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Nømad Life: ils font de la com digitale tout en voyageant à travers le monde

Nathalie Rault et Simon Coscino-Mollard ont tout plaqué pour partir parcourir le monde et en ont fait une nouvelle expérience professionnelle en créant leur agence Nømad Life. Interview nomade.
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Pas toujours évident d’organiser une interview téléphonique avec l’Australie. “7 heures du matin, ça fait 21h pour toi”, avait prévenu Nathalie Rault, cofondatrice de Nømad Life. Ce sera finalement 8h/22h, un café matinal à la main d’un côté du globe, une tisane vespérale de l’autre. Et la magie d’un appel WhatsApp qui raccourcit instantanément les distances. Depuis sept mois, Nathalie Rault, 28 ans, et son compagnon Simon Coscino-Mollard, 26 ans, se sont habitués à ce décalage horaire permanent avec la France, depuis qu’ils ont embarqué dans le Transsibérien, direction la Mongolie, pour un long tour du monde. Mais les calls et autres interviews, c’est uniquement quand ils ont du wifi, comme en ce moment à Melbourne, où ils ont posé leurs valises temporairement pour pouvoir bosser et se remettre à flots. Après avoir, entre autres, traversé la Mongolie, le Cambodge et l’Australie, le couple redécouvre depuis trois semaines le petit bonheur d’avoir une vraie douche. Mais compte tout de même les jours avant de reprendre la route. “On prépare la suite en ce moment, après l’Australie, on ira en Tasmanie, en Nouvelle-Zélande, puis on marchera trois mois en sac à dos à travers les routes des États-Unis. Ce sont de longues distances donc on fera aussi du stop, car on n’a vraiment pas de thune. On reprend notre tente pour l’occasion!”.

Un périple qui leur rappellera sans doute le voyage qui a tout déclenché, à l’été 2015. Alors en couple depuis quelques mois, Nathalie Rault et Simon Coscino-Mollard, alias Lily and Simon, partent cinq semaines en Alaska avec leur sac, leur guitare et leur tente. La jeune femme a voyagé depuis le berceau pour cause de maman employée chez Air France, elle initie son compagnon à ce plaisir central dans sa vie. L’immensité de l’Alaska sera une révélation pour lui aussi, et le retour à la vie parisienne sera un calvaire pour tous les deux. Elle bosse dans la communication digitale au Women’s Forum, lui dans l’aéronautique. Deux milieux pas vraiment bohème. “Simon est rentré avec une longue barbe, son boss blaguait en disant ‘j’espère que la barbe partira avec le bronzage’. La barbe n’est jamais partie, c’est lui qui s’est barré!”, rigole Nathalie Rault. Leur désir personnel de partir se double d’un défi professionnel avec la création de l’agence Nømad Life. “Il est graphic designer, je suis communicante dans le digital, on a allié nos compétences pour monter ce projet d’agence nomade.” La promesse? Produire du contenu photo, vidéo, musical et du storytelling sur les routes du globe pour les marques qui les contactent.

Nathalie Rault Simon Coscino-Mollard Nomad Life Agency

Dans le parc national Denali en Alaska © Nathalie Rault

Cet hiver, ils ont décroché leur premier contrat avec Europ Assistance, qui cherchait des influenceurs digitaux globe-trotters pour sa prochaine campagne: leur mission est sur le point de commencer. “C’est incroyable comment parfois les choses s’emballent, confie Nathalie Rault. Pour nous, monter cette agence, c’était un rêve, et aussi une façon de se dire qu’on ne plaquait pas tout sans aucun objectif, mais on ne pensait pas que ça irait si vite.” Ce projet n’a pas servi qu’à rassurer le couple: il a aussi fait du bien à leur entourage qui les a vus simultanément quitter leurs CDI pour partir sillonner le monde en van. “Quand on l’a annoncé à nos familles, ça a d’abord été le silence, le choc. Et petit à petit, ils nous ont soutenus à fond.”

“Je ne me suis jamais sentie aussi française que depuis que je suis à l’étranger.”

Si au départ, le duo ne voulait pas rentrer, ils commencent à envisager ce scénario. “Quand tu pars, c’est que tu as quelque chose à trouver, une fois que tu l’as trouvé, tu peux rentrer plus sereinement, explique la jeune femme. Moi je suis partie dans une démarche de quête identitaire, et je découvre que je ne me suis jamais sentie aussi française que depuis que je suis à l’étranger, c’est une expérience enrichissante. Je m’intéresse encore plus à la France, je me replonge dans la culture française, je regarde des films, j’essaye de commander des livres mais ça coûte une blinde à cause des frais d’envois.” Pour la culture comme pour le reste, le couple est devenu adepte de l’économie circulaire: on vend, on achète d’occasion, on revend, on rachète d’occasion. “Ta vie qui tient dans 50 litres, c’est assez excitant, c’est ce que j’adore dans le voyage,  l’ivresse de prendre le risque, poursuit-elle. Mais il faut aussi nuancer le fantasme que suscite ce genre de projets. Être nomade, cela signifie que tu n’as plus d’adresse et que tu perds une partie de ton identité. Bouffer des haricots en conserve à l’arrière d’une caisse, ce n’est pas toujours le rêve.”

Nathalie Rault Simon Coscino-Mollard Nomad Life Agency

En Mongolie © Simon Coscino-Mollard

Loin du confort matérialiste de nos sociétés occidentales, Nathalie Rault a découvert le temps long de la réflexion, qu’elle met à profit pour réfléchir sur l’un de ses sujets de prédilection: la place des femmes dans le monde. “C’est un cauchemar ce qui se passe aux États-Unis! Depuis que je suis partie, je me rends compte qu’on est loin d’être les plus mal loties en France, et pourtant je réalise à chaque instant à quel point la société patriarcale nous a construites. Même sur les routes à l’autre bout du monde, c’est à Simon qu’on s’adresse quand on pose des questions sur le montage vidéo, comme si ce n’était pas un truc de meuf !” Même si on avait bien envie de refaire le monde pendant des heures en décalage horaire, on a plutôt soumis Nathalie Rault à une interview “Nomade”.

Le jour où tu as su que tu étais une grande voyageuse? 

Comme ma mère travaille chez Air France, depuis que je suis gamine, j’ai cette espèce de super pouvoir de prendre l’avion tout le temps. Ado, j’ai eu la chance de faire des longs voyages, en Chine, en Californie, en Afrique… Sauf que le privilège d’avoir des réductions Air France s’arrête à 26 ans: quand, à 25 ans, j’ai réalisé qu’il ne me restait que onze mois pour en profiter, j’ai vrillé (Rires.) Je partais deux à trois fois par mois, je faisais  un long courrier vers Shanghai ou le Mexique sur un week-end. Depuis, ça me trotte dans la tête, je me demande comment vivre du voyage.

La veille du grand départ, tu te sentais comment?

J’étais surexcitée, un peu dans le même état que la veille du départ en colo, quand tu ne dors pas de la nuit. C’était tellement une promesse pour moi, non seulement d’expérimenter la route et le voyage, mais aussi de m’expérimenter moi. C’est très dur de se retrouver face à soi-même!

L’étape où vous vous êtes arrêtés le plus longtemps?

Ici, à Melbourne, en Australie: c’est la première fois qu’on se pose quelque part. Quand tu commences à voyager, tu deviens fou dès que tu t’arrêtes trois jours. La route, c’est comme une drogue, tu recherches toujours cette adrénaline, tu as la bougeotte. On en a parlé avec d’autres voyageurs qui ressentent la même chose. Au début, ça nous a fait du bien de nous arrêter car ça faisait sept mois qu’on était vagabonds, sans adresse. C’est incroyable d’avoir une salle de bains, d’avoir un frigo, de prendre ta douche tous les jours. Tu te rends compte que tu quittes une société un peu consumériste mais que tu y retournes vite. Mais on a hâte de repartir sur la route dès qu’on aura quelques économies.

Le meilleur endroit où vous avez planté votre tente?

En Mongolie, on était à pied, on a fait plusieurs jours de marche autour du lac Khövsgöl, l’un des plus clairs que j’ai vus de ma vie, et on y a planté notre tente pendant dix jours. Sinon, dans le désert de Gobi, on a été accueillis dans une yourte par des locaux, c’est aussi un souvenir extraordinaire.

Nathalie Rault Simon Coscino-Mollard Nomad Life Agency

À Melbourne en Australie © Nathalie Rault

Comment as-tu compris que tu étais atteinte du nomadisme?

Je ne saurais pas le dater, ça a toujours été en moi: j’ai grandi dans l’arrière-pays niçois donc j’ai toujours kiffé partir marcher seule dans la montagne. Mais c’est dur de s’avouer ça, car on vit dans une société très sédentaire. La société mongole est intéressante pour ça car ce sont de vrais nomades: avec les saisons, ils démontent leur yourte pour aller faire paître leur troupeau ailleurs. Ils ont réussi à conserver cette culture du nomadisme à travers le temps.

Travailler dans un bureau, c’est has been pour notre génération?

Oui, et ça va l’être de plus en plus. Je pense que les gouvernements vont devoir faire quelque chose pour ça, car on est une génération qui a envie de bouger.

Est-ce qu’on devrait tous être nomades?

Il faut en avoir le goût et les épaules. Pour les personnes qui y pensent, il faut prendre le risque et tenter la vie nomade. Mais je comprends aussi qu’on aime la sédentarité et qu’on y trouve du confort. La vie nomade, c’est un gros fantasme, mais la réalité te rattrape vite. J’ai réalisé avec ce voyage que quand tu n’as pas d’adresse, tu n’es plus citoyen. Pour bosser, ouvrir un compte en banque ou voter, il te faut une adresse. En mai, on ira voter dans l’école du coin, à Melbourne, il a fallu qu’on laisse une adresse. Moi qui rêvais de disparaître des logiciels, je me rends compte à quel point c’est compliqué.

 

 

Le maximum de temps que tu as passé sans voyager?

C’était pendant mes études, j’étais vraiment à la dèche: je dirais quatre mois. Pendant cette période, je faisais de l’associatif et beaucoup de théâtre, pour ne pas y penser.

Ton port d’attache?

Il se dessine de plus en plus. Mon port d’attache est très sentimental, ce sont mes amis et ma famille. Ils me manquent grave, c’est chiant. Maintenant, on se fait des apéros Skype. Ok, moi je prends un café pendant leur apéro mais ça me fait du bien. Comme ville, je dirais Paris, qui est une ville parfois petite et étouffante, mais qui est extraordinaire de beauté et de culture.

Le jour où tu t’arrêteras de bouger?

Même si je m’arrête un jour, je ne serai jamais loin d’un véhicule: un van, un bateau, un vélo. Je pense souvent à cette phrase d’Into the wild qui dit que le bonheur existe vraiment quand il est partagé, et je suis assez d’accord. La famille et les amis, ce sera une bonne raison de rentrer.

Propos recueillis par Myriam Levain


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