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Me My Sexe and I, le podcast consacré à l'intimité et la sexualité des femmes noires

Dans ce podcast lancé en avril dernier, l’autrice, productrice et activiste féministe Axelle Jah Njiké reçoit deux fois par mois des femmes noires pour parler de leur intimité et de leur sexualité. 
Axelle Jah Njiké DR
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En écoutant Me My Sexe and I, on entre dans la vie des femmes noires par une toute petite porte qu’habituellement on ouvre rarement: l’intime. Deux vendredis par mois, au micro de l’entrepreneure, militante féministe et autrice Axelle Jah Njiké, des femmes -qu’elle choisit au hasard de ses rencontres- se confient sur leur vie personnelle. Enfance, famille, intimité, sexualité, rien n’échappe à ses oreilles bienveillantes. 

Faire parler de l’intime, c’est l’un des nombreux talents de la fondatrice de Me My Sexe and I. Mais elle aime aussi prendre la parole sur ces sujets. En 2015, elle a participé à l’écriture d’un ouvrage collectif intitulé Volcaniques, une anthologie du plaisir, dans lequel 12 femmes, autrices des mondes noirs, évoquaient pour la première fois le plaisir féminin. À l’époque, nous l’avions d’ailleurs interviewée ici. Suite à la parution de ce livre, Axelle Jah Njiké a recueilli la parole de nombreuses femmes noires. Elle a voulu la rendre publique. C’est ainsi qu’est né son podcast. 

 

Pourquoi ce nom, Me My Sexe and I

Derrière ce nom, il y a une expérience personnelle. Ça parle de mon rapport à la sexualité. “Me”, c’est moi, “My Sexe”, c’est mon genre bien sûr, mais c’est aussi mon sexe en lui-même. Mon entrée dans la sexualité a été brutale. J’ai été violée quand j’avais 11 ans. Je suis née au Cameroun et j’ai été envoyée par ma mère en France chez ses deux premiers fils lorsque j’avais six ans car, je ne l’ai appris que 20 ans plus tard, je n’étais pas la fille de son mari. Ils étaient beaucoup plus âgés que moi, l’aîné m’a rapidement confié à son cadet. Ce dernier avait une petite amie, qui avait elle-même un frère qui était souvent chez nous. Un soir, alors que le couple était sorti, il m’a violée. Quand ils sont rentrés, personne n’a rien dit. On m’a envoyé dans ma chambre et plus personne n’a jamais fait allusion à ce qui s’était passé. C’était, à mon sens, impossible de ne pas comprendre. D’ailleurs après ça, cet homme n’est plus jamais venu à la maison. Mon frère a ensuite commencé à me battre, jusqu’à ce que je quitte le domicile des années plus tard. C’était sa façon de me punir de ce qu’il s’était passé.

Après le viol, je vais me réapproprier le rapport à mon sexe par l’écrit, de manière intellectuelle d’abord.

Mon premier réflexe, le lendemain du viol, c’est d’aller à la bibliothèque. Je veux chercher une explication dans un livre. Je vais trouver Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, de Maya Angelou. C’est la première fois que je vais lire un texte sur un viol commis sur une petite fille noire et que je suis confrontée au mot “viol”. Par la suite, je vais me réapproprier le rapport à mon sexe par l’écrit, de manière intellectuelle d’abord. Ça va être important de mettre des mots dessus, d’écrire. Pour moi, le “My Sexe” est au centre de toute ma démarche. Après le viol, j’ai failli me retrouver enfermée dans le trauma et je m’en suis sortie car je suis allée chercher des réponses à l’extérieur en voyant que mon entourage ne faisait rien. J’ai découvert beaucoup plus tard que le viol était la façon pour la plupart des femmes de ma famille -ma mère, ma grand-mère- de rentrer dans la sexualité, elles n’y rentraient pas de leur plein gré, elles y étaient contraintes. Malgré moi, j’avais perpétué ce truc à 3000 kilomètres de chez moi… Enfin, le “I”, c’est nous toutes ensemble. 

Comment est né ce podcast?

À l’origine, c’était un projet éditorial, je voulais en faire un livre. Je l’avais soumis à plusieurs maisons d’édition avec la complicité de Léonora Miano, mais il a été refusé. Je l’ai rangé dans un coin de ma tête en me disant qu’il fallait que je trouve un moyen de le faire. Entre-temps, Volcaniques est sorti. J’ai rencontré plein de femmes suite à la publication de cet ouvrage, qui venaient me parler de leur vie intime et personnelle. Il fallait que je ressorte ce sujet. J’écoutais beaucoup de podcasts à l’époque, on était début 2017 et je me disais que ça pouvait être un média intéressant, car les femmes pourraient vraiment parler. J’ai eu l’occasion de rencontrer Caroline Gillet de France Inter qui m’a consacré une émission. Je lui ai parlé de l’envie que j’avais et elle m’a encouragée à réaliser mon projet. Personne n’était partant pour l’accueillir. Les gens ne comprenait pas ma démarche, ne voyaient pas l’intérêt de l’intime pour aborder les questions en rapport avec les personnes noires, donc je l’ai fait moi-même, seule. J’ai fait un prêt, j’ai tout financé et je me suis lancée! Me My Sexe and I est ensuite né en avril dernier!

 

De quoi ça parle? 

Ça parle de la construction personnelle de chacune avant toute chose. C’est un sujet rarement abordé dans les communautés noires. Ça parle de l’intimité, de la sexualité, mais pas que! Ça parle aussi du droit à pouvoir dire “je” pour les femmes noires dans leurs communautés et aux yeux du monde. 

Pourquoi avoir voulu traiter ce sujet? 

De par mon parcours, je me suis toujours intéressée à l’intime, j’ai beaucoup réfléchi à la manière dont les liens s’articulaient entre les familles. J’ai affirmé très jeune une identité propre, je tenais tête aux adultes et on me faisait savoir que ce n’était pas admissible car j’étais une enfant, une jeune fille, et que ce n’était pas la place de la “femme de” que j’allais devenir. En côtoyant d’autres gens, en grandissant, je me suis rendue compte que ce discours était très courant chez les femmes noires que j’ai pu rencontrer. Mais personne n’en parlait, c’était hors de question de le dire de manière publique. Nous sommes des personnes, des individus, des sujets, et il y a des choses qui se passent dans nos vies, nos familles, qui sont aussi préjudiciables que les discriminations subies à l’extérieur. Il faut sortir de l’omerta au sujet de l’intime. Nous sommes absent·e·s des conversations sur l’intime comme si nous n’étions pas concerné·e·s par les violences conjugales, les maladies mentales ou encore les discriminations liées au sexe, c’est pesant à la longue…

 

Pourquoi avoir choisi le mode de la conversation?

Parce que c’est déjà ce que faisais avec mes copines depuis des années. Elles m’ont toujours demandé pourquoi je n’étais pas psy! Elles me disent: “Quand on arrive chez toi, on repart 5 heures plus tard, on a l’impression d’être bien, tu fais du bien aux gens, fais-en ton métier!” J’ai une façon d’écouter qui fait que les gens aiment se livrer. J’ai appris, du fait sans doute de la brutalité de mon enfance, à m’intéresser à moi-même car je ne pouvais compter que sur moi. J’ai donc un intérêt pour moi, mais aussi un profond intérêt pour les autres. Je veux leur dire “vous avez tout ce qu’il faut pour devenir votre propre pilier. Regardez, j’ai réussi à le faire, vous aussi vous en avez la capacité”. Parler de ce qui nous trouble, nous fait mal, nous fait plaisir, c’est ce qu’il y a de plus important pour nous et aussi pour les autres car ils peuvent vous entendre et se reconnaître. 

À part Me, My Sexe and I, un podcast à recommander? 

Le vôtre, Sur Leurs Lèvres, je suis tombée amoureuse des garçons interviewés! Et aussi dernièrement, j’ai beaucoup aimé le podcast d’Anouk Perry intitulé La Salope du lycée. Il parle de cette fameuse fille qui était stigmatisée au lycée car tout le monde la prenait pour une fille facile, c’est le récit de l’une d’entre elles. 

Propos recueillis par Julia Tissier


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