société

Reportage

Ils ont quitté les Champs-Elysées pour la Canebière

Les Parisiens sont de plus en plus nombreux à quitter la capitale pour s’installer à Marseille. Pour des raisons financières mais aussi pour changer de vie. Reportage.  
© Myriam Levain / Cheek Magazine
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Il y a ceux qui n’ont pas attendu le Mucem pour sauter dans le TGV direction Marseille. Et il y a ceux qui redécouvrent la ville depuis qu’elle a été capitale européenne de la culture en 2013. Ces dernières années, le flux de Parisiens partant vivre dans la cité phocéenne s’est considérablement accéléré, pour le plus grand bonheur des professionnels de l’immobilier. “Les acquéreurs parisiens sont les meilleurs car ils ne négocient pas beaucoup, explique Céline Bourgis, chargée de clientèle pour le site référence De Particulier à Particulier. Forcément, tout leur paraît moins cher.”

“Certains vont se mettre au vert, nous on va se mettre au bleu de la mer.”

En effet, quand on sait que le mètre carré des plus belles maisons ne grimpe jamais au-dessus de 6000 euros, et que celui des bons appartements du centre-ville se situe autour de 3000 euros, il y a de quoi plaquer Paris et ses 7000 euros minimum (dans les quartiers populaires). “En six ans, je crois que je n’ai vendu un bien qu’à un Marseillais. Le reste, c’était des non-Marseillais et majoritairement des Parisiens, confirme Stéphane Trinkl, agent immobilier chez Mavumer. C’est vrai qu’ils ont un pouvoir d’achat supérieur et sont prêts à mettre plus, même si maintenant, ils connaissent eux aussi extrêmement bien le marché.”

Changer de vie

Améliorer sa qualité de vie et de logement, c’est souvent la motivation première des néo-Marseillais, à l’instar de Guillaume, 33 ans, qui s’apprête à traverser la France cet été. “Avec ma femme, on a envie de commencer à vivre et non plus de travailler pour vivre comme on le fait ici à Paris. Certains vont se mettre au vert, nous on va se mettre au bleu de la mer.” Lui est infographiste, elle est auteure-compositrice, deux métiers qu’ils pourront continuer à exercer de là-bas, quitte à faire des allers-retours pour le boulot. Le travail est souvent ce qui freine les ardeurs marseillaises de tous les aspirants à la vie sur le Vieux-Port. Dans notre pays si centralisé, beaucoup de domaines professionnels ont du mal à exister en dehors de Paris.

Et pourtant, il semblerait que les choses changent doucement depuis Marseille 2013, qui a offert un véritable coup de boost à la ville. Jessica Venediger, qui a lancé sa maison d’hôtes Au Vieux Panier il y a cinq ans, a vu sa ville transformée par le développement d’Euromed, le quartier d’affaires situé derrière le Vieux-Port, à la Joliette. Cette Aixoise ayant vécu à Londres, Paris et Barcelone a fait le pari de revenir dans sa région pour lancer un concept inédit à Marseille, inspiré de ses voyages: une maison d’hôtes dont les chambres sont décorées chaque année par des artistes.

Quand le Vieux-Port est rempli de touristes, on est comme des fous, car pendant longtemps il n’y en avait pas.”

Sa clientèle est jeune et pointue, et son affaire, qui est un succès, a eu de nombreuses parutions dans la presse. Ce genre de business n’est pas si fréquent à Marseille. Mais pourrait bien le devenir, selon Michaël, 34 ans, un Marseillais pur sucre qui voit plutôt d’un bon œil l’arrivée des Parisiens. “Comme tous les Marseillais, j’adore ma ville malgré les critiques que je peux entendre, sourit-il. On est fiers que les gens la reconnaissent enfin et s’y installent. Quand le Vieux-Port est rempli de touristes, on est comme des fous, car pendant longtemps il n’y en avait pas.”

Un potentiel prêt à exploser

Pour lui, le pari marseillais est probablement gagnant, car “il y a tout à faire ici, et plein de concepts de sorties à inventer”. Ce ne sont pas les patrons de restaurants comme la Cantinetta, le Café Populaire ou le Mama Shelter qui diront le contraire: ils ne désemplissent pas et drainent une clientèle bobo trentenaire demandeuse de ce genre de lieux. Un constat que fait aussi Anne, 31 ans, une Parisienne installée à Marseille depuis cinq ans, qui se définit maintenant comme “complètement marseillaise, même si ça étonne mes amis nés ici.” Elle aussi ressent cette attente de lieux innovants. “Tout le monde est abonné à My Little Marseille, et tu peux être sûre que quand un nouvel endroit y est répertorié, on va tous le tester tout de suite. Il y a un vrai potentiel à développer.”

Aujourd’hui parfaitement à l’aise dans sa ville, elle confie que ça n’a pas toujours été le cas, elle qui y est arrivée après avoir décroché son premier job. “J’avais 26 ans, j’ai trouvé un travail intéressant dans mon domaine, les relations internationales et plus précisément le monde arabe, se souvient-elle. Je ne me suis pas posé de questions, j’ai quitté Paris.” Et si elle trouve le soleil à l’arrivée, elle se heurte à une vie sociale assez différente de celle qu’elle a toujours connue. “À Marseille, la sociabilité n’est pas très développée sur l’extérieur, on se voit chez les gens, en terrasse ou à la plage, glisse-t-elle. En plus, les Marseillais sont très chaleureux immédiatement mais sans que ça débouche forcément sur des relations plus suivies. À Paris je trouve que c’est le contraire: on est assez inhibés au début, mais on crée plus vite des relations avec les gens.” Le déclic viendra au moment où sa meilleure amie de Paris fera, elle aussi, le choix de s’installer à Marseille. “On a recréé nos habitudes, et je me suis sentie chez moi. Aujourd’hui, je réfléchis à acheter un appart et à poser ma pierre dans cette ville.”

On n’en pouvait plus de vivre dans un petit appart et d’être tout le temps enfermés, alors qu’on avait tous les deux des bons salaires.

Acheter un appartement, c’est également une des motivations de Natacha, 33 ans, qui est arrivée il y a six mois de Paris avec son compagnon et ses deux enfants en bas âge. “On n’en pouvait plus de vivre dans un petit appart et d’être tout le temps enfermés, alors qu’on avait tous les deux des bons salaires”, lâche-t-elle. Quand ils abordent la question du déménagement, leur choix se porte rapidement sur Marseille, la ville où ils se sont rencontrés, qu’ils aiment tous les deux et où il fait beau. “On a envie que nos enfants grandissent en extérieur, et depuis qu’on est arrivés en octobre, on a passé tous nos week-ends à la plage alors que c’était l’hiver, poursuit Natacha. Et puis, il faut le dire, vivre dans 125 m² à quatre, ça n’a rien de trop petit! On ne pourra jamais retourner dans de plus petites surfaces.”

Un choc des cultures

L’argument convainc également Émilie et Jérôme, eux aussi venus de Paris en septembre avec leurs deux enfants, et qui ont troqué leur 90 m² contre un 120 m² avec terrasse et parking, le tout pour un loyer plus bas. Mais six mois après leur arrivée et malgré une transition professionnelle réussie pour tous les deux, Émilie réalise qu’ils ont emménagé en réfléchissant comme des Parisiens. “Au lieu d’aller près de la mer, on a choisi le quartier de Castellane en plein centre en pensant que ce serait pratique pour les transports en commun, mais au bout de quatre mois, on avait chacun une voiture, tellement le système de bus n’est pas fiable ici.” Idem pour l’école de quartier, où ils ont inscrit automatiquement leurs enfants, avant de réaliser que tous leurs amis avaient mis les leurs dans le privé. “À Paris, la question du privé ne se pose pas vraiment. Ici, si, poursuit-elle. Je me rends compte que le mode de vie est complètement différent.”

Ce choc des cultures, Pam et Laurène ont décidé d’en faire l’objet d’un tout nouveau blog, 3:17 Le classico, lancé aujourd’hui. “3h17, le classico c’est plus ou moins le temps d’un trajet Paris-Marseille, écrivent-elles. C’est avant tout un billet pour monter dans notre train, aux wagons habités par deux villes riches d’identités, riches de diversités, riches de rencontres.”

Pour moi, Paris, c’est la ville de l’oseille, alors que Marseille, c’est la ville où l’on vit.”

Quant à Émilie, malgré l’enthousiasme pour la région “magnifique”, et pour la nouvelle vie qu’elle offre à ses enfants, il lui faudra encore du temps avant qu’elle ne se sente vraiment chez elle. “Je ne m’habitue pas au fait que pour aller dans un  resto sympa un samedi soir, il faille réserver presque une semaine à l’avance. Ni au fait que les boutiques cools sont concentrées dans trois rues.” Un reproche que Michaël, qui fréquente beaucoup de Parisiens, a l’habitude d’entendre et qu’il résume ainsi: “Pour moi, Paris, c’est la ville de l’oseille, alors que Marseille, c’est la ville où l’on vit, de façon saine et agréable.” La ville où l’on prévoit l’apéro à la dernière minute, où l’on n’est pas tiré à quatre épingles en permanence et où les loisirs sont davantage sportifs que culturels. “C’est vrai qu’il y a moins d’offre culturelle, dit Natacha. Mais on ne va pas se mentir, avec des enfants en bas âge, on n’en profitait plus à Paris, de la même façon qu’on ne sortait que de façon exceptionnelle. Pour ces sorties occasionnelles, Marseille est largement à la hauteur.”

Rendez-vous dans vingt ans

Reste que sa mauvaise réputation continue de poursuivre la cité phocéenne, régulièrement épinglée dans les médias pour sa violence, sa corruption et sa désorganisation. Des handicaps qui expliquent sans doute le fossé qui perdure avec une ville à laquelle on la compare souvent: Barcelone. Jessica Venediger, qui avait eu l’idée de sa maison d’hôtes quand elle vivait à Barcelone, a envie de croire que Marseille 2013 sera l’équivalent des Jeux olympiques pour la ville catalane, qui a connu une explosion après les avoir accueillis en 1992. “Le magazine Grazia a carrément comparé Marseille à Brooklyn et la Californie, rit-elle. Il faudra du temps pour y arriver car tout est compliqué, mais rendez-vous dans vingt ans pour voir si c’est devenu la nouvelle Barcelone.”

Émilie est moins optimiste: “Je trouve que Marseille est plutôt en phase de rattrapage que d’innovation. Il y a des embouteillages, c’est sale, je la comparerais plutôt à Naples, une ville par ailleurs pleine de charme.” Cette fan d’Italie se raccroche finalement à ses repères méditerranéens davantage qu’à ses repères parisiens depuis qu’elle est arrivée, et projette de passer rapidement son permis bateau, après s’être découvert un vrai goût pour la voiture. “Moi qui ne conduisais jamais, j’ai l’impression d’être devenue une adulte, blague-t-elle. Et puis, trois heures de TGV, ce n’est rien, on ne se sent pas loin. Beaucoup de gens passent nous voir et, en ce qui me concerne, je suis toujours hyper contente quand j’arrive à Paris!

Myriam Levain


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