société

Cinéma

Dans son documentaire, elle explore les entrailles de Pôle emploi

Dans son documentaire Pôle Emploi, ne quittez pas, sorti en salles ce 19 novembre, la réalisatrice Nora Philippe offre un regard singulier sur ce qui semble être devenu un passage incontournable dans une vie professionnelle. Elle est passée de l’autre côté du guichet pour s’attarder sur ces employés qui s’accrochent pour faire avancer les choses, malgré une bureaucratie à bout de souffle. 3 bonnes raisons d’aller voir son film. 
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine

© Clélia Bénard pour Cheek Magazine


L’idée lui est venue quand elle est allée s’inscrire à Pôle emploi comme intermittente du spectacle. C’était en 2009 et déjà, Nora Philippe, 32 ans, n’était pas du genre à se contenter des apparences. C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui semble à l’origine de cet excellent documentaire intitulé Pôle emploi, ne quittez pas, sorti en salles ce 19 novembre. “Les médias traitent du chômage sans profondeur, tandis que la politique est crispée sur les chiffres. Je voulais une approche sensible, lavée des thèses et des a priori en cours”, prévient la réalisatrice d’emblée. “Beaucoup y voit une catastrophe sociale et personnelle, mais je pense qu’il faut dédramatiser ce phénomène qui fait aujourd’hui partie du travail en France”, continue-t-elle. 

Je voulais montrer un lieu de travail, ce que c’est de travailler en entreprise. Pôle emploi est un employeur comme un autre.

Ce n’est pas le quotidien des chômeurs mais celui des employés des agences sur lequel s’est focalisée l’attention de Nora Philippe. “Faire un film demande d’avoir un axe. Passer le guichet pour filmer l’équipe au travail, cela n’avait jamais été fait. Si j’avais voulu parler des demandeurs d’emploi, j’aurais raté ma cible. J’aurais montré ce que nous voyons habituellement: des personnes face à une administration abstraite. Cela ne m’a pas semblé pertinent”, se justifie-t-elle.

Prenant son mal en patience, la documentariste a visité 50 agences Pôle emploi avant d’arrêter son choix, avec l’autorisation de la direction, sur celle de Livry-Gargan. Pas question de montrer des agressions ou une équipe traumatisée. D’ailleurs, l’agence choisie n’a jamais été exposée à des violences. “Je voulais montrer un lieu de travail, ce que c’est de travailler en entreprise. Pôle emploi est un employeur comme un autre”, expose Nora Philippe. Voici 3 bonnes raisons d’aller voir ce film, réalisé avec sincérité et humour.  

 

Pour savoir ce qui se trame derrière les guichets de Pôle emploi

Qu’est-ce qui se fait et se dit dans les bureaux d’une agence Pôle emploi? Avec ce documentaire, on en sait maintenant un peu plus. On y découvre des employés, appliqués dans leur travail malgré, parfois, une humeur peu matinale. Mais le malaise s’installe vite: ils n’arrivent pas à faire ce qu’ils voudraient faire. En cause? Des méthodes inadaptées et des délais trop courts. “Ils n’ont pas toujours le temps d’être formés et les exigences hiérarchiques ne prennent pas en compte la réalité quotidienne, raconte Nora Philippe. Ils se retrouvent obligés de penser l’institution, de donner eux-mêmes du sens à leurs actions, notamment parce qu’ils en ont besoin pour continuer.

Les ordres tombent en effet souvent de la hiérarchie sans explication. Les managers les diffusent en tentant d’arrondir les angles et le bas de la pyramide doit se débrouiller comme il peut et avec ce qu’on lui donne. Cette bureaucratie froide et dysfonctionnelle en rappelle d’autres. Mais les efforts des salariés et leur lutte quotidienne contre le non-sens sont rendus ici avec justesse.

 “La terminologie est une machine folle et incontrôlable et ceux qui sont capables de prendre du recul et d’en rire survivent au système.” 

Bande-annonce de Pôle emploi, ne quittez pas

Parce que la réalisatrice est prometteuse

Après plusieurs documentaires -à thématiques culturelle et artistique-, Nora Philippe réalise avec Pôle emploi, ne quittez pas  son premier film de société. Cette trentenaire avenante estime que son rôle “n’est pas de proposer une solution” mais que son film “a seulement pour devoir de mêler un point de vue artistique et éthique”. Elle en parle comme d’un “engagement humain spécifique, un mode d’approche qui implique que je m’engage profondément dans une réalité pour être capable d’en parler”. Pas question donc de s’arrêter aux idées reçues ou de se contenter des médias ou des politiques sur le sujet. La réalisatrice espère que son film fera “réfléchir en interne à ce qui ne fonctionne pas”. 

 

Pour être convaincu qu’il faut rire de tout

Comment réagir face aux objectifs irréalistes d’un chef agence? Crier de rage ou faire une crise de nerfs? Non, l’antidote, c’est le rire. À l’image de ces deux employés qui tournent en dérision la terminologie incompréhensible et sans cesse renouvelée de Pôle emploi. “La terminologie est une machine folle et incontrôlable et ce sont ceux qui sont capables de prendre du recul et d’en rire qui survivent au système, assure Nora Philippe. Tant qu’on peut rire, on reste vivant.” Mieux vaut donc en rire qu’en pleurer. La maxime est connue, la pratique plus difficile. Le documentaire nous prouve que c’est pourtant salvateur. 

Clélia Bénard


1. Gay Games de Paris 2018: les mondiaux de la diversité en 15 photos Instagram

Du 4 au 12 août, Paris se met aux couleurs du drapeau LGBTQ pour célébrer les différences et combattre l’homophobie lors d’une compétition sportive qui tient de la célébration. 
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine

3. Dès l’enfance, les filles font plus de corvées ménagères

On a lu pour vous cet article du New York Times sur la répartition des tâches ménagères dès l’enfance et on vous le conseille fortement.
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine

4. Les femmes noires trustent les numéros de septembre des magazines de mode

De Beyoncé à Lupita Nyong’o, de nombreux magazines de mode mettent des femmes noires à l’honneur de leur incontournable “september issue”. Un phénomène historique. 
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine

5. #MeToo sonnera-t-il la fin des pubs sexistes?

L’ampleur du mouvement #MeToo sonnera-t-elle le glas des publicités sexistes? De nombreuses marques changent en effet leur fusil d’épaule: il n’est plus de bon ton de montrer des jeunes femmes comme des objets sexuels ou des ménagères serviles. Mais est-ce vraiment significatif ?
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine

7. Et si les corps des hommes étaient autant érotisés que ceux des femmes?

On a lu pour vous cet article de M le magazine du Monde à propos de l’invisibilisation du corps masculin et la négation de son potentiel érotique. On vous le conseille fortement.   
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Clélia Bénard pour Cheek Magazine