehors du monde dit “militant” de Montpellier. Ce milieu ne prend toujours pas en compte de nombreuses problématiques, dont celles de l’islamophobie, l’anti-sexisme ou les luttes LGBTQIA, entre autres.

On se retrouvait toujours face à des gros fachos bien organisés qui n’hésitent pas à cogner.

Vous menez des happenings “coups de poing”. En quoi consistent vos actions? 

Lors des Manifs Pour Tous, nous avons mené beaucoup d’actions sous forme de ZAP. Le principe (Ndlr: lancé par ActUp) consiste à s’immiscer dans une conférence/débat et de la perturber en dénonçant, à l’aide de tracts et banderoles, ce que l’on considère comme une injustice. On a donc perturbé une conférence d’Elizabeth Montfort, porte-parole de la Manifpourtous34, qui est venue à Montpellier en 2013, un gros forum où intervenait Marcela Iacub -contre ses propos masculinistes, sa défense de DSK, sa volonté de décriminalisation du viol- et les Femen -contre leur islamophobie. Comme nous luttons aussi pour le droit des travailleuses du sexe, nous avons également perturbé une intervention de l’association abolitionniste Amicale du Nid, invitée pour une émission de radio à l’université Paul Valéry. À chaque fois, on était peu nombreuses (une dizaine, voire moins) et n’avions pas le soutien du “réseau militant” de Montpellier. On se retrouvait toujours face à des gros fachos bien organisés qui n’hésitent pas à cogner.

Les Tricoteuses en furie logo

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On vous trouve aussi sur internet…

Oui, on tient aussi un blog où l’on publie nos textes sur le contexte des luttes antifascistes et féministes à Montpellier, ainsi que des textes sur les groupuscules identitaires de la région, en menant un travail de recherche de fond. Par ailleurs, on organise des projections antiracistes et féministes suivies de débats à Montpellier.

Vous avez fondé une autre association, Mental TranceFuzion, en 2014. En quoi ce projet diffère-t-il des Tricoteuses?

Mental TranceFuzion est une association d’organisation d’événements culturels autour des musiques alternatives et des cultures urbaines à Montpellier et ses alentours, promouvant la scène féminine et LGBTQIA. À la base, on était parties sur la techno avec ce projet, et on a organisé quelques soirées où on a fait jouer pas mal de meufs Djs. Mais comme on s’intéresse à beaucoup d’autres choses que la culture et les musiques techno, on a décidé de se diversifier, notamment avec les “cultures urbaines” qui nous tiennent à cœur.

Quand dans la plupart des soirées et concerts, le line-up est exclusivement masculin, personne ne se pose de questions.

Comment est perçue votre démarche?

On se prend souvent des réflexions du genre “Oui mais pourquoi écarter les mecs? C’est la qualité artistique qui compte!”. Sauf que quand, dans la plupart des soirées et concerts, le line-up est exclusivement masculin, personne ne se pose de questions. C’est toujours la même chose. Toutes les femmes qui investissent ces milieux sont dénigrées et jugées avant tout sur leur physique au détriment des réelles performances techniques et artistiques, c’est l’hôpital qui se fout de la charité!

Quelle est votre définition du mot “féminisme”?

Notre féminisme est inclusif et intersectionnel et milite donc contre tous les rapports de domination de race, de classe et de sexualité, afin de décoloniser les esprits. Face aux offensives racistes et islamophobes d’un système impérialiste et colonial, il est important pour nous de mettre en valeur et de soutenir les initiatives des concernées sur ces questions. Ainsi, nous soutenons des mouvements tels que la Brigade Anti-Négrophobie (BAN), la MAFED -collectif de femmes subissant le racisme, qui organise la “Marche de la Dignité et contre le racisme”-, le Parti des Indigènes de la République (PIR), le collectif Les Mots sont Importants (LMSI), l’association Survie contre le colonialisme en Françafrique, la campagne pro-Palestine Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF)… Nous soutenons aussi des individu.e.s militant.e.s anti-racistes comme la documentariste afro-féministe Amandine Gay, le bloggueur João Gabriel, l’autrice Nargesse Bibimoune, le Syndicat du Travail Sexuel (STRASS)ou encore les revues D’ailleurs et d’ici et Negus.

Vous êtes aussi skateuses et amatrices de skate. Selon vous, quels sont les liens entre skate, hip-hop et féminisme(s)? 

Le skate et le hip hop sont des milieux issus des cultures urbaines donc les liens entre ces derniers et le féminisme sont assez évidents. Ces espaces sont traditionnellement masculins, et les meufs et LGBTQIA y sont invisibilisé-es encore une fois. Dans les années 2000, on skatait sur du gros son hip hop qu’on retrouvait beaucoup dans les vidéos de skate, style Cypress Hill, Wu Tang, Nas… C’est donc inimaginable de penser le skate sans le hip hop! Le skate et le hip hop se passent dans la rue. Ce sont des moyens d’expression corporelle dans l’espace public, qui est sexiste et raciste. Lorsque tu rentres dans le milieu du hip hop et/ou du skate, c’est quelque part une lutte permanente contre un ordre patriarcal et sexiste. Et c’est juste incroyable la force que ça peut te donner dans ta vie de tous les jours, cette rage, cette niaque. Car il faut l’avoir pour avancer, ça te donne une confiance sur ce que tu es, sur toi et ton corps. C’est important dans une société hétéronormée et sexiste, quotidiennement violente pour les femmes et les LGBTQIA! 

Quelles sont vos rôles modèles féminins? Pourquoi?

Beaucoup de meufs et LGBTQIA ont marqué l’histoire. Malheureusement elles sont invisibilisées et/ou méconnues, que l’on parle de musique (soul, folk, riot grrrl, rap, punk, techno….), de réalisatrices, de militantes et universitaires féministes antiracistes, ou encore des skateuses et des sportives en général (qu’on oublie trop souvent). On a beaucoup de rôles modèles féminins dans toutes les sphères de la société!

Quels sont vos projets à venir?

Nous organisons une soirée dédiée aux femmes dans le rap intitulée Chicks’N’Rap le 18 février dans un squat de Montpellier. Puis une soirée techno en avril avec un line-up exclusivement féminin. Nous préparons aussi un événement consacré à la diffusion du documentaire Girl Power sur 28 graffeuses. Enfin, nous réfléchissons à des événements qui regrouperaient le jonglage, le skate, le graff, le son hip-hop… Toujours dans une perspective féministe. 

Propos recueillis par Éloïse Bouton pour Madame Rap


5. Elle a soutenu Cheek: Axelle Jah Njiké, auteure

Grâce à leur généreuse participation lors de notre campagne Ulule, ces femmes et ces hommes ont permis à Cheek de voir les choses en grand. On est parties à leur rencontre. 
DR  - Cheek Magazine
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