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Olympe de G, la pornographe féministe qui explore le sexe sonore

Comme l’indique en douceur son pseudonyme, Olympe de G est une vraie militante. Sa cause, elle la porte à bras-le-corps: ex-performeuse X et pornographe féministe, la trentenaire a côtoyé les grands noms du sexe éthique. Aujourd’hui, l’artiste explore de nouvelles formes de porno à travers ses podcasts, misant tout sur une sensualité à la fois subversive et cérébrale. Des (ré)jouissances qui font sens.
© Arièle Bonte
© Arièle Bonte

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Pudique. C’est peut-être le mot qui convient le mieux à Olympe de G. Silhouette discrète et tatouages hypnotiques, l’entrepreneuse de 35 ans confesse avec humour “perdre deux ans d’espérance de vie à chaque apparition publique” pour cause de timidité excessive. Pourtant, elle explore un monde particulièrement exposé: le X. Une sphère dont elle investit les interstices, de la pornographie féministe aux formes plus cérébrales de désir. De ses premiers pas d’autrice dans le giron d’Erika Lust aux podcasts érotiques L’Appli rose et Voxxx, l’artiste prône une sexualité libre.

L’histoire d’Olympe de G est celle d’une indépendante. Longtemps, elle s’est couchée tôt, à pivoter entre son taf de publicitaire -“une profession d’artiste ratée”, rit-elle- et la routine maritale. Puis vient le divorce, et avec lui l’impression de libérer un corps trop contrôlé. Célibataire, la trentenaire adopte le langage Tinder. Ses correspondances grivoises lui font l’effet d’une bouffée d’air frais. 

Elle est loin cette adolescence où, sous l’influence d’un garçon de dix ans son aîné, Olympe matait des golden showers sur YouPorn. Désireuse de “[se] reconnecter à [sa] sensualité”, elle finit par découvrir la pornographie féministe en surfant sur Google. Elle retient un nom, celui d’Erika Lust. À ce moment-là, celle qui n’est pas encore Olympe de G réalise des clips pour payer son loyer, et décide de partir à la rencontre de la scène underground berlinoise dans le but de “consacrer un film à la sexualité”. L’inspiration suit, les rencontres aussi, et, sous les conseils du performer Bishop Black, la clippeuse finit par envoyer un script à Lust Films. Banco. Son premier film explicite, The Bitchiker, dans lequel elle joue une motarde, est lancé en 2016 avec un budget de 5000 dollars. Pendant deux ans, quatre prods suivront, faites de décors barcelonais et de titres provocs (Don’t Call Me a Dick, Take Me Through the Looking Glass). Olympe de G est née.

 

Des podcasts pour “clitos audiophiles”

Et avec elle, une certaine idée du X, de l’orgie improvisée du film We Are the Fucking World aux gros plans extrêmes de Don’t Call Me a Dick, qu’elle réussit à rendre poétiques. Adoubée par Lust, son pseudo lui vient comme une évidence. En croisant Olympe de Gouges, figure humaniste aux mille combats, à cette source à fantasmes qu’est le point G, l’artiste revendique sa vision d’un sexe égalitaire et ludique, rappelant au passage que “l’on est tous égaux devant notre difficulté à appréhender la sexualité, chacun subissant des injonctions dans son rapport au désir de l’autre”. Mais ce choix suscite les soupirs: “Au début on me demandait: comment oses-tu salir ce nom?” Qu’importe, l’artiste n’en démord pas: “Mon féminisme se définit dans ce que je fais: j’apporte mon point de vue de femme dans une industrie qui en manque et qui en a besoin”, assène celle qui joue dans ses propres films pour mieux porter ses convictions.

Il s’agit de provoquer la masturbation mais sans pression

Actrice, elle l’est aussi dans Un Beau dimanche, porno naturaliste de la réalisatrice Lucie Blush. Ce sont les sourires complices qu’elle échange avec son partenaire Parker Marx qui font la différence. Cette communion rime avec “communication”, et Olympe de G va faire de l’écoute son leitmotiv. Obsédée par ce besoin de “sonner vrai”, elle organise au début de l’année un évènement intitulé Chambre 206, chapeauté par la société de livres audio Audible. L’idée est d’immerger par le son binaural -une 3D sonore- les visiteurs de l’Hotel Grand Amour dans des ébats fiévreux. Elle engage alors Lele, experte du “Jerk Off Instructions”, ces vidéos interactives où la camgirl commande les caresses du voyeur. Lors de l’enregistrement, Lele a guidé son amant tandis que la réalisatrice était assise sur le lit, casque sur les oreilles et yeux bandés -“car cela avait un côté trop intime”. Lele se souvient de sa bienveillance, “à dire que l’on pouvait arranger le scénario, n’inclure que de la masturbation si je préférais”, raconte-t-elle. Par la suite, Audible commande à la cinéaste les dix épisodes du podcast érotique L’Appli rose. Ce remake du téléphone rose décuple sa soif de “sons réalistes de sexe: étoffes, poils, sons mouillés”, quitte à adopter le système D: bruits de peau et de phalanges permettent d’imiter la masturbation féminine, godes en silicone et saucisses son pendant masculin. C’est cet imaginaire que l’on retrouve dans Voxxx, son nouveau podcast où le sexe sonore se fait medium de la sororité, à l’adresse de tous les “clitos audiophiles” qui souhaitent “mieux comprendre leur plaisir”.

© Greg Pouy

 

Décomplexer les femmes

Quand une scène ne me plaît pas, c’est souvent lié au son qui peut être très forcé, mal joué. Comme au théâtre, lorsqu’un comédien se trompe de mot”, détaille la podcasteuse. Aidée par la voix chaude de Lele, elle concilie excitation et militance, évoquant dans l’épisode intitulé À quatre mains la honte viscérale que l’on fait peser sur le sexe féminin. Elle qui a dû attendre sa première épilation pour découvrir la forme de sa vulve use du podcast pour décomplexer la relation des femmes à leur corps, entre BDSM, dirty talking et ménage à trois. “Il s’agit de provoquer la masturbation mais sans pression”, détaille son acolyte Lele, persuadée qu’un public existe pour “le X qui met le cerveau à contribution”. Dans celui d’Olympe de G gravitent le regard troublé de Virginie Despentes, pour qui “le porno se fait avec de la chair humaine, de la chair d’actrice” et celui, incisif, d’Ovidie, dont elle admire “le refus de prendre son pied sur un tournage, affirmant son droit à conserver ce plaisir pour sa vie privée”. 

Lorsque Stoya atteint l’orgasme, elle cache son visage avec ses longs cheveux noirs, si bien que tu ne la vois pas jouir: c’est super touchant!

Certaines femmes inspirent particulièrement Olympe de G, à l’instar de Stoya, emblème punk de la pornographie alternative américaine, remarquée pour sa participation à Hysterical Literature. Dans cette série de vidéos en noir et blanc, des actrices assises sur une chaise s’accordent une séance de lecture face caméra, un vibromasseur posé entre leurs cuisses. L’émergence progressive du plaisir parasite la récitation et trouble les sens jusqu’au point de non retour. “Lorsque Stoya atteint l’orgasme, elle cache son visage avec ses longs cheveux noirs, si bien que tu ne la vois pas jouir: c’est super touchant!” commente celle qui constate que “l’on a appris à se caresser en silence, alors qu’être vocal peut décupler le plaisir”. Il y a aussi la plasticienne Sophie Calle, qu’elle a découverte durant ses études d’histoire de l’art à la fac. De l’autrice de No Sex Last Night, elle retient “cette façon de faire de sa vie un art et de son art sa vie”.

Olympe de G refuse les cadres, les cases et exporte le porno sous différents formats pour mieux en dissoudre la sève misogyne. Mais le combat est loin d’être terminé. D’une verve enthousiaste, elle expire: “C’est un champ d’expérimentations! Tout reste encore à explorer.” 

Clément Arbrun


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