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Dossier Femmes et pouvoir / En partenariat avec le CFPJ

Marie Portolano, la plus rock'n'roll des journalistes foot

La nouvelle figure de proue des sports à Canal+ a 30 ans, n’a jamais touché un ballon, écoute Rage Against the Machine et rêve de présenter Faites entrer l’accusé. Rencontre.
© Nathalie Hinstin pour Cheek Magazine
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Ça aurait pu être le cinéma: une maîtrise à la Sorbonne, un mémoire sur David Cronenberg qu’elle “adule” et un stage à Première. Ça aurait pu être la musique: biberonnée aux riffs de Pink Floyd, Led Zeppelin et Metallica, formée aux Inrocks, elle a créé en 2009 Santo Muerte, un label rock qu’elle a “adoré” faire grandir. Mais non: pour Marie Portolano, qui admet n’avoir “jamais fait de sport de [sa] vie”, ça devait être le foot. “L’exploit sportif me bouleverse, clame-t-elle. Ça me procure une émotion indescriptible. Je pleure rarement au cinéma, par contre je fonds en larmes devant un nageur qui pulvérise un record. Je pleure constamment. C’est ce qui m’a fait réaliser que je devais en faire mon métier.

On a rencontré Marie Portolano au lendemain de son trentième anniversaire. Elle était sémillante et d’humeur blagueuse, fière de nous montrer sur son téléphone portable les photos de son petit James, né le soir du réveillon 2014, et ravie de parler de ses collègues de Canal+, où elle est vite devenue incontournable. Après avoir intégré l’an passé la bande du Canal Football Club (CFC), rendez-vous clé sur la grille du dimanche soir, elle présente depuis la rentrée une autre institution de la chaîne cryptée, Jour de Foot. Elle s’est même vu confier en septembre une nouvelle émission, Fight +, où elle ravive l’esprit boxe de Canal tombé en désuétude ces dernières années. Plusieurs fois, durant notre entretien improvisé dans le restaurant d’entreprise de la chaîne, elle répète: “J’ai de la chance. J’ai trop de chance.

Née dans le 18ème arrondissement de Paris un samedi de novembre 1985, soir de choc Monaco-PSG en Ligue 1, Marie Portolano reconnaît avoir été influencée par ses deux petits frères, Pierre le réalisateur et Benoît le musicien. “Ils m’obligeaient à regarder le foot quand j’étais petite”, raconte-t-elle. Elle s’est essayée à la danse -“une catastrophe, mes parents avaient honte de venir me voir au spectacle”- et au piano -“j’étais nulle, ça me faisait chier”-, en vain. L’année où l’équipe de France de football est sacrée championne du monde, sa mère est nommée directrice de la société du Gaz de Strasbourg. La famille passe deux ans en Alsace, l’aînée devient une habituée des tribunes de la Meinau: “J’étais une mauvaise sportive au lycée, mais une grosse consommatrice, à la télé et au stade.

À 19 ans, elle s’envole en Afrique du Sud, au Cap, “six mois en mode sac à dos”, pleine d’idées et de projets qui ne germeront que dans son esprit: l’ouverture d’un blog pour y publier des chroniques, l’écriture d’un livre qui décrypterait la relation nouant une jeune gymnaste à son entraîneur. Mais elle revient avec une envie qui, elle, se concrétisera: le journalisme. Elle enchaîne les stages et, à force de manifester “sans cesse” son envie de faire des sujets sport, atterrit en 2011 sur le plateau de la chaîne CFoot, qui vient d’apparaître sur la TNT payante. L’expérience ne durera que neuf mois -“le temps d’une grossesse”- avant que la chaîne ne cesse d’émettre. “C’était hyper brutal, raconte l’ex-coanimatrice du JT. On était soixante potes sans expérience, heureux d’avoir un premier contrat et de construire quelque chose, et tout s’est écroulé comme un château de cartes, du jour au lendemain.” Le 2 février 2012, elle se retrouve sans travail. Le 3, elle reçoit un coup de fil. C’est Florent Houzot, le directeur de la rédaction de BeIN Sports qui s’apprête à faire une entrée fracassante dans le paysage audiovisuel français.

J’ai eu du mal à trouver ma placeTous les six mois, je changeais d’émission. C’était difficile, mais BeIN a été pour moi la meilleure école.” 

Le challenge est excitant, mais la transition est compliquée: en deux saisons, elle passe de la matinale aux soirées de Ligue 1 et anime successivement Le Grand Stade, Lunch Time et Sports à la Une. “J’ai eu du mal à trouver ma place, dit-elle. Tous les six mois, je changeais d’émission. Je n’ai jamais vraiment eu le temps de m’installer. C’était difficile, mais BeIN a été pour moi la meilleure école.” Les sirènes de Canal se sont ensuite chargées de la charmer. Elle souligne “l’élégance rare” de Cyril Linette, l’ancien directeur des sports qui lui a “changé la vie” en l’embauchant à l’été 2014 alors qu’elle était enceinte de cinq mois, mais aussi “la bienveillance” de Pierre Ménès, la célèbre grande gueule du CFC. “Il m’a appelée avant ma première émission en m’assurant que tout allait bien se passer. Aujourd’hui, je le considère plus que comme un simple collègue de travail. C’est un super mec, un grand sensible.

Marie Portolano vit aujourd’hui près de Bastille à Paris, dans le même immeuble que ses parents et ses frères -“hyper pratique pour garder le petit”-, ne manque pas un concert de Rage Against the Machine en France, mais regrette de n’avoir plus de temps à consacrer au label Santo Muerte. Si elle est autoritaire? “Non.” Croyante? “Non.” Paresseuse? “Oui.” Maladroite? “Tellement: tu m’emmènes dans une soirée cocktail, je vais forcément avoir un truc coincé entre les dents et bousculer Vincent Bolloré.” Elle se tourne en souriant vers son attaché de presse, l’air de lui demander si elle a son accord. Politiquement, elle est plutôt ancrée à gauche mais préférerait voter en 2017 pour le footballeur Steven Gerrard, icône du club de Liverpool. Elle blague beaucoup, se marre franchement en révélant qu’elle rêve de présenter Faites entrer l’accusé, parce qu’elle est “fan des faits divers et des serial killers”. 

Oui, le milieu du journalisme sportif est un monde machiste, mais comme le monde du travail en général.

Elle regarde rarement ses propres émissions  -“Je devrais, mais je ne le fais pas, je n’y arrive pas: je trouve que je ne parle pas bien, et c’est plus facile d’être dans le déni”. En revanche, elle a plus de mal à passer à côté des commentaires parfois acerbes des plus allumés de ses 50000 followers sur Twitter. Elle adorerait “répondre aux insultes comme James Blunt”, passé maître dans l’art de l’autodérision sur les réseaux sociaux -“heureusement que tu n’es pas mon dentiste”, a récemment répondu le chanteur britannique à un twittos qui veut “lui casser la bouche dès qu’il chante”. “Il s’en fout, c’est génial. J’aimerais adopter le même ton quand on me dit que je suis ‘cheum’ ou qu’on me traitait de ‘grosse vache’ quand j’étais enceinte.

N’allez pourtant pas lui parler des clichés sur les femmes et le milieu du journalisme sportif: “Oui, c’est un monde machiste, mais comme le monde du travail en général.” Elle se revendique féministe, mais estime que “parler constamment du manque de féminisation dans ce milieu, c’est donner naissance à un problème, lui donner de l’ampleur. Moi, je suis légitime dans mon rôle simplement car comme mon voisin de palier, j’aime le foot: ce n’est pas parce que je suis une fille et que je n’ai jamais joué que je suis moins passionnée”. Sur ce point, difficile de jeter la pierre à Canal+ qui a pour autres têtes d’affiches de sa rédaction sport Astrid Bard (football), Isabelle Ithurburu (rugby) et Laurie Delhostal (Formule 1). Marie Portolano tient également à préciser qu’elle n’a “jamais été draguée” par les footballeurs. “Jamais, jamais de ma vie.” Après un silence de quelques secondes, elle lance un regard à son attaché de presse. Elle ironise: “D’ailleurs, je le prends assez mal.” Puis éclate de rire en voyant sa mine déconfite.           

Dans dix ans, les records du monde de ski, de natation ou d’athlétisme la feront encore pleurer. Quand le PSG sera éliminé de la Ligue des Champions, elle continuera de se replier dans un état anémiant. Mais son attachement au monde du journalisme sportif n’est pas viscéral pour autant: “Dans dix ans, je veux d’autres enfants, je veux être cool, je ne veux pas me prendre la tête.” Même sans antenne? “Si je n’en fais plus parce que je suis devenue vieille et moche, tant pis. J’aimerais rester à Canal le plus longtemps possible mais il ne faut pas oublier que 40 ans, en âge de fille, c’est 70 ans en âge de garçon.” Certains clichés sont plus tenaces que d’autres. 

Gaétan Scherrer


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© Nathalie Hinstin pour Cheek Magazine  - Cheek Magazine
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