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Meet My Mama, la start-up qui redonne le pouvoir aux femmes au foyer du monde entier

L’empowerment a un goût. C’est ce que démontrent les cuisinières de Meet My Mama, un service traiteur né il y a deux ans et valorisant le talent des femmes réfugiées et issues de l’immigration. Grâce à l’initiative de trois vingtenaires, les mères au foyer deviennent des cheffes. Rencontre.
© Instagram/meetmymama
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On choisit d’être femme au foyer mais pas forcément de le rester”, décoche Loubna Ksibi. L’entrepreneuse cite sa camarade Donia Souad Amamra. Toutes deux ont fondé en compagnie de Youssef Oudahman l’entreprise sociale Meet My Mama afin d’assurer l’entrée dans la vie active des femmes issues de tous types de migrations. Plus qu’une boîte, Meet My Mama est un écosystème, qui démontre au fil des assiettes que start-up nation et solidarité font parfois bon ménage.

Tout a beau s’organiser à Paris, Meet My Mama nous fait voyager aux quatre coins du globe. Depuis 2017, son trio de tête  -26 ans en moyenne- chamboule le champ old school des services traiteur en proposant aux grandes sociétés une cuisine du monde authentique. Tout est parti de Mama Cook’in, ateliers culinaires réalisés par des réfugié·e·s. Organisée par Loubna Ksibi et Donia Souad Amamra, l’initiative a pour but de “redonner le pouvoir à des femmes au foyer qui ont décidé de ne plus l’être”, dixit ses instigatrices. Le projet fait son petit effet et parvient aux oreilles de Youssef Oudahman, familier du marketing agroalimentaire (Mars, Innocent) désireux lui aussi de défendre l’idée d’une cuisine “à échelle humaine” conçue par celles que la société invisibilise. Passés par les bancs des écoles (Télécom Business School, Sciences Po, SKEMA), les trois gourmets tiennent leur inspiration de l’état d’esprit californien, découvert par Loubna Ksibi lors de ses études, et de cultures orientales comme l’Asie du Sud Est, dont Youssef Oudahman admire les innovations sociales et la street food. C’est à travers ce melting-pot que le trio lance Meet My Mama, ode aux bons petits plats maternels et à celles qui les font. “Je retiens de ma mère son hospitalité poussée à l’extrême, des valeurs que l’on respecte et que les traiteurs ont un peu perdu”, explique Loubna Ksibi.

 

De mères au foyer à entrepreneuses

Afin de recruter ses talents culinaires, le trio est venu toquer à la porte des associations chargées des réfugié·e·s et de l’insertion professionnelle des femmes. D’abord proposées aux particuliers, les prestations des cheffes ont fini par investir les entreprises. Les “mamas” viennent du Maroc, de la Côte d’Ivoire, d’Italie, d’Espagne ou encore d’Inde. Elles s’adaptent à la gastronomie française et la réécrivent à leur sauce: financiers au poulet Yassa, macarons à la fleur d’oranger, chaussons saveur tajine. Afin d’intégrer le réseau, la centaine de cuistots aujourd’hui actives sont passées par l’association Empower My Mama et ont évoqué l’espace d’une rencontre “ce que le projet pouvait leur apporter et ce qu’elles pouvaient apporter au projet”, précise Youssef Oudahman.

Ce service aspire à faire évoluer le regard que la société voue aux mères au foyer, ces figures de l’ombre exclues de la restauration par manque d’expérience ou âge trop avancé.

Inscrites en tant qu’autoentrepreneuses ou sous une dénomination type SAS, ces cuisinières ont suivi une formation en informatique assurée par Google, se sont initiées au design culinaire et à la prise de parole en public. Certaines étaient serveuses de cantines, d’autres ont la vingtaine et n’ont jamais travaillé, débutent leur carrière à 40 ans ou décident de “switcher” par dégoût du monde de l’entreprise. Des mamas arrivent sans adresse mail, ont des soucis de mobilité ou du mal à joindre les deux bouts. Plus qu’une visibilité, Meet My Mama leur offre les moyens de “rembourser leurs dettes, trouver des endroits où cuisiner, des nounous pour garder leurs enfants, ouvrir leur propre resto”, détaillent les start-uppeurs. Avec ce suivi personnel, le service aspire à faire évoluer le regard que la société voue aux mères au foyer, ces figures de l’ombre exclues de la restauration par manque d’expérience ou pour âge trop avancé. Elles ont pourtant de nombreux plats à leur actif, savent créer des menus, choisir des ingrédients et organiser leur staff. Selon Youssef Oudahman, “ce sont les qualités d’un·e chef·fe!”.  

 

 
 
 
 
 
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On commence la semaine avec un BIG SMILE de Mama Aminata 😁🤩 #happy #mondaymotivation #happy #smile #woman #beauty #foodie #laugh #sunshine #happiness #foodlover #chef #love #traiteur #catering

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“Ces mamas sont des role models”

On n’a jamais valorisé ces femmes. On ne leur a jamais dit: ‘vous pouvez le faire’”, déplore de son côté Loubna Ksibi. En devenant cheffes, les mamas ne sont plus “femmes de” mais deviennent indépendantes. Meet My Mama réécrit les rapports classiques qui définissent le monde du travail, afin que ces gastronomes ne souffrent plus de la hiérarchisation qui participe à leur stigmatisation. “On n’est pas leur boss mais on fait en sorte d’assurer une relation de partenariat, où nous leur proposons des prestations, et elles leurs services”, explique Youssef Oudahman, qui voit en elles des “roles models charismatiques, nous invitant à déconstruire les préjugés que l’on associe à une culture et aux personnes qui l’incarnent”. Le sourire en coin, Donia Souad Amamra aime décrire ces femmes en “slasheuses”, aussi bien mères au foyer que “working girls”. “On nous parle de start-up nation mais on n’offre pas les outils à tout le monde. Nous  faisons donc en sorte que ces femmes aient un vrai statut”, précise-elle, soucieuse de sortir de l’isolement et de la précarité ces cuisinières qui “cherchent à évoluer dans un domaine d’hommes et font l’objet des préjugés dont souffrent les exilées et les réfugiées, cumulent toutes les formes d’exclusions possibles” poursuit sa comparse.

L’entreprise a déjà généré un chiffre d’affaires de plus de 600 000 euros.

Avec Meet My Mama, l’idéal social des associations investit l’univers start-up. L’entreprise révèle sa fibre humaniste tandis que sa prospérité économique rend d’autant plus fort son impact sur les consciences. Résultat? En un an, 350 entreprises ont choisi les mamas. L’entreprise a attiré des groupes tels que Google, L’Oréal et Apple et dit générer un chiffre d’affaires de plus de 600 000 euros. Il faut dire que les valeurs transmises par Meet My Mama sont dans l’air du temps. Sous couvert d’empowerment au féminin et de vivre ensemble, la boîte sensibilise ses cuisinières aux enjeux du développement durable et de l’empreinte carbone, cherche des solutions au gâchis alimentaire et se sert d’assiettes biodégradables, dans lesquelles repose une nourriture qui n’a rien des surgelés crachés des usines. “Là où la majorité des traiteurs sont de très anciennes structures, notre philosophie convient aux jeunes générations et à celles qui arrivent”, s’enthousiasme Loubna Ksibi.

 

“Les boîtes sont en quête de sens”

Pour son acolyte Youssef Oudahman, l’accueil chaleureux de Meet My Mama démontre que “la société d’aujourd’hui est en pleine transformation responsable, et les entreprises en quête de sens”. À l’origine, le diplômé d’école de commerce rêvait d’être reporter de guerre. Avec Meet My Mama, il éprouve ce même sentiment d’être connecté aux enjeux du monde. Pour Loubna Ksibi, l’urgence de l’égalité dépasse les fourneaux. Membre du Conseil National du Numérique, la touche-à-tout accorde autant d’importance à la question de l’inclusion dans le domaine de la tech’ qu’à l’orientation des jeunes de banlieue. Les “StartUp WeekEnd Banlieue” qu’elle organise font ainsi la part belle aux masterclasses (des entrepreneurs viennent partager leurs expériences) comme aux sessions de formation. “Chez les mamas et chez les jeunes, on observe la même injustice. Ce sont des populations qui s’autocensurent par manque de moyens et de réseau, à qui l’on a toujours dit: ce n’est pas possible”, déplore-t-elle. Une chose est certaine: quelle que soit la langue que Meet My Mama met à l’honneur au gré de ses cocktails dînatoires, le mot “impossible” n’en fait pas partie.

Clément Arbrun


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