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Portrait

Marie Laguerre, symbole malgré elle de la lutte contre les violences faites aux femmes

En portant plainte pour cyberharcèlement et menaces, Marie Laguerre montre une nouvelle fois qu’elle ne compte pas se laisser faire. Encore affectée par le déferlement de haine qu’elle a subi après avoir dénoncé le harcèlement de rue dont elle a été victime fin juillet, la jeune femme de 22 ans est pourtant bien décidée à continuer d’œuvrer pour les droits des femmes.
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C’est la deuxième fois en seulement cinq mois que Marie Laguerre doit porter plainte. La dernière, déposée contre X le 5 décembre dernier au Tribunal de grande instance de Paris, porte sur le cyberharcèlement et les menaces dont elle a été victime. En effet, en postant sur Facebook en juillet dernier la vidéo d’un homme la frappant au visage après l’avoir harcelée dans les rues de Paris, l’étudiante de 22 ans ne s’attendait pas à susciter un tel déferlement de haine.

Sous les images publiées vues 2,4 millions de fois depuis, la jeune femme a rapidement vu apparaître des commentaires “pas très sympas”. “Des hommes se taguaient entre eux et écrivaient ‘j’aurais fait comme le mec lol’, raconte Marie Laguerre. Au début, je prenais le temps de leur répondre à tous.” Mais la vingtenaire tout juste diplômée d’un master en génie civil s’est vite retrouvée débordée.

Dépôt de plainte, ouverture de l’enquête, arrestation de l’individu, renvoi de son procès, condamnation… À chaque nouvelle actualité concernant sa plainte pour harcèlement de rue, Marie Laguerre s’est retrouvée confrontée à une nouvelle vague de menaces et d’insultes via messages privés sur Facebook ou Twitter. “À un moment, j’évitais les réseaux sociaux car, dès que je me connectais, je trouvais des horreurs”, se remémore-t-elle.

 

“J’ai des angoisses, et je sens que j’ai perdu beaucoup d’énergie”

Florilège de messages privés que Marie Laguerre a reçu sur Facebook -les fautes d’orthographe en moins: “Fais-moi une gorge profonde. Je te prends, je te déshabille de force et je te viole. Salope. Grosse salope. Sale chienne”; “Vas te faire enculer, tu insultes les gens et fais des doigts et après tu pleures. T’as une sale gueule en plus, tu ressembles à un travesti”; “Vous êtes une salope, l’autre timbré aurait dû vous tuer”.

Malgré le soutien indéfectible de ses parents, de ses frères aînés -respectivement âgés de 28 et 29 ans- et de ses ami·e·s, Marie Laguerre a fortement été affectée par le cyberharcèlement dont elle a été victime. “J’ai des angoisses, et je sens que j’ai perdu beaucoup d’énergie, que je n’ai pas encore récupérée aujourd’hui”, confie-t-elle. La jeune femme s’accroche à ce que lui ont dit ses proches: ce n’est pas elle que certaines personnes détestent, mais l’image qu’elle représente.

Face aux violences faites aux femmes, Marie Laguerre n'est pas prête à rendre les armes

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Catapultée sur le devant de la scène

En seulement quelques jours, Marie Laguerre est sortie de l’anonymat total pour être érigée en symbole de la lutte contre le harcèlement de rue, et, plus largement, pour les droits des femmes. Très rapidement, la jeune femme a commencé à faire des choses pour lesquelles elle ne s’était jamais préparée, comme répondre à des interviews ou intervenir sur des plateaux télévisés. “On m’a tendu un micro et si j’avais dit non, j’aurais regretté de ne pas avoir pu ajouter ma petite pierre à l’édifice”, assure-t-elle avec humilité.

Marie Laguerre ne fait pas les choses à moitié. En moins de cinq mois, elle a notamment créé la plateforme #NousToutesHarcèlement pour recueillir les témoignages des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, s’est exprimée sur les droits des femmes pour les Nations Unies, a été sélectionnée par la BBC dans son classement des 100 femmes les plus influentes du monde et a également été nominée aux Trophées Elles de France, organisés par la région Île-de-France pour “célébrer la réussite au féminin”.

 

La vidéo de Marie Laguerre pour les Nations Unies

 

Tout est allé tellement vite, j’ai du mal à réaliser”, souffle l’étudiante qui est partagée: désormais, comment concilier ses études, extrêmement prenantes, et son engagement féministe? En effet, cette militante est entrée en troisième année d’architecture à la rentrée dernière. Une “passion” pour laquelle elle avait tout prévu: en plus d’opter pour le génie civil en premier lieu -“qui reste dans le domaine du bâtiment”- elle a suivi un double cursus l’an dernier.

 

“En ce moment, j’ai un certain accès et il faut que j’en profite”

Je n’ai aucun temps libre, je cours tout le temps!” En parallèle de ses études, Marie Laguerre jongle avec les témoignages de #NousToutesHarcèlement. “J’en ai reçu plus de 1 800. Je les lis régulièrement mais je n’ai malheureusement pas encore pu m’occuper de tous”, regrette-t-elle. Pour s’investir davantage, l’activiste pense à ménager ses études. “Le féminisme est extrêmement important pour moi. En ce moment j’ai un certain accès, et il faut que j’en profite”, estime-t-elle.

Si elle veut se donner le temps de la réflexion quant à son prochain projet, elle a déjà une idée bien précise en tête: améliorer son site #NousToutesHarcèlement. En plus de recueillir les témoignages des victimes de violences sexistes et sexuelles, la jeune femme aimerait mettre à leur disposition un rappel de la loi pour qu’elles soient plus armées en allant porter plainte. Autre objectif: les rediriger vers diverses associations. “J’ai reçu des témoignages extrêmement violents, mais je n’ai pas les compétences nécessaires pour aider ces femmes; je n’ai pas été formée pour”, précise-t-elle.

La lutte pour les droits des femmes, Marie Laguerre la portait en elle avant qu’elle ne se fasse agresser. Comme elle le raconte, petite, elle était curieuse et n’hésitait déjà pas à questionner le monde qui l’entourait. “Cela fait un moment que je suis capable de tenir le débat quand on parle d’égalité femmes-hommes et d’expliquer les choses de manière diplomatique, assure celle qui pensait pourtant n’avoir aucun talent oratoire avant d’avoir à s’exprimer dans les médias. J’ai beaucoup de choses à dire, donc je compte bien continuer à parler.

Floriane Valdayron 


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