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Laurence Geai: de la Syrie à l'Elysée, la photojournaliste qui shoote le monde sans filtre

La jeune femme de 34 ans est considérée comme une étoile montante de la profession. Spontanée et sans chichis, elle a accordé un moment à Cheek pour parler de sa conception de l’information et de la photographie, à l’occasion du festival Visa pour l’Image de Perpignan.  
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On avait décidé de suivre la Jeep d’un général. Il venait de recevoir l’information qu’un village venait d’être attaqué par les soldats de l’État islamique.” Laurence Geai marque une pause. “C’est là que j’ai eu le plus peur de ma vie. Mais on ne pouvait pas reculer.” La Jeep fonce en plein désert, est prise pour cible lors d’un échange de balles et son équipe se retrouve coincée plusieurs heures, dans la nuit. Malgré la terreur, allongée sous la voiture, elle ne lâche pas son appareil photo et immortalise la scène. “J’ai su que je n’étais pas tétanisée par la peur sur un terrain de guerre.

Des anecdotes comme ça, de celles qui s’écoutent bouche bée, la photojournaliste en a accumulé une série. Aujourd’hui, le nom de la photographe de 34 ans est devenu indissociable des terrains difficiles: Irak, Syrie, Centrafrique, Palestine. Au Café de la Poste de Perpignan, là où toutes ses consœurs et ses confrères sont réuni·e·s le temps du Festival Visa pour l’Image, la photojournaliste au franc-parler, ongles rouges vernis impeccables, longues boucles d’oreilles, longs cheveux blonds, se distingue de ses pairs. Et pas seulement par sa modestie et son humilité.   

 

 
 
 
 
 
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#Kobané, Syrie #une fillette sur le toit de sa maison en partie ravagée par les combats en 2014. @laurencegeai #pourlemonde en nov 2017 #syrie

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“Tu as sept secondes pour te mettre à l’abri”

Il y a à peine cinq ans, quand elle s’est lancée, rien ne la destinait au métier de photojournaliste. Issue d’une famille classe moyenne, elle grandit dans le Val d’Oise avec une mère au foyer, un père propriétaire de la boutique d’ameublement familiale, quatre frères et sœurs. Après des études de commerce et des débuts dans la mode, elle fait un stage à New-York. “C’est là-bas que je me suis achetée mon premier MacBook, grâce aux pourboires du restaurant dans lequel je travaillais.” La jeune femme décide de prendre un tournant en rentrant d’un voyage humanitaire aux Philippines. “J’ai eu envie de raconter ce que je voyais.” Elle s’achète un appareil photo -“Je ne savais même pas m’en servir. Je m’étais achetée un livre pour apprendre. Iso, obturation, vitesse, je ne comprenais rien!”- et perfectionne sa technique en immortalisant des mariages le week-end. Après un court passage en télévision, elle se lance: “La première fois que je suis allée en Syrie, je n’avais pas de commandes. J’y suis allée pour voir si j’en étais capable. Depuis, j’y suis retournée sept fois.

La bombe est tombée pile là où j’étais deux minutes avant.

De quoi accumuler de l’expérience, alors qu’elle doit faire face, sans cesse, à des scènes dramatiques. “Lors d’une frappe aérienne, lorsque tu entends l’avion qui pique pour bombarder, tu as sept secondes pour te mettre à l’abri. J’avais oublié de demander à mon fixeur ce qu’il fallait faire en cas de frappe. C’était un de mes premiers reportages. Naïvement je me suis ‘réfugiée’ dans la rue. La bombe est tombée pile là où j’étais deux minutes avant.” Laurence Geai “valse” de plus d’un mètre, croit être atteinte au ventre. “La violence du choc m’a beaucoup marquée”, se souvient-elle. Mais elle continue à photographier: “J’ai besoin d’aller en profondeur dans mes sujets.

En quelques années, elle publie dans les plus grands journaux: Le Monde, Paris Match, L’Obs, Le JDD, Polka. Son travail sur la guerre de l’eau entre Israël et Palestine, Eaux Troubles, est exposé au festival Visa pour l’Image de Perpignan en 2016, considéré comme l’un des plus prestigieux de la profession. Alors qu’elle commence à être reconnue pour ses photos de zones de conflit, Laurence Geai surprend, en 2017, lorsqu’elle suit François Hollande. “Ma démarche, c’est de comprendre la nature humaine, la psychologie. Qui décide des conflits? Ce sont les chefs d’État. J’ai rencontré François Hollande alors que je couvrais un voyage officiel au Moyen-Orient. Finalement, c’est la Syrie qui m’a amenée à la présidence. Et puis j’aime le contraste. Je suis aussi à l’aise en Syrie qu’au palais de l’Élysée. Il faut savoir s’adapter. Si tu sais t’adapter, tu peux aller partout.

 

 
 
 
 
 
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Cette semaine dans @parismatch_magazine mes photos de François Hollande à l’occasion de la sortie de son livre #lesleçonsdupouvoir Un plaisir de l’avoir suivi à nouveau. @laurencegeai #PourParisMatch

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Propos sexistes et jalousies

Un parcours-éclair qui attire les railleries de ses confrères. Dans un monde ultra-masculin, la présence de la jeune femme interroge. Voire dérange. “Elle arrive de nulle part, elle est belle, forcément elle attise la jalousie”, confie l’un de ses confrères. “Bien sûr que j’entends des bruits qui courent sur moi. Quand une femme photographe réussit, on la reconnaît rarement pour ses qualités professionnelles au premier abord. Ca m’avait marquée la première fois que je suis venue au festival de Perpignan. Je parlais d’une photographe que j’adore et la première chose qu’un collègue me dit le soir-même c’est ‘ah mais elle a couché elle!

Depuis qu’elle a commencé, elle-même a essuyé des coups bas. “Il faut être endurant dans ce milieu. On a dit que je n’étais pas légitime ou on m’a inventé des relations, tout ça pour avoir des commandes. On n’a jamais fait cette réflexion à un homme… Il m’est déjà arrivé que d’autres confrères appellent la rédaction pour se plaindre de ne pas être envoyés à ma place sur un terrain, raconte-t-elle. Ça ne fait pas plaisir. Mais je m’en fous. L’avantage de notre métier, c’est qu’il est visible. Je suis jugée là-dessus.” Elle préfère garder en tête ses pairs qui l’ont aidée, ceux qui ont été solidaires et qui lui ont donné les bons conseils sur le terrain -Jérôme Delay, Patrick Chauvel et François Laffite pour ne citer qu’eux.

 

 
 
 
 
 
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#le terrain #selfie #repas #irak#mossoul #memories

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L’appareil comme un filtre

Sur le terrain justement, elle dit se comporter comme un garçon, pour se faire respecter, d’un général irakien ou d’un photographe trop imposant. “En reportage, j’adopte un comportement dit ‘masculin’. Et j’ai appris à me faire respecter. Quand tu es une femme, tu es obligée de t’imposer deux fois plus”, assure-t-elle en évoquant le jour où, en Syrie, elle hurle sur un chauffeur qui roule n’importe comment. “Il m’a dit que même sa mère ne lui avait jamais parlé comme ça… Mais il a fini par ralentir.

La jeune femme fourmille d’idées pour les projets à venir. Avec une constante: “Moi je suis d’abord journaliste. La photographie c’est secondaire. Ce qui est le plus important, c’est l’information.Un moyen qui lui permet de continuer à faire ce métier. “L’appareil photo, c’est comme un filtre, on peut se ‘cacher’ derrière. Une fois à Mossoul, j’étais dans un hôpital de fortune, deux enfants sont arrivés. Ils étaient en train de mourir. Je n’arrêtais pas de me dire ‘je vais pleurer, je vais pleurer’. Mais j’ai pris mon appareil photo et je me suis mise à shooter.

Audrey Lebel et Cerise Sudry-Le Dû, du collectif Les Journalopes


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