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Interview “Tour” / Margaux Pastor

Qui sont les féministes d'Europe? Cette jeune photographe veut partir à leur rencontre

Avec son Eurofeminist Tour, Margaux Pastor, jeune photographe de 27 ans, s’apprête à faire un tour d’Europe à la rencontre des hommes et des femmes qui se battent pour l’égalité.  
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Relier les féministes en Europe, voici le rêve ambitieux de Margaux Pastor. D’ailleurs, dès que cette jeune photographe de 27 ans, plutôt timide au premier abord, commence à parler de son projet, l’Eurofeminist Tour, il est difficile de l’arrêter. Son plan? Parcourir 10 pays en Europe à la recherche de militants féministes. Munie de son appareil photo et de sa caméra, elle a l’idée de filmer et de photographier les visages de ceux qui se battent pour l’égalité hommes-femmes. Bien plus qu’un album de voyage, ce travail devrait permettre aux féministes du continent européen d’échanger, de se rapprocher et de créer une vraie communauté.

Je me suis dit que je ne serais pas plus mauvaise photographe qu’une autre. Peut-être même un peu meilleure!

Margaux Pastor raconte tout son parcours d’une traite. Née à Montpellier, la jeune femme est partie à Strasbourg pour étudier les sciences politiques avant de s’octroyer une année sabbatique en Australie. De retour en France, elle finit par s’installer à Paris. Elle y enchaîne boulots foireux et CDD et n’y trouve pas son compte. Son temps libre, elle le passe à militer pour la cause féministe, notamment chez Osez le féminisme. En parallèle, elle suit une formation de photographe. “Je me suis dit que je ne serais pas plus mauvaise photographe qu’une autre. Peut-être même un peu meilleure!”, lance-t-elle en souriant.

L’origine du projet remonte à 2014: “Je voulais faire un tour du monde, mais bon, je pensais que je ne trouverais pas assez de fonds”, explique-t-elle. C’est pour cette raison que Margaux Pastor, rejointe il y a six mois par Agathe Sayegh qui l’aide notamment pour les montages vidéo et le graphisme, a décidé de limiter son périple à 10 pays. Dès que la jeune femme aura réuni suffisamment d’argent -elle a lancé une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank-, elle partira avec la volonté, à chacune de ses étapes, de s’immerger complètement dans la vie locale. Avant qu’elle ne s’envole, nous l’avons soumise à notre interview “Tour”. 

Tu penses pouvoir faire le tour de la question en 10 pays?

Non, bien sûr. Il y a autant de problématiques que de pays. D’ailleurs, certains mériteraient bien davantage qu’une seule vidéo. Peut-être qu’il y aura une saison 2! 

l'EuroFeministTour de Margaux Pastor

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Les gens acceptent-ils de te rencontrer en un tour de main?

Oui, en général, je ne leur fais pas trop peur, j’ai la communication facile. J’ai déjà rencontré des députés européens et une dessinatrice à Strasbourg et ça s’est très bien passé. Il n’y a pas de raisons que ça ne continue pas! 

Ton expérience risque-t-elle de tourner court faute de moyens financiers?

J’espère que non. On se forme en association donc on pourra demander des subventions pour l’année 2015, en plus de la campagne de crowdfunding de KissKissBankBank. Je n’ai que des bons retours, autant des hommes que des femmes, donc je reste optimiste!

Au fur et a mesure de ton voyage, n’as-tu pas peur de tourner en rond?

Non, pas du tout. Il y a encore de quoi faire et de quoi dire. Tout d’abord, on ne s’ennuie jamais quand on rencontre de nouvelles personnes. Puis, même dans des pays comme l’Islande, plutôt avancé en matière d’égalité hommes-femmes, il reste des problèmes à résoudre. 

Le pays qui vaut le plus le détour selon toi?

Ils sont tous différents mais celui qui m’intrigue le plus est sans doute la Pologne. Ils sont tellement conservateurs que je ne sais même pas si je vais trouver des gens pour me parler! Idem pour la Hongrie, ça risque d’être vraiment difficile.

Tes tours de passe passe pour parler féminisme avec simplicité?

Il faut savoir en rire, dédramatiser et jouer sur l’empathie. 

Eurofeminist Tour

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Créer une vraie communauté féministe en Europe, ce serait un tour de force?

Il y a beaucoup de courants différents qui passent parfois plus de temps à se disputer sur des détails alors que sur le fond -le plus important selon moi-, nous sommes d’accord. Savoir ce que les autres femmes vivent, dans d’autres pays, est pour moi un moyen de passer outre ces détails.

La roue tourne pour le féminisme?

Oui, mais malheureusement dans les deux sens: il y a un retour en arrière dans certains pays comme l’Espagne ou la Turquie. En France, il me semble qu’il y a une prise de conscience, il n’y a qu’à voir la question du harcèlement de rue: au début, certains hommes se moquaient et aujourd’hui, ils commencent à se rendre compte du quotidien des femmes. 

Comment imagines-tu ton retour ?

Très bonne question! J’aimerais qu’un fil rouge soit tissé, que des gens me disent: “J’ai vu tes vidéos, je ne voyais pas les choses comme ça!”, quelque chose d’aussi simple que ça, ça me conviendrait. Ensuite, évidemment, j’aimerais pouvoir continuer le projet sur d’autres continents. 

Propos recueillis par Roxane Grolleau 


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