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#Masaktach, le #MeToo marocain contre le harcèlement

Depuis trois mois, le hashtag #Masaktach (“je ne me tais pas”, en arabe dialectal marocain) se diffuse sur les réseaux sociaux. Derrière ce mot, une mobilisation contre les violences faites aux femmes, alors qu’une étude d’ONU Femmes indique que 63% de Marocaines reconnaissent avoir été victimes de harcèlement sexuel.
© instagram.com/masaktach
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Certaines femmes ont éclaté de rire, d’autres ont commencé à nous raconter une expérience marquante de harcèlement”, se souvent Aïcha Del-lero, membre du collectif marocain Masaktach de défense contre les violences faites aux femmes. La semaine dernière, la jeune femme a participé à l’action “S’il dépasse les limites, siffle!” (#ila_dsser_seffri) où elle a distribué des sifflets dans les rues de Rabat pour dénoncer le harcèlement.

À la sortie de la gare, j’ai rencontré une femme âgée, habillée de façon traditionnelle. Je lui ai donné un sifflet et expliqué comment il peut servir si ses filles ou petites-filles se font harceler dans la rue. Elle m’a coupée et m’a dit: ‘Moi non plus je ne suis pas épargnée, le harcèlement ne s’arrête pas avec l’âge’”, raconte Aïcha Del-lero, encore marquée par cet échange.

 

Le collectif Masaktach, dont 12 personnes forment le noyau dur, a distribué plus de 15 000 sifflets en une journée, à travers plusieurs villes du royaume. Les militantes ont appelé à siffler dès qu’une femme est victime de harcèlement dans la rue, un bus ou un café et à partager des photos sur les réseaux sociaux. Une initiative inspirée d’expériences en Inde et au Mexique, financée par leurs propres fonds. “C’est le lancement d’une action plus longue, dans le but de sensibiliser sur la loi 103-13 contre les violences faites aux femmes qui vient d’entrer en vigueur mais que les gens ne connaissent pas”, explique Laila Slassi, cofondatrice de Masaktach qui a distribué des brochures détaillant les nouveaux droits des femmes. Désormais, le harcèlement sexuel est passible d’une peine allant jusqu’à un an de prison et 1000 euros d’amende. La prochaine étape du collectif est d’entrer dans les quartiers industriels, les transports en commun, les écoles et les universités pour distribuer sifflets et fascicules informatifs. Des actions prévues par des équipes mixtes. “Pour une société sereine, les hommes aussi doivent céder de leurs privilèges et rejoindre les femmes dans leur combat”, explique Abdelhak El Amrani, qui est allé à la rencontre des Marocaines pour distribuer des sifflets, discuter et leur apporter son soutien.

 

 
 
 
 
 
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Les masaktachs ont reçus leurs sifflets! #masaktach #ila_dsser_seffri

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#JusticePourKhadija, #LamjarredOut…

En trois mois, le collectif Masaktach n’en est pas à sa première action. Tout a commencé fin août avec l’affaire Khadija, la jeune fille de 17 ans qui a porté plainte pour avoir été séquestrée, violée et tatouée de force pendant deux mois par une dizaine d’individus. “Le malaise social qui a suivi cette affaire nous a poussé à créer le collectif”, explique Laila Slassi. “Au début, il existait une unanimité pour soutenir la jeune fille. Mais dès que les parents des accusés ont commencé à exprimer leur version de l’affaire et à décrédibiliser la jeune fille en parlant de ses ‘mauvaises moeurs’, tout ce soutien s’est dissipé. C’est là que nous avons pris conscience de la nécessité du débat sur le consentement et la culture du viol”, détaille l’avocate d’affaire marocaine. Depuis, Laila Slassi et les autres militant·e·s suivent de près la jeune fille et les audiences au tribunal.

 

 

Le collectif s’est surtout fait connaître par sa campagne contre la diffusion sur les ondes marocaines des morceaux du chanteur Saad Lamjarred, placé en détention provisoire depuis septembre et accusé dans trois affaires de viol en France. Une campagne sous le hashtag #LamjarredOut qui a poussé plusieurs radios comme Radio 2M ou Hit-Radio à suspendre de leurs antennes la pop-star marocaine de 33 ans.

 

 

Vers la Women’s March

En plus de préparer une application où seront regroupés les numéros d’urgence des centres d’écoute et des associations d’aide aux femmes victimes de violences, Laila Slassi est fière d’annoncer que le collectif va participer à la Women’s March en janvier 2019. “Casablanca est la 100ème ville à faire partie du réseau, précise-t-elle. Nous nous inscrivons dans la démarche de #MeToo mais notre hashtag est marocain car notre réalité est différente et plus dure. Par exemple, la police n’intervient pas dans les cas de viol conjugal”, ajoute la militante. Aïcha Del-lero est aussi fière de voir le hashtag prendre cette dimension internationale. “Nous devons nous unir au niveau régional et organiser des actions similaires car nous nous confrontons aux mêmes problèmes”, ambitionne-t-elle. Combien de femmes le collectif réussira-t-il à mobiliser? Réponse au mois de janvier.

Théa Ollivier 


7. Elle continue de recevoir des publicités de grossesse après la mort de son bébé, et pousse un coup de gueule

On a lu pour vous cette lettre ouverte, publiée sur Twitter mardi 11 décembre, dans laquelle la journaliste Gillian Brockell pousse un coup de gueule contre les réseaux sociaux qui continuent à lui envoyer des publicités en lien avec sa grossesse après la perte de son bébé. 
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