société

Interview

Avec sa pétition virale, cette lycéenne veut sauver une Soudanaise condamnée à mort

Pour venir en aide à Noura Hussein, une Soudanaise de 19 ans condamnée à mort pour avoir tué son violeur, Zaynub Afinnih, 16 ans, a lancé une pétition devenue virale sur Change.org. Avec plus de 500 000 signatures, le texte permet d’espérer une annulation de la peine. Interview express. 
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Je suis tellement contente, qu’avec l’aide d’individus du monde entier, nous ayons pu sensibiliser au cas de Noura Hussein avec nos propres moyens, en utilisant les médias sociaux, et en attirant l’attention avec le hashtag #JusticeForNoura!” C’est l’histoire de Zaynub Afinnih, une adolescente française de 16 ans qui a décidé de tout mettre en œuvre pour venir en aide à une Saoudienne de trois ans son aînée, condamnée à mort pour avoir tué son mari qui tentait de la violer pour la deuxième fois. En 2014, Noura Hussein est mariée de force à Abdulraham Hammad. Alors qu’elle parvient à éviter son époux pendant trois années en vivant chez sa tante pour poursuivre ses études, la jeune fille se retrouve dans l’obligation de partager son toit à partir d’avril 2017, mais refuse toute relation sexuelle avec lui. Quelques semaines plus tard, l’homme la viole avec l’aide de ses frères et d’un cousin. Le lendemain, alors qu’il tente une nouvelle fois d’abuser d’elle, Noura Hussein se réfugie dans la cuisine, attrape un couteau et blesse mortellement son agresseur. Pour ces faits, la jeune femme a été déclarée coupable d’homicide involontaire le 29 avril dernier puis condamnée à mort le 10 mai. La sentence devrait être exécutée dans deux semaines.

Cette histoire tragique, Zaynub Afinnih l’a découverte sur les réseaux sociaux. Via Instagram d’abord, puis grâce au billet d’Alucan, une blogueuse soudanaise. Touchée par le sort de Noura Hussein et scandalisée du silence des personnalités publiques, médias et associations sur ce cas, l’adolescente décide de lancer la pétition N’exécutez pas Noura qui n’a fait que se défendre contre l’homme qui l’a violéele 6 mai dernier sur Change.org (Ndlr: son texte a depuis été modifié avec l’aide de l’équipe du site). Elle écrit: “Noura a peut-être moins d’un mois à vivre, aidez-nous à partager cette pétition, et élevons la voix pour Noura en utilisant le hashtag ‘#justicefornoura’ pour attirer l’attention d’un maximum de personnes!” Alors que le nombre de signataires approche aujourd’hui les 540 000, nous avons discuté avec celle qui a initié le mouvement devenu international pour sauver la jeune Soudanaise.

 

Comment as-tu entendu parler de Noura Hussein et de sa condamnation?

Tout a débuté vendredi 4 mai. En me réveillant, j’ai fait un tour sur les réseaux sociaux et j’ai découvert son histoire sur Instagram à travers le témoignage d’un homme. Il racontait que cette jeune femme de 19 ans risquait d’être condamnée à mort le 10 mai pour s’être défendue contre son mari et sa tentative de la violer une deuxième fois. J’étais dégoûtée. En janvier, j’avais déjà été choquée par le meurtre de deux petites filles violées au Pakistan: Asifa et Zainab. Impossible de rester les bras croisés une nouvelle fois: j’ai relayé sur mes comptes Twitter et Instagram personnels la nouvelle du jugement à venir de Noura Hussein. Après quelques insomnies, et révoltée par le silence général autour du cas de la jeune Soudanaise, j’ai écrit la pétition disponible sur Change.org.

Aujourd’hui, plus de 540 000 personnes ont signé la pétition que tu as créée. Le succès a-t-il été immédiat?

Non, et j’ai franchement été découragée les premiers jours. Mais j’ai insisté auprès de mon entourage, je les interpellais pour leur faire ouvrir les yeux. J’insistais: “Vous allez vraiment la laisser se faire exécuter?” J’ai également contacté plusieurs associations, personnalités publiques et médias, sans succès. Mais, petit à petit, grâce au bouche-à-oreille et parce que la situation de Noura Hussein -mariée de force, violée, punie pour s’être légitimement protégée- est atroce, la mobilisation a commencé. 

Comment envisages-tu les prochains jours?

J’aimerais que le sort de Noura Hussein gagne en visibilité. Elle n’est malheureusement pas la première, et ne sera pas la dernière à subir ce genre de violences. Il est temps de s’unir et de punir les responsables plutôt que de blâmer les victimes de viols conjugaux, qu’on parle du Soudan, de l’Italie, de la Chine ou de la France. C’est un problème international, qui n’est d’ailleurs pas nouveau. On a pourtant attendu Noura Hussein et sa condamnation pour se mobiliser. J’espère qu’on réussira à toucher suffisamment de personnes pour faire bouger les lignes et rendre justice à cette femme.

Propos recueillis par Margot Cherrid


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