société

Médias

Elle a transformé le magazine papier en un spectacle de stand-up éphémère

Documentariste dans une première vie, Florence Martin-Kessler renouvelle le journalisme en faisant raconter, voire jouer ou mimer des articles par leurs auteurs. Son magazine vivant Live Magazine fait salle comble à chaque représentation. Interview.
Florence Martin-Kessler, DR
Florence Martin-Kessler, DR

Florence Martin-Kessler, DR


Avant de s’interroger sur l’avenir du journalisme, un secteur en profonde mutation, Florence Martin-Kessler avait fait ses armes dans le documentaire, avec une sensibilité particulière pour les sujets concernant les femmes –son film sur les désillusions des avocates new-yorkaises avait à l’époque retenu notre attention. Depuis 2014, elle réinvente son propre métier puisqu’elle s’est s’associée  aux journalistes Thomas Baumgartner et Sébastien Deurdilly pour lancer Live Magazine en s’inspirant directement d’un succès américain, le Pop-Up Magazine.

Le concept? Un spectacle construit comme un magazine, avec ses rubriques, ses reportages, ses portfolios. Sur scène, les auteurs desdits reportages réinterprètent leur version écrite en y mettant beaucoup d’eux-mêmes, et en y ajoutant les coulisses du sujet et leurs souvenirs personnels. Aucune photo ni aucune captation d’aucune sorte ne sont permises pendant cette représentation d’un nouveau genre: la seule trace de ce magazine est celle que les spectateurs emportent avec eux dans leur tête. Une réinterprétation du journalisme, qui, loin d’être oldschool, est annonciatrice d’un nouveau rapport à l’info.

Comment est né Live Magazine?

De ma rencontre avec Douglas McGray, le fondateur de Pop-Up Magazine, que j’ai rencontré lors d’une année de résidence au Nieman Lab d’Harvard. Il m’a encouragée à créer ma propre version française et j’ai immédiatement été séduite par l’idée de mélanger les répertoires. De mon côté, j’en avais marre d’être suspendue aux validations des chaînes pour mes projets de docus et je me suis lancée dans ce projet que je trouvais frais et simple. Ensuite, tout est allé très vite et on a trouvé notre modèle économique en créant des Live Magazine sur mesure pour des marques, car les recettes de billetterie de nos évènements ne suffisaient pas.

Un journal vivant, ça ressemble à quoi?

C’est un vrai beau spectacle. Comme un magazine, on tourne les pages et l’on passe d’une rubrique à une autre, d’une histoire dansée à une histoire accompagnée d’un diaporama sonore, sans oublier les récits plus intimistes de journalistes. On prépare toutes les interventions en amont, on fait des répétitions chez moi qui demandent beaucoup de travail, mais le résultat est toujours à la hauteur. En deux ans, on a mis en scène 90 récits, et je crois qu’aucun auteur n’a regretté de l’avoir fait.

C’est un spectacle grand public?

Oui! Généralement, ça plaît autant à mes filles qu’à ma grand-mère, aux patrons du CAC 40 qu’aux trendsetteurs. J’adore l’idée de dévoiler les coulisses du journalisme mais je ne veux surtout pas tomber dans un entre-soi excluant. Au contraire, le spectacle permet de faire découvrir la profession à des personnes déconnectées de l’info. Je pense à des ados, qui ne regardent jamais de documentaires et qui m’ont envoyé des lettres enflammées après avoir assisté à une représentation. On voudrait d’ailleurs ouvrir particulièrement le spectacle aux jeunes, notamment des lycées professionnels. C’est une occasion de rencontrer des gens qui ont un métier passionnant et d’échanger avec eux, car il y a toujours un cocktail après la représentation, tout est plutôt informel.

Live Magazine est-il l’avenir du journalisme?

Il est un des avenirs possibles. Un jour, des documents confidentiels sur les orientations stratégiques du New York Times ont fuité, et parmi ces orientations, il y avait des évènements live. Je me suis dit qu’on avait eu la bonne intuition. Aujourd’hui, on a besoin de recréer une façon de regarder le monde autour de nous car, à force d’être bombardés d’infos toute la journée, on est en demande de récits incarnés.

Propos recueillis par Myriam Levain

Prochaine édition du Live Magazine le 8 février au théâtre de l’Atelier à Paris.


1. Pourquoi il est grand temps de briser le tabou du vaginisme

Ce trouble sexuel, qui rend la pénétration impossible, ou a minima douloureuse et difficile, reste mal connu. Source de honte, le vaginisme est pourtant beaucoup plus commun que ne pourraient le croire les femmes qui en souffrent. Enquête sur un tabou au croisement de la sexualité et de la santé féminine.
Florence Martin-Kessler, DR - Cheek Magazine
Florence Martin-Kessler, DR

3. Elles utilisent leur sang menstruel comme engrais naturel

On a lu pour vous cet article de Vice dans lequel la journaliste Justine Reix donne la parole à ces femmes qui utilisent leur sang menstruel comme engrais pour leur potager. 
Florence Martin-Kessler, DR - Cheek Magazine
Florence Martin-Kessler, DR

4. Grâce à Claude Terosier, apprendre à coder devient un jeu d'enfant

Elles sont médecins, ingénieures, réalisatrices ou militantes. Pour la première fois cette année, la Région Île-de-France a voulu célébrer ces Franciliennes qui s’engagent et font bouger les lignes. Les trophées ellesdeFrance les ont récompensées pour leur courage, ou pour leurs actions menées dans le domaine de l’innovation, de la création, de la solidarité. Nous avons rencontré ces femmes extraordinaires: cette semaine, on vous présente Claude Terosier, prix de l’innovation et fondatrice de Magic Makers, des ateliers pour apprendre aux enfants à coder. 
Florence Martin-Kessler, DR - Cheek Magazine
Florence Martin-Kessler, DR

5. Meet My Mama, la start-up qui redonne le pouvoir aux femmes au foyer du monde entier

L’empowerment a un goût. C’est ce que démontrent les cuisinières de Meet My Mama, un service traiteur né il y a deux ans et valorisant le talent des femmes réfugiées et issues de l’immigration. Grâce à l’initiative de trois vingtenaires, les mères au foyer deviennent des cheffes. Rencontre.
Florence Martin-Kessler, DR - Cheek Magazine
Florence Martin-Kessler, DR

6. Pourquoi la nouvelle pub Gillette rend-t-elle fous les masculinistes?

Pour l’instant diffusée uniquement aux Etats-Unis et sur Youtube, la nouvelle campagne des rasoirs Gillette a retenu la leçon de #MeToo et invite ses utilisateurs à échanger les codes de la virilité toxique contre ceux d’une masculinité positive. Ô surprise! Le message a du mal à passer.
Florence Martin-Kessler, DR - Cheek Magazine
Florence Martin-Kessler, DR