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Dossier Nouveaux féminismes / En partenariat avec le CFPJ

Martin Winckler se bat pour que la médecine ne soit plus sexiste

Pour Martin Winckler, la médecine est gangrenée par le sexisme et les pratiques irrespectueuses vis-à-vis du corps féminin. A l’occasion de la sortie de son essai Les Brutes en Blanc, on a fait le point avec ce spécialiste. 
Capture d'écran de “Nurse Jackie”
Capture d'écran de “Nurse Jackie”

Capture d'écran de “Nurse Jackie”


Même à la retraite, le docteur Marc Zaffran, 61 ans, “se défonce toujours autant pour rassurer les patients”. Tutos gynécos sur YouTube, tribunes dans les médias et publication d’ouvrages, ce médecin généraliste dans la Sarthe, passé aussi par l’hôpital et le planning familial, n’est pas du genre à chômer. Sous le pseudonyme de Martin Winckler, en référence au personnage de Gaspard Winckler de George Perec, ce fervent féministe dénonce depuis longtemps le virus paternaliste et sexiste qui ronge la médecine française. Il en est convaincu, il existe une autre manière d’examiner les patients, notamment les patientes qui représentent “70% des consultations”.

Lorsqu’il était encore en poste, Marc Zaffran aurait bien volontiers enseigné aux étudiants de médecine sa vision du soin mais la faculté de Paris V l’a gentiment remercié. “Critiquer l’institution et à la fois l’enseigner? Impossible Monsieur!”:voilà ce qu’il s’est entendu dire. Alors le militant a claqué la porte en 2009, pour s’envoler au Canada et embrasser la culture nord-américaine. Traité auparavant en paria dans l’Hexagone, on lui offre outre-Atlantique une bourse et un poste d’enseignant-chercheur au Centre de recherche en éthique de l’université de Montréal. Depuis, il est loin de son pays, mais pas de ses patientes qui témoignent par milliers sur le blog d’informations médicales qu’il a lancé en 2003 et qui lui offrent l’occasion de plaider pour une médecine davantage à l’écoute. D’où l’idée d’un roman, Le Chœur des femmesdans lequel il raconte le huis clos de la consultation gynécologique, et cette fois-ci, d’un essai intitulé Les Brutes en blanc, dans lequel il pointe la maltraitance médicale française et invite les professionnels à se remettre en question. Entretien avec ce médecin féministe qui nous explique comment réagir face au sexisme médical.

À quel moment commence le sexisme médical?

Cela dépend du point de vue. Côté médecins, il y a déjà des préjugés: plus la femme vient d’un milieu défavorisé, plus le sexisme augmente. Pour les patientes, cela commence par les paroles du genre “qu’est ce qui vous amène cette fois-ci ma p’tite dame?” ou “quoi, vous avez encore des problèmes avec votre pilule?”. Les médecins ne diront jamais ça à un homme, qui se fait très rare dans les cabinets. Les femmes, elles, consultent souvent, notamment pour avoir des informations ou simplement être rassurées. Il n’y a pas de motif de consultation futile.

Les médecins savent-ils faire la différence entre soigner et traiter?

Non, ils sont éduqués pour faire des diagnostics et prescrire des traitements. Or, le soin reste une activité de relation. En faculté de médecine, les gens sont formatés: ils se comportent toujours de la même manière. On ne leur apprend ni la nuance, ni l’improvisation. Par exemple, une femme en fauteuil roulant qu’on ne peut pas examiner dans les étriers, il faut avoir la présence d’esprit de l’allonger sur le côté! Quand vous faites un geste, il faut toujours vous poser la question: est-ce que je pourrais faire encore mieux pour mon patient? Je vais peut-être paraître radical mais chaque externe en médecine devrait d’abord être aide-soignant puis infirmier et ensuite, s’il le souhaite, médecin. Histoire qu’on parte tous sur un même pied d’égalité.

L’épisiotomie est d’une brutalité absolue.

La violence médicale a-t-elle un sexe?

Non, c’est avant tout une violence de classe. On part du principe que le médecin est une personne supérieure aux autres donc, même entre une femme médecin et sa patiente, il reste ce filtre médical très sexiste. Et vous avez aussi de vraies brutes parmi les femmes. Je connais une chirurgienne qui opère des hommes de la prostate et qui m’a dit un jour: “Certains méritent d’être impuissants.” Quelle conception du soin…

Lors de l’accouchement, l’épisiotomie est-elle nécessaire?

Non, c’est une brutalité absolue. D’après les études actuelles, chez une femme en bonne santé avec un bébé de taille normale, l’épisiotomie n’a aucun intérêt à partir du moment où vous contrôlez l’expulsion de la tête. Au pire, il y aura une déchirure de peau, pas des muscles du bassin. Et cela se recoud avec trois points. Alors entre une déchirure hypothétique et une épisiotomie systématique, on choisit la première option!

Internet a-t-il libéré la parole sur ces pratiques abusives?

Bien sûr! En 2003, j’ai créé le premier site privé qui parle de contraception et de santé en France et depuis, les femmes m’écrivent, commentent et partagent quotidiennement mes articles. Elles me demandent par exemple: “Ah bon, on peut porter un stérilet quand on a pas d’enfants?” Oui! D’autres téléchargent toutes les ressources scientifiques officielles que je publie et les montrent à leurs gynécologues pour se faire entendre. Plus les femmes s’informent, moins elles vont se laisser faire.

Dans le livre, vous évoquez la fresque polémique du CHU de Clermont Ferrant en 2015. Le sexisme prend-il naissance dans les universités?

Oui, c’est une formation misogyne et elle n’en a pas honte. À Montréal, dans n’importe quel service, si jamais un médecin fait une remarque olé-olé sur une élève, tout le monde lui tombe dessus. En France, non. Vérifiez sur les blogs étudiants, c’est monnaie courante.

fresque viol collectif hopital clermont ferrand

La fresque du CHU de Clermont-Ferrand

Quels sont les recours possibles face à une maltraitance médicale?

Si le médecin vous engueule, il ne vous soigne pas. Il n’a pas à vous faire de leçon de morale ni de chantage. Le harcèlement est puni en France. Vous êtes absolument en droit de lui écrire et de joindre un double au Conseil de l’ordre des médecins. Et si cela va plus loin, attouchement ou viol, il faut aller directement au pénal. Même si cela touche le corps médical. Et parlez-en sur la Toile. Des femmes ont peut-être eu la même expérience. Il n’y a pas besoin d’un grand procès, juste d’un mouvement populaire des patientes. Et dans un second temps, les médecins suivront. L’omerta médicale se brise petit à petit mais à l’échelle d’une vie, cela ne bouge pas assez vite.

Propos recueillis par Tiphaine Honnet


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