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Se soigner grâce au yoga? Cette médecin franco-indienne y croit

On a rencontré la médecin Nathalie Geetha Babouraj, fer de lance de la médecine intégrative en France, à l’occasion de la troisième édition du forum W(e) talk. 
© Joanna Quélen / moodstep.com
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Samedi 21 mai se tiendra à La Bellevilloise à Paris la troisième édition du forum W(e) talk, qui met en valeur des femmes porteuses de projets innovants. Parmi elles, Nathalie Geetha Babouraj, qui importe en France la médecine intégrative, un enrichissement de la médecine moderne par des pratiques traditionnelles orientales. Le but: prendre soin de nos corps et de nos esprits, et pas seulement quand ils vont mal.

Alors que les plus grandes universités américaines forment depuis plusieurs années déjà leurs étudiants à la médecine intégrative, la France, elle, traîne les pieds. Pour la Haute autorité de santé (HAS), accepter que des méthodes traditionnelles orientales, comme l’acupuncture, le yoga ou la méditation, soient aussi efficaces que la médecine moderne, est encore tabou. Qu’importe, Nathalie Geetha Babouraj, 36 ans, relève le défi. Docteure en médecine, franco-indienne, elle a fondé en 2014 l’Institut de santé intégrative. Elle y propose des stages de découverte de l’ayurvéda, la médecine traditionnelle indienne, du yoga, et des programmes dédiés aux femmes, qui leur permettent de reprendre le pouvoir sur leur corps et leurs émotions. 

La médecine occidentale est très efficace pour diagnostiquer, et pour soigner les maladies graves. Mais pour tout le reste, on est livré à soi-même.

Née en France de parents indiens, Nathalie Geetha Babouraj a vécu en Inde de 10 à 17 ans. “J’ai appris très tôt à jongler entre deux cultures et à conjuguer occidental et oriental”, raconte-t-elle. Son adolescence indienne la confronte aussi à un pays où les filles n’ont pas les mêmes chances que les garçons, les femmes pas la même liberté que les hommes. Elle apprend vite à se surpasser. Ses parents la poussent dans cette direction et lui promettent un billet de retour en France si elle obtient d’assez bonnes notes au lycée. “Résultat, j’ai cartonné, et à 17 ans, j’étais de retour à Paris.

Elle choisit alors la médecine, sur les bancs de la fac de Montpellier. Mais la formation la lasse: “À partir de la troisième année, on ne s’intéressait plus qu’aux pathologies, à ce qui ne marchait pas, et jamais aux solutions.” En parallèle de ses études, elle décide alors de se tourner vers ses racines, redécouvre l’ayurvéda et réalise l’importance des savoirs ancestraux. Rencontre avec une médecin pas comme les autres.

 

Pourquoi as-tu décidé de te former à la médecine traditionnelle indienne?

Tout a commencé quand j’avais 23 ans. Comme tous les étudiants en médecine, j’étais très stressée et j’ai commencé à avoir des brûlures d’estomac terribles. Mon médecin se contentait de sourire et de me dire que tout allait bien, que mes analyses étaient bonnes. Il ne cherchait pas plus loin. J’ai commencé à comprendre l’envers du décor, le système médical français en tant que patiente. La médecine occidentale est très efficace pour diagnostiquer et soigner les maladies graves. Mais pour tout le reste, on est livré à soi-même. En tentant de trouver une solution, je me suis mise au yoga, et au bout de quelques mois, je n’ai plus eu besoin de médicaments. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire avec les médecines traditionnelles. J’ai commencé à retourner en Inde pendant mes vacances pour apprendre l’ayurvéda.

C’est quoi l’ayurvéda?

C’est une médecine indienne basée sur des écrits vieux de 5 000 ans. Selon eux, le corps humain fonctionne sur les cycles de la nature. L’être humain doit tout simplement être à l’écoute de ce fonctionnement pour trouver son équilibre et rester en bonne santé. Concrètement, cela consiste à créer des petits rituels au quotidien, d’alimentation, de respiration, de sommeil… En fait, plus qu’une médecine, c’est un art de vivre en harmonie avec la nature, les autres et soi-même.

Pour une femme, apprendre à apprivoiser ses cycles, son énergie, son fonctionnement, c’est une vraie prise de pouvoir sur son corps et ses émotions.

Tu as travaillé en tant que médecin, comment tes patients recevaient-ils ta pratique de la médecine alternative? 

Ce qui m’a aidée, c’est que j’étais médecin de prévention chez les pompiers de Paris, qui sont assez réticents à prendre des médicaments car cela leur interdit de monter dans les camions. Et en même temps, ils peuvent travailler plusieurs jours d’affilée, ils sont sous tension, ils ont souvent des douleurs. Donc ils étaient plus ouverts pour accepter des méthodes non-médicamenteuses. J’ai appelé ça les “TOP”, pour “techniques d’optimisation du potentiel”, mais en fait, c’était du yoga! (Rires.) Si j’avais appelé ça par son nom, personne n’aurait accepté de le faire. Ça a bien marché et ça m’a amenée à participer à un groupe de travail à l’OTAN sur la médecine intégrative. C’est là que je l’ai découverte, tout comme son application dans le milieu scolaire, carcéral, et militaire aux États-Unis.

Pourquoi nous sommes-nous éloignés des médecines traditionnelles?

Historiquement, la médecine moderne occidentale s’est coupée du vivant avec la pensée cartésienne, qui a créé une médecine basée sur la preuve et le raisonnement logique. Mais les médecines dites alternatives commencent à refaire surface. Elles sont de plus en plus reconnues aux États-Unis, mais aussi en Allemagne ou en Angleterre. C’est dommage qu’autant de retard soit pris en France. La médecine moderne a permis de nombreux progrès, mais elle ne peut pas tout régler.

En quoi la médecine intégrative profite-t-elle aux femmes?

Parce que tout ce qu’on apprend aux jeunes filles aujourd’hui sur leur physiologie, c’est comment utiliser des moyens de contraception. Il y a un déni de la physiologie féminine, mais c’est logique, la vision médicale de la femme a été façonnée par des hommes! Les médecines ancestrales, elles, sont basées sur les cycles. Et celui de la femme est indéniablement différent de celui de l’homme. Pour une femme, apprendre à apprivoiser ses cycles, son énergie, son fonctionnement, c’est une vraie prise de pouvoir sur son corps et ses émotions. Et mieux se connaître signifie aussi mieux s’intégrer dans la société aux côtés des hommes. C’est une source d’empowerment. 

Propos recueillis par Clémentine Spiler 


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