société

Portrait

Laura Berlingo, la gynéco féministe qui parle sexualité dans vos oreilles

Les auditrices de Qui m’a filé la chlamydia? et Coucou le Q connaissent bien sa voix. Au gré des podcasts sexo, la trentenaire Laura Berlingo partage sa science de gynécologue aux plus jeunes oreilles. Histoire de démontrer que médecine et militantisme ne sont pas antinomiques.
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C’est surtout par sa voix que Laura Berlingo nous est si familière. Ces derniers mois, la jeune gynécologue s’est fait entendre au gré de deux savoureux podcasts qui disent le sexe sans complexe: Qui m’a filé la chlamydia?, enquête façon Cluedo sur fond d’IST que l’on doit à Anouk Perry, et Coucou le Q, le nouveau talk sexo du site MadmoiZelle. Sous son ton rassurant bien connu de ses auditrices, la trentenaire libère une parole abondante et militante.

 

 

L’anti-Doc & Difool

En octobre, à l’occasion du Paris Podcast Festival, Lauren Bastide l’a invitée dans La Poudre, afin d’évoquer la place du sexe dans la création sonore. Modeste, Laura Berlingo refuse pourtant d’être sacrée “experte de la sexualité”. À écouter Coucou le Q, où elle officie depuis début juillet, elle serait plutôt confidente. Aux côtés de sa complice Queen Camille, la gynécologue diplômée de Paris Descartes répond aux appels d’ados -quinze ans en moyenne-, qui s’interrogent aussi bien sur le corps et les genres que sur les sex-toys. Coups de fil, questions intimes et parole décomplexée, cela ne vous rappelle rien? Doc & Difool, bien sûr. Mais tout sépare Coucou le Q de Lovin’Fun, la libre antenne aussi cul-te que macho. “On est dans l’écoute et la bienveillance, moins dans le pratique que dans les relations humaines”, rassure la professionnelle. Il faut dire que l’humain est son credo. Actrice d’une vie qu’elle dit “décalée”, Laura Berlingo commence par des cours de médecine dès la petite vingtaine, puis, après s’être formée à Nice, s’initie aux sciences sociales dans les rangs de la Sorbonne et de Paris Diderot. Centrée sur la carrière universitaire des femmes en médecine, sa thèse de médecine lui fait comprendre “qu’en gynécologie, les universitaires sont à 85 % des hommes, qui font vivre la spécialité et forment les jeunes internes tandis que les femmes restent sans modèles, sous l’emprise d’une pression qui les oblige à être des warriors”. C’est ce sentiment d’injustice qui l’incite à être la plus inclusive possible quand elle s’empare du micro. Celle qui, après l’obtention de son bac S, se fantasmait en Dr Quinn, désireuse d’“aider les gens, sauver la veuve et l’orphelin, faire de l’humanitaire”, vaccine aujourd’hui par ses mots réconfortants les collégien·ne·s et lycéen·ne·s angoissé·e·s par le regard d’autrui, les injonctions, leurs désirs et la zone grise.

Il faut nommer les choses pour les rendre visibles et existantes.”

Cela ne vaut pas une consultation chez le médecin, et je ne suis pas sexologue!”, modère cependant l’érudite. Sérieuse face à une binôme bien plus caustique, elle maintient cette dynamique de duo dans les cinq épisodes de Qui m’a filé la chlamydia?, feuilleton audio où sa pédagogie vient compléter la narration ultraludique d’Anouk Perry. Cette dernière l’interroge sur les conséquences d’une “IST dont on ne parle jamais”, le pourquoi de sa transmission et l’importance du dépistage. À l’origine, Perry cherchait “une gynéco féministe pour répondre à des questions sur la chlamydia”. Une requête étonnante, mais moins que la lucidité de celles et ceux qui contactent le Dr Berlingo. Cette nouvelle génération comprend déjà qu’un rapport sexuel n’implique pas forcément de pénétration, et évoque sans chichis le polyamour et l’asexualité. La gynéco admire cette “jeunesse extrêmement bien informée” et se rappelle qu’à son âge, ses sources se résumaient à AOL et aux écoutes de Fun Radio le soir sous la couette.

 

Le savoir comme pouvoir

Des podcasts aux consultations, celle qui a un temps idéalisé “une vie rangée derrière les bouquins”, sait qu’établir un lien fort avec ses patientes revient à écrire une histoire, “créer une proximité qui n’existe pas aux urgences, simplement converser parfois, comme si tu discutais à la boulangerie. Car les mots comptent. À l’heure où la parole se libère de plus en plus quant aux violences obstétricales, Laura Berlingo salue d’ailleurs l’existence de Tumblr incisifs comme Paye Ton Gynéco. Inspirée par Sabrina Ali Benali, interne “révoltée” qui, l’an dernier, éveillait sur YouTube des millions de consciences quant aux affligeantes conditions de travail des soignants, Laura Berlingo affirme qu’il faut “nommer les choses pour les rendre visibles et existantes”. Sans pour autant se prétendre parfaite, elle tend vers un idéal, “la bientraitance”. Pour cela, elle se contente “d’écouter les femmes”, des longs couloirs d’hôpitaux aux bureaux cosy de MadmoiZelle. Aux gynécos de demain, elle transmet son savoir, fidèle au mantra selon lequel “le savoir est un pouvoir: plus tu connais de choses sur ton corps, plus tu peux t’affirmer”.

La médecine est une culture sexiste et paternaliste.” 

Loin de sa formation faite d’interminables soirs de garde -jusqu’à subir des semaines pré-burn out de cent-dix heures-, celle qui durant ses premiers stages découvrait “le contact organique avec la vieillesse, la grande précarité, les maladies graves, les enfants qui meurent”, s’indigne désormais d’une violence plus pernicieuse. En septembre dernier, elle tombait des nues en zappant sur Quotidien. Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues, y qualifiait l’IVG d’ “homicide. Jugés inacceptables par la ministre de la Santé Agnès Buzyn et la secrétaire d’État à l’Égalité Marlène Schiappa, ces “propos d’un autre âge” prouvent aux yeux de la doc’ que “la médecine est une culture sexiste et paternaliste” qui imprègne la gynécologie, “laquelle concerne toutes les femmes”. Piochant ses mots avec délicatesse, elle précise que “le concept de ‘jugement moral’ n’a rien à faire dans une relation médicale”, et se revendique “pro-choix”. 

 

En marge pour faire bouger les lignes

Cet engagement, Laura Berlingo le revendique, quitte à faire office d’OVNI au sein de la profession médicale, un milieu où “on ne prend pas toujours le féminisme au sérieux, où être féministe, c’est brûler son soutien-gorge”, s’amuse-t-elle. Peu importe si sa politique intimide, elle est persuadée que “c’est en étant dans la marge que l’on fait bouger les lignes”. Pas posture pour un sou, son féminisme exprime un besoin vital, celui de “s’adapter à son public, en comprenant par exemple que ce n’est pas l’endométriose qui change, mais la manière qu’ont les femmes de l’appréhender”. Ce qu’elle appréhende, elle, c’est cette nouvelle vie qui se profile. L’enthousiaste devient chef de clinique à l’hôpital de la Salpêtrière. Tout en s’agrippant à l’enseignement et à la recherche, docteure Berlingo va s’occuper des femmes enceintes pendant deux ans, entre consultations, échographies et allers-retours en salle de naissance. À ses plus jeunes et fidèles auditrices, Laura Berlingo souffle quelques conseils: “Laissez-vous le temps! Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Vous allez vivre des expériences. Soyez patientes.

Clément Arbrun


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