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Leur méthode contraceptive? Observer leur cycle menstruel

Prise de température, analyse de la glaire cervicale, auto-palpation du col de l’utérus: pour éviter la grossesse, de plus en plus de femmes bannissent les moyens de contraception et se fient à l’observation de leur cycle menstruel. Grâce à ces méthodes naturelles, les adeptes apprennent à écouter leur corps.   
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Avec l’application WomanLog, Maud, 38 ans, enregistre les dates de ses règles sur son smartphone pour identifier sa période de fertilité. Depuis l’âge de 19 ans, cette maman n’utilise aucun moyen de contraception si ce n’est l’observation de son cycle menstruel. “J’ai un cycle de 28 jours. À compter du 14ème jour jusqu’au 22ème, je m’abstiens dans la mesure du possible”, explique-t-elle. Cette technique baptisée Ogino semble lui correspondre puisque, lorsqu’elle est tombée enceinte, le rapport sexuel s’était déroulé en pleine période d’ovulation. Marie-Claude Benattar, gynécologue et autrice de Pilules de troisième génération, assure qu’il est “impossible de tomber enceinte en dehors de la période de fertilité”. De son côté, Marie Msika Razon, médecin généraliste dans un centre de Planning Familial, tempère: “On peut tomber enceinte, même pendant ses règles.” Si leurs avis divergent, toutes les deux recommandent de cumuler plusieurs méthodes naturelles pour limiter les risques de grossesse. Selon une enquête Ined-Inserm de 2014, 9,5 % des Françaises s’en remettent aux méthodes naturelles pour éviter de tomber enceintes. Une augmentation de 3,4 points en trois ans. 

Âgée de 27 ans, Laurène, elle, a longtemps utilisé la méthode Billings qui consiste à analyser sa glaire cervicale -sécrétion de glycoprotéines située au niveau du col de l’utérus. “En période d’ovulation, mes pertes devenaient plus abondantes, plus transparentes et moins épaisses, précise-t-elle. C’était le seul moment du mois où l’on se protégeait avec un préservatif.” Après un choc émotionnel, son cycle est devenu moins régulier. Laurène s’est de nouveau tournée vers la pilule. “Utiliser une méthode naturelle lorsque les règles sont irrégulières augmente le risque de grossesse”, alerte Marie Msika Razon. De son côté, Claire, 25 ans, prend sa température chaque matin à la même heure, avant de se lever. Elle enregistre les informations sur un appareil fabriqué en Allemagne et vendu sur Internet dans plus de 35 pays: le Lady-Comp. Au bout de trois mois, cette machine retrace le modèle de cycle de l’utilisatrice et permet de déterminer sa période de fertilité. D’autres femmes auto-palpent leur col de l’utérus. Néanmoins, Marie Msika Razon et Marie-Claude Benattar se montrent particulièrement sceptiques quant à l’efficacité de cette pratique. “Moi qui suis médecin, je ne pourrais pas dire en palpant une femme si elle ovule ou pas”, signale la seconde. 

Quand j’ai arrêté mes plaquettes je me suis sentie libérée, comme si je redécouvrais le corps que je ne connaissais pas.

Si certaines adeptes recourent à ces méthodes naturelles pour des raisons d’éducation -“J’ai eu une éducation spirituelle chrétienne. Tout ce qui était corps étranger comme le stérilet ou l’implant, j’étais contre”, raconte Maud-, d’autres ont sauté le pas après les scandales liés à la pilule. “Quand j’ai pris conscience des risques sur ma santé, ça a été rédhibitoire”, se souvient Claire. Quelle que soit l’origine de leur choix, ces femmes se réjouissent d’écouter et de se réapproprier leur corps.

 

Liberté, libido et bien-être

Le bien-être des femmes est l’une des récompenses les plus saillantes offertes par ces méthodes naturelles. Depuis que Claire a abandonné la pilule, elle s’est “retrouvée”. “Je me sens beaucoup plus épanouie, plus sereine. J’ai appris à connaître mes cycles. Je sens que mes règles sont beaucoup plus naturelles, jubile-t-elle. Je ne suis plus du tout susceptible voire hyper émotive.” Quant à Maud qui ne prend plus la pilule depuis une vingtaine d’années, elle se sent “maîtresse de son corps” et plus “empoisonnée par des cachets”. Comme le souligne Laurène, observer son cycle menstruel et, en l’occurrence analyser sa glaire cervicale, nécessite tout de même d’être “à l’aise avec son corps”. Mais cette jeune femme en couple depuis cinq ans assure avoir “retrouvé sa libido” après l’arrêt de la pilule: “J’étais beaucoup moins sèche donc c’était aussi satisfaisant pour moi que pour mon mec”, confie-t-elle. Cécile*, 27 ans, a stoppé la pilule il y a quatre ans. Pour cette femme qui observe son cycle grâce à l’application Life et dont le compagnon pratique le retrait, le plaisir sexuel est également au rendez-vous. “Quand j’ai arrêté mes plaquettes je me suis sentie libérée, comme si je redécouvrais le corps que je ne connaissais pas, se livre-t-elle. J’ai eu l’impression de redécouvrir des nouvelles formes de plaisirs sexuels.

Les femmes ne viennent jamais accompagnées, en consultation, pour parler contraception. Et je le regrette!

Si les femmes partent à la reconquête de leur corps grâce à l’observation de leur cycle, le partenaire reste un guide essentiel dans le choix de la contraception. “Pour moi, c’est une décision qui ne concerne pas uniquement la femme. C’est un choix qui se fait à deux et en osmose avec son partenaire”, insiste Cécile*. Un avis partagé par Claire et Laurène. “Lorsque j’ai arrêté la pilule, je me suis renseignée sur les alternatives. Le choix du calcul de ma température a été pris d’un commun accord avec mon conjoint”, explique la première. Pour Marie-Claude Benattar, l’homme devrait aussi pousser la porte des cabinets de gynécologie, aux côtés de sa partenaire: “Les femmes ne viennent jamais accompagnées, en consultation, pour parler contraception. Et je le regrette!”, lance-t-elle. Et d’ajouter: “La femme s’est libérée sans partager avec l’homme sa liberté.” 

 

Des méthodes naturelles encore taboues en France

Je me suis rendu compte que l’appareil Lady-Comp était utilisé dans beaucoup de pays sauf en France parce que c’est totalement inconnu”, s’étonne Claire. Et pour cause, “les méthodes naturelles n’intéressent pas beaucoup les scientifiques français”, déplore Marie Msika Razon. Un “retard” que la doctoresse interprète ainsi: “En France, on est toujours très réfractaires au changement. Il y a aussi la ‘culture pilule’ qui est très ancrée et qui a du mal à disparaître. La communauté médicale n’arrive pas à intégrer le désir des femmes qui ne supportent plus les effets secondaires de la pilule. Il faut aussi écouter les patientes. C’est finalement à elles de choisir et pas aux médecins de leur dire ce qui est la meilleure solution.” Selon Marie-Claude Benattar, la raison de ce tabou réside ailleurs: “Les méthodes naturelles demandent une discipline et les Français·e·s sont très peu discipliné·e·s. Les Norvégien·ne·s et les Suédois·e·s mettent beaucoup plus le préservatif”, remarque-t-elle. Et de conclure: “Malheureusement, le marketing propose tellement de choses qui, soi-disant, facilitent la vie des femmes, qu’il est difficile pour elles de changer leurs habitudes.

Alexandra Tizio

*Le prénom a été changé.


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