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La plus jeune combattante de MMA du Moyen-Orient racontée dans un docu

Dans Out of the cage, un documentaire proposé par Spicee depuis jeudi 29 mars, le réalisateur Guillaume Chanaud nous plonge dans le quotidien de Jena Karam, une américaine installée au Liban et fan de sports de combat.   
© Guillaume Chanaud
© Guillaume Chanaud

© Guillaume Chanaud


Pour moi, le MMA est un style de vie. Tout ce que je fais y est relié d’une manière ou d’une autre. C’est le combat de ma vie.” C’est autour de cette phrase prononcée par Jena Karam, une étudiante américaine de vingt ans installée à Beyrouth que s’articule Out of the cage, le nouveau documentaire de la webtélé Spicee. Pendant 52 minutes, le réalisateur Guillaume Chanaud nous raconte le quotidien de cette jeune femme “de bonne famille” -comme le raconte le dossier de presse-, élue Miss Élégance à son bal de promo et, surtout, fan invétérée de MMA, un sport de combat des plus violents, qui emprunte des mouvements et techniques à la boxe thaï, au karaté, au judo ou encore au ju-jitsu. Motivée par l’idée de devenir un jour numéro 1 dans sa discipline, Jena Karam s’entraîne deux fois par jour. Elle fréquente également les bancs de l’université les mardis et jeudis pour suivre une formation en marketing, et trouve même le temps d’enseigner à quelques enfants les rudiments des sports de combat.

Out of the cage suit l’évolution de ce personnage audacieux et déterminé dans une société libanaise encore aux prises avec son organisation patriarcale, et jusqu’à sa rencontre avec Dee Begley en Irlande -on ne vous spoilera pas l’issue de la confrontation. Comment, et surtout, pourquoi, passe-t-on du statut de “la jolie fille de l’école” à celui de la plus jeune combattante de MMA au Moyen-Orient? Nous avons échangé avec Jena Karam, qui lutte dans et hors de la ‘cage’, ce ring délimité par du grillage sur lequel se pratique sa discipline.

 

 

Pourquoi et quand as-tu décidé de commencer un sport de combat?

Tout a débuté à 16 ans quand je me suis inscrite dans une salle de sport qui proposait des cours de boxe thaïlandaise. J’ai essayé par curiosité et je suis vite devenue accro.  J’y ai appris beaucoup de choses: comment perdre quelques kilos pour entrer dans une catégorie de poids, comment les regagner ensuite, ou encore comment maîtriser mon anxiété et mes craintes avant un match. 

Pourquoi t’es-tu orientée ensuite vers le MMA?

J’ai choisi le MMA parce que c’est une discipline très libre. Beaucoup de sports que j’ai pu pratiquer comme la boxe, le judo, le taekwondo, le ju-jitsu sont combinés dans le MMA. J’aime l’idée de sortir des règles strictes des autres sports, de ne pas se limiter à l’un d’eux. J’adore ressentir que je fais quelque chose de différent, de peu commun. C’est ce que me permet le MMA.

Comment ont réagi tes parents lorsque tu leur as appris que tu voulais te mettre au MMA?

Ils s’imaginaient que le MMA n’allait être qu’une lubie passagère et m’ont donc offert une paire de gants de mauvaise qualité, histoire de ne pas investir dans un caprice. Le jour de mon premier combat, ils étaient tous les deux persuadés que quelqu’un m’avait droguée pour me convaincre d’entrer dans la cage (Rires.) et avaient du mal à croire que leur adorable petite fille déborde d’envie de frapper quelqu’un. Petit à petit, j’ai commencé à parler non-stop de MMA, et à passer mon temps à l’entraînement. Ils se sont donc faits à l’idée. Maintenant, mon père est mon plus fidèle supporter et ma mère est très fière, même s’il n’est jamais facile de regarder sa fille prendre des coups. 

“Ce sexisme, je le combats en travaillant dur en silence et en laissant mes victoires parler pour moi.”

Dans le documentaire de Spicee, tu qualifies souvent la société libanaise de patriarcale, pourquoi?

Les femmes ne sont pas aussi mal loties que dans d’autres régions du Moyen-Orient, mais nous souffrons tout de même du sexisme. Nous sommes moins bien payées que les hommes et souvent victimes de harcèlement sexuel. Quand cela arrive, on rejette la faute sur la façon de s’habiller des femmes. Quelques lois posent aussi problème, comme celle qui empêche les mères de transmettre leur nationalité  à leur enfant si le père n’est pas lui-même libanais. Le sexisme de la société a même investi le MMA. Il y a peu, des internautes ont lancé un débat sur Facebook concernant les femmes parce qu’ils trouvaient leurs brassières et shorts de sport trop courts.

Le MMA est souvent considéré comme un sport d’hommes. Y évoluer en tant que femme, c’est compliqué?

Il m’est arrivé d’avoir l’impression d’être entraînée ‘comme une fille’ et pas comme un·e combattant·e sérieux·se quelconque. Ça m’a mis hors de moi parce qu’en commençant le MMA, je me suis promis de ne plus jamais laisser quiconque me considérer uniquement comme un joli minois. Le sexisme dans mon sport se traduit aussi par l’idée reçue que les hommes sont meilleurs que les femmes. Certaines personnes oublient que la force n’est pas forcément la clé de la victoire. D’ailleurs, sans  l’intelligence, la technique et la passion, la force n’est rien. Ce sexisme, je le combats en travaillant dur en silence et en laissant mes victoires parler pour moi.

Propos recueillis par Margot Cherrid

 

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