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Documentaire

Elles sont parties au Pérou tourner un docu sur les femmes qui se battent pour leurs droits

Aurore Chatras et Marine Guillaume ont pris leur sac à dos et leur caméra pour filmer des femmes péruviennes qui se battent pour la dépénalisation de l’avortement et la fin des stérilisations forcées. Leur docu, Supervivientes, sera achevé cet hiver.
Aurore Chatras et Marine Guillaume, DR
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Aurore Chatras, 27 ans, et Marine Guillaume, 28 ans, se sont rencontrées sur les bancs de la fac il y a cinq ans. Depuis, la première est devenue journaliste et la seconde travaille dans la post-production. Cet automne, elles ont décidé de le passer loin de chez elles pour s’atteler à un projet personnel qui leur tenait à cœur: parler de la situation des femmes péruviennes, qui essaient de faire entendre leur voix dans un pays où l’avortement est toujours considéré comme un crime et où les femmes ont vécu des campagnes de stérilisations forcées. Le documentaire consacré à ces deux questions douloureuses s’appellera Supervivientes et sera achevé d’ici la fin de l’hiver.

Les deux jeunes free-lances se sont organisées pour mettre leurs jobs respectifs sur pause le temps de partir à l’autre bout de la planète et voulaient à tout prix éviter de travailler dans la précipitation. “La plupart des femmes que nous avons rencontrées ont une histoire personnelle difficile, il faut du temps pour qu’une relation de confiance s’installe, et il faut du temps pour qu’elles acceptent de partager leurs histoires, racontent-elles. On ne pouvait pas arriver, brancher la caméra et leur dire ‘Vas-y on t’écoute!’. Si elles ne sont pas particulièrement militantes sur les questions féministes en France, Aurore Chatras et Marine Guillaume revendiquent néanmoins des convictions engagées sur le sujet. “Les violences faites aux femmes nous touchent autant en tant que femme qu’en tant qu’être humain. Une fillette de 12 ans qui tombe enceinte après avoir été violée devrait au moins avoir la possibilité de choisir si elle souhaite ou non garder l’enfant. On parle quand même de liberté de décision bafouée et de projets de vie ruinés.” Interview.

Pourquoi vous intéressez-vous particulièrement aux femmes du Pérou?

La violence faite aux femmes y est extrême, on a vu et entendu des choses très dures, et quand on discute avec les étrangers que l’on rencontre, les gens sont particulièrement surpris. À juste titre, on est assez loin des clichés sur le Machu Picchu et les lamas… La question de la violence faite aux femmes est au cœur de l’actualité en ce moment même au Pérou. En début d’année, plusieurs cas sont sortis de l’ombre, et un ras-le-bol général des femmes s’est fait entendre. Le 13 août dernier, une marche contre la violence faite aux femmes a été organisée, “Ni Una Menos”, et reprise depuis par l’Argentine. Ce mouvement a mobilisé des milliers de personnes dans le Pérou. On y était, c’était sans précédent. Face à la normalisation de la violence faite aux femmes, les consciences sont en train de s’éveiller et les choses changent petit à petit.

Supervivientes Ni Una Menos Pérou Marine Guillaume Aurore Chatras

© Marine Guillaume et Aurore Chatras

Quelles sont les revendications qui reviennent le plus souvent?

Notre documentaire s’intéresse à deux sujets en particulier: les stérilisations forcées de plus de 300 000 femmes dans les années 90 et la lutte depuis deux ans de la jeune génération de Péruviennes pour la dépénalisation de l’avortement en cas de viol. La violence sexuelle au Pérou est quotidienne. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 90% des victimes de viols sont des mineures, et 10 à 30% de ces viols terminent en grossesses non désirées. C’est ce parallèle absurde qui nous intéresse: d’un côté, on empêche les femmes qui veulent des enfants d’en avoir, de l’autre, on force celles qui n’en veulent pas à les garder.

Pourquoi y a-t-il eu des campagnes de stérilisations forcées?

Les premières stérilisations au Pérou ont eu lieu en 1992, le but initial était de réguler la natalité du pays afin d’obtenir en contrepartie des aides financières de l’international. Au début, il s’agissait d’une campagne de stérilisations volontaires, mais très rapidement, une politique de quota s’est mise en place et les équipes médicales sont allés chercher directement les femmes dans les campagnes. Certaines femmes entraient au centre de santé pour une grippe et en ressortaient les trompes ligaturées, d’autres se faisaient directement embarquer de force. Le président de l’époque, Alberto Fujimori, purge aujourd’hui une peine de 25 ans de prison pour crimes et violation des droits de l’homme. Dans les charges retenues contre lui, aucune ne concerne les stérilisations forcées et les victimes réclament justice depuis 20 ans. En juin dernier, les élections présidentielles ont vu s’affronter au deuxième tour Pedro Pablo Kuczynski et Keiko Fujimori, sa fille. La famille Fujimori reste très populaire dans le pays. Encore aujourd’hui, certaines personnes déclarent que l’épisode des stérilisations forcées est un tissu de mensonges. Les preuves sont pourtant là.

Comment voyez-vous la suite du projet? 

En rentrant, on va vite s’atteler au montage pour que le film soit prêt pour la fin de cet hiver. En parallèle, on va démarcher producteurs et distributeurs. La suite est encore un peu floue mais dans l’idéal, on souhaiterait organiser des projections dans le milieu social et éducatif en Europe et en Amérique Latine. Et puis, si l’occasion se présente, on le proposera à des festivals à dimension sociale et internationale.

Que vous a appris ce voyage?

C’est sûr qu’on va rentrer changées, mais on manque encore de recul pour savoir à quel niveau exactement. Ce qui est certain, c’est qu’on a fait des rencontres très fortes ici. Plus on avance dans ce documentaire et dans les tournages, et plus on est convaincues de sa raison d’être.

Propos recueillis par Myriam Levain


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