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Engagées et féministes, les nouvelles sorcières sortent du placard

Les sorcières sont de retour. Pas question d’une nouvelle saison de la série Charmed ou d’un spin off de Harry Potter dédié à Hermione Granger, mais de véritables sorcières des temps modernes, très différentes de l’image que les contes pour enfants nous ont laissée.
Les Sorcières d'Eastwick, DR
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Le 24 février dernier, un mois après l’investiture de Donald Trump, la chanteuse américaine Lana Del Rey partageait une liste d’ingrédients sur Twitter pour préparer un sortilège visant le nouveau président des États-Unis.

 

 

Elle ne faisait que relayer un appel des sorcières du mouvement américain W.I.T.C.H (Witches International Troublemaker Conspiracy From Hell) à se rassembler à minuit, la nuit du 24 février, pour jeter un sort au nouveau chef de l’État américain. Depuis quelques années, de plus en plus de sorcières semblent donner de la voix, et pourtant, elles ont toujours été là. Entre les XVème et XVIIème siècles, les hommes de loi et de foi les condamnaient à mort par des moyens barbares au cours de procès absurdes. Carole Sandrel, journaliste et écrivaine, explique dans son livre Le Sang des Sorcières, paru en 2016, qu’il “fallait trouver des responsables à tous les malheursSoit la maladie, les guerres, la mortalité infantile ou les mauvaises récoltes. Si les hommes attribuaient ce statut à des femmes innocentes transformées en boucs émissaires, les dévotes de la sorcellerie de nos jours s’approprient pleinement ce terme. Ce regain d’intérêt pour la sorcellerie remonte à cinq ans à peine, lorsque des artistes comme Princess Nokia ou FKA Twigs se sont mises à emprunter des codes de sorcières dans leur art et dans leur mode de vie.

 

 

Sur Internet,  le mouvement bénéficie d’un véritable engouement et notamment sur Instagram, où le hashtag #WitchesOfInstagram cumule, à l’heure ou l’on écrit ces lignes, plus de 860 000 posts. Mais derrière les filtres et les bougies, se cache une philosophie de vie complexe et déclinée de milles manières.

 

 

Jack Parker, blogueuse influente et auteure du livre Le Grand Mystère des Règles, a lancé à l’été 2017 une newsletter baptisée Witch Please qui compte déjà plus de 2 100 abonné·es. Chaque semaine, Jack Parker, qui baigne dans l’univers de l’occulte depuis l’enfance, partage ses expériences de sorcière. Elle y dévoile des listes d’herbes qui revitalisent pour prévenir les rhumes, donne quelques astuces afin de profiter de la pleine lune ou revient sur des pratiques et des rites à l’occasion d’anniversaires, par exemple. “Ça me permet de transmettre tout ce que je continue d’apprendre moi-même au fil de ma pratique, explique-t-elle, et de montrer à quel point les possibilités sont vastes et personnalisables. Il est facile d’ajouter un peu de magie à son quotidien.” Sur YouTube, des femmes dévoilent les coulisses de leur rites à travers des tutos, comme Jenna Caprice qui dirige la chaîne The White Witch Parlour, suivie par près 70 000 abonnés, ou encore Harmony Nice, qui totalise une dizaine de millions de vues sur ses vidéos.

 

 

Pour la plupart d’entres elles, les sorcières modernes mettent au centre de leur vie leur esprit et leur corps. Très sensibles à la spiritualité et proches de la nature, elles ont recours à l’ésotérisme et aux médecines douces qu’elles s’approprient personnellement: réfléchir à son avenir grâce aux tarots, trouver l’inspiration via l’astrologie, prendre soin de soi grâce à des cristaux… Rose*, sorcière française depuis cinq ans, confirme: “Une grande partie de la pratique magique repose sur la maîtrise qu’on a de soi et de son esprit. Je passe aussi beaucoup de temps à travailler sur mon mental, à méditer, à faire de la visualisation…

D’autres s’adonnent à des croyances religieuses, comme chez les wiccas. Il existe une multitude de communautés et de pratiques chez les sorcières et aucun mode d’emploi universel pour pratiquer la sorcellerie. “Il y a mille et une façons de devenir sorcière, confie Rose, qui a eu recours à la magie pour se débarrasser d’une relation toxique ou favoriser ses rentrées d’argent. Ma pratique m’a vraiment permis de mieux me connaître moi-même et aujourd’hui, je sais comment faire face efficacement aux problèmes de la vie.

Cette identité sert aussi une cause politique et féministe, aspect autour duquel est centré le premier épisode du podcast Quoi de Meuf?, en ligne depuis hier. Le mardi 21 septembre dernier, parmi les manifestants contre la loi travail, des femmes toutes vêtues de noir et de chapeaux pointus ont défilé dans la rue, brandissant des banderoles Macron au chaudron. Au sein du comité anarchiste de la fac Paris 7, ces sorcières ont fondé le Witch Bloc, un groupe qui revendique un féminisme radical. Bien que la lutte pour l’égalité des genres ne soit pas un pilier dans la sorcellerie, elle s’inscrit naturellement dans l’idéologie. C’est ce que révèle Lucya, wicca anglaise et auteure du blog Bad Witch: “La sorcellerie offre des modèles de femmes fortes et puissantes. Dans la religion wicca, nous vénérons autant des déesses que des dieux. De quoi avoir envie de se convertir. 

Juliette Geenens 

*Le nom a été modifié

 


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