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Douleurs menstruelles, maux de tête: elles se touchent pour se soulager

On parle de plus en plus de masturbation féminine mais moins des bienfaits qu’elle peut avoir. On a enquêté pour vous auprès de femmes qui l’utilisent comme médicament ou pendant leur accouchement. 
Capture d'écran de “Sex Education”
Capture d'écran de “Sex Education”

Capture d'écran de “Sex Education”


Se masturber quand on a des démangeaisons avec le délicieux pommeau de douche réglé sur le ‘jet de l’amour’… En vrai, ça me soulage et l’envie de gratter disparaît pour au moins trois heures”, “Moi aussi quand j’ai mes angines, je me fais sauter le bouchon. C’est un antidouleur super puissant. Je le fais aussi quand je n’arrive pas à dormir. C’est un super somnifère.” Voici les commentaires de Judith, 23 ans, et Anaïs, 35 ans, sous le post du compte Instagram T’as joui sur le “rapport entre douleur et soulagement à travers l’onanisme”. Comme 74% des Françaises en 2017, selon une étude de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), elles se sont déjà touchées. En plus de la pratiquer pour se faire plaisir, les deux jeunes femmes ont spontanément commencé à utiliser la masturbation en guise de médicament.

Ça fait 5 ans que je la pratique en tant qu’antalgique. Je me suis rendu compte toute seule que ça me soulageait et me faisait du bien quand j’avais du mal à dormir ou quand j’étais malade”, précise Anaïs. Même son de cloche chez Laëtitia, 30 ans: “L’envie de me caresser est plus fréquente quand je suis malade que lorsque je suis en bonne santé. C’est peut-être mon corps qui se bat contre la maladie en manifestant des pulsions de survie.” Etienne Forin, sage-femme libérale, nous explique comment ça marche: “La masturbation va provoquer une sécrétion d’hormones, notamment les endorphines qui sont celles du plaisir. Elles ont un effet antalgique donc ça peut calmer certaines douleurs. Il y a également des hormones qui vont permettre un relâchement du corps une fois l’orgasme passé, ça peut donc aider à trouver le sommeil.Fatigue, douleurs menstruelles, dérèglement au niveau de la flore vaginale, l’onanisme semble être une bonne méthode naturelle pour soulager certains maux physiques. Peut-il aussi avoir un effet sur le plan psychologique? C’est ce que les jeunes femmes laissent entendre: “À part quand j’ai des angines et des insomnies, je me masturbe en période de stress ou de chagrin”, confie Anaïs. Quant à Judith: “Ca peut aider à guérir de la déprime du matin!

 

Un accouchement orgasmique 

Aussi efficace qu’un Advil, la masturbation aurait d’autres bienfaits. Dans le troisième épisode de la saison 14 de Grey’s Anatomy, c’est ce qui est suggéré à un couple dont la femme enceinte est en travail depuis 20 heures. Allergique à certains produits, la future mère ne peut pas recevoir de péridurale. La Dr Carina DeLuca, incarnée par l’actrice Stefania Spampinato, conseille alors de produire de l’ocytocine naturelle grâce à la stimulation du clitoris. “Plus il y a d’ocytocine et d’endorphine, moins ça fait mal. Se masturber pendant l’accouchement peut aussi aider car le point nerveux qui déclenche l’envie de pousser est relié au clitoris”, explique Etienne Forin. Pauline Arfi, sage-femme, précise par ailleurs que: “la sécrétion de ces hormones accélère le travail”. C’est ce qu’ont pu expérimenter Jeanne, 34 ans, et l’illustratrice Gayelle, 30 ans.

C’était plutôt un massage du clitoris, ce n’est pas du tout la même pratique que lorsque c’est pour le plaisir.

Toutes les deux ont accouché à domicile et en gardent un bon souvenir. “Spontanément, j’ai posé mes mains au niveau du clitoris et j’exerçais de petites pressions. Ce n’était pas un mouvement comme celui qu’on peut avoir lors d’un acte sexuel que ce soit seule ou avec un partenaire. C’était vraiment comme si mon corps me guidait”, raconte Jeanne. Même constat pour Gayelle: “J’avais vu une vidéo à ce sujet. J’y ai repensé au moment de mon accouchement et j’ai eu envie d’essayer. C’était plutôt un massage du clitoris, ce n’est pas du tout la même pratique que lorsque c’est pour le plaisir. C’est un moment très doux, il n’y a pas d’excitation sexuelle.” Pour informer sur l’accouchement dit orgasmique, la dessinatrice a partagé son expérience sur son compte Facebook. Elle insiste: “Ma planche de BD n’est pas une injonction à se masturber. Il faut la pratiquer quand on en a envie, il faut écouter notre corps et être attentive à ce que l’on ressent.” 

 

 

Une pratique efficace mais pourtant taboue

La masturbation féminine reste encore taboue dans notre société. C’est un sujet que la sage-femme Pauline Arfi n’ose d’ailleurs pas entamer avec ses patientes: “Quand je vois le rapport qu’elles ont avec la sexualité, je me dis qu’elles seraient choquées que je leur conseille l’onanisme pour apaiser leurs douleurs.” De son côté, Etienne Forin assure aborder la question de la masturbation avec les futurs parents lors des séances de préparation à la naissance. Une attitude que lui reproche ses collègues car pour eux·elles, “c’est entrer dans la sexualité des gens”. D’après lui, il y a un tabou car “certain·e·s pensent que ça revient à se masturber en public”.

Quand elles se sont caressées, Jeanne et Gayelle l’ont fait en toute intimité. “J’étais seule dans la salle de bains. Je ne l’aurais pas fait si ma sage-femme avait été dans la même pièce, et pareil si j’avais accouché à l’hôpital”, confie l’illustratrice. Avant d’ajouter: “Le contexte est compliqué pour pratiquer la masturbation. Je pense qu’il faudrait instaurer une certaine intimité et être certaine que le personnel soignant frappe à la porte avant de rentrer dans la chambre.” Même chose pour Jeanne: “Je pense qu’à la clinique, sous les néons, j’aurais été trop dans le mental pour que mon corps me guide comme il l’a fait.” Pour Etienne Forin, avant même de parler d’utiliser la masturbation pour se soulager ou lors d’un accouchement, “pouvoir dire aux femmes qu’elles ont le droit de se caresser, que ce n’est pas sale et que ça fait partie d’un moment qu’elles partagent avec elles-mêmes, et ce même si elles sont en couple, est déjà un vrai tabou à faire tomber”. 

Wendy Le Neillon


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