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Interview “Belgique” / Myriam Leroy

“Quand un Belge réussit en France, c'est une immense fierté”

Après avoir conquis la Belgique, la Bruxelloise Myriam Leroy exporte désormais sa mauvaise foi tous les vendredis midis sur le plateau de La Nouvelle Édition. Rencontre.
© Xavier Lahache
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C’est l’une des recrues de l’année de Canal +, qui continue de surfer sur la vague belge après avoir déniché Stéphane de Groodt pour Le Supplément. À l’autre bout du Thalys, Myriam Leroy, 31 ans, fait partie des journalistes connus et reconnus, notamment depuis qu’elle a lancé sur la RTBF ses chroniques Myriam Leroy n’aime pas. C’est donc tout naturellement qu’elle vient, chaque vendredi dans La Nouvelle Édition, tailler un costard à une personnalité de l’actu. Dieudonné en a fait les frais le 29 novembre dernier, bien avant que tous les humoristes n’y aillent de leur billet, et le Web s’était alors enflammé pour ou contre la journaliste. Mais la chroniqueuse aime aussi s’en prendre à Britney Spears ou Frédéric Beigbeder, et a déjà prévenu ses confrères à l’antenne: “Je mets du 40 soit 39 tailles de plus que Kate Moss, je ne me drogue qu’à la sauce samouraï et je ne change de petit copain que quand le précédent est cassé, ce n’est pas la peine de gratter.” Ça tombe bien, nous, on voulait plutôt soumettre Myriam Leroy à notre interview “Belgique”.

Stromae, Nawell Madani, Stéphane De Groodt, Charline Vanhoenacker, toi… Le Belge est-il enfin cool en France?

J’en ai bien l’impression. Quand je viens tourner l’émission et que je parle aux maquilleurs et aux coiffeurs, tout le monde est hyper sympa avec moi, j’ai parfois l’impression que j’arrive de Brooklyn. Alors que non, je vis à Bruxelles! C’est vrai que c’est assez nouveau: pendant longtemps, quand je partais en vacances en France, j’avais toujours le droit à des blagues sur les moules-frites et à une imitation d’accent qui n’avait rien à voir avec l’accent belge. Donc je suis contente qu’on me parle maintenant de design, de fête et de gastronomie.

Et le Français, quand sera-t-il cool en Belgique?

Il l’a toujours été. Il y a un mélange d’agacement et de fascination envers les Français. D’ailleurs, quand un Belge réussit en France, c’est une immense fierté.

L’expression belge dont tu ne pourras jamais te débarrasser?

J’ai longtemps été persuadée que je n’avais ni accent, ni expression belge, mais je me rends compte que c’est faux. Par exemple, quand je dis “c’est gai” à Paris, je vois bien que les gens me regardent bizarrement. Je ne fais pas référence au combat des homosexuels, je veux juste dire que c’est chouette. (Rires.)

L’expression française que tu ne pourras jamais adopter?

J’ai beaucoup de mal avec le verlan, donc je ne dirai jamais “chelou” ou “relou”. Je crois que le pire c’est “golri”, je trouve ça vraiment moche: j’ai découvert tous ces mots en regardant le Loft, car chez nous, on ne les dit pas du tout.

Tu as défendu à l’antenne le The Voice belge, bien meilleur que le français d’après toi. Pourquoi?

Je trouve la version française beaucoup plus paillettes, notamment le jury, qui est moins dans l’analyse de ce qui vient de se passer. Chez nous, il y a cette petite authenticité belge très agréable à regarder.

Après ta chronique sur Dieudonné, la presse belge a été très dure avec toi. Comment l’as-tu vécu?

C’est vrai que j’ai ressenti beaucoup d’agressivité, on a dit que j’avais cherché les problèmes au lieu de s’intéresser à ce que je disais. J’ai d’ailleurs publié la semaine dernière une réponse à mes confrères intitulée Le bad buzz au détriment du débat public. C’est surtout la presse de caniveau qui s’est déchaînée et qui a dit des choses fausses, notamment que j’avais quitté les réseaux sociaux: j’ai juste fermé les commentaires de ma page Facebook car ça devenait ingérable. Je crois que cette presse a une profonde méconnaissance du dossier Dieudonné, qu’elle voit encore un peu comme l’humoriste qui faisait des sketches avec Elie Semoun.

Tu as été l’une des premières à te lancer sur le sujet. Pourquoi?

Je trouvais que c’était une cause juste, et j’ai une exposition dans une émission grand public: il m’a semblé que c’était le bon endroit et le bon moment pour dire quelque chose. Ça m’énervait de voir que ses vidéos étaient relayées partout avec aussi peu de commentaires. Comme l’a dit Manuel Valls, c’est un “petit entrepreneur de la haine”. Je savais très bien que ses défenseurs ne m’épargneraient pas.

On dit de toi que tu es la Nicolas Bedos femme et belge, ça te fait plaisir?

Oui, j’aime bien ce qu’il fait. On a commencé nos chroniques à peu près en même temps, et j’ai toujours trouvé qu’on confondait son personnage et sa personne. C’est un écorché vif qui s’est construit une carapace et qui est beaucoup plus malin qu’il n’y paraît.

Tu es engagée sur la question des femmes, en Belgique aussi on se mobilise pour défendre l’interruption volontaire de grossesse (IVG)?

J’ai l’impression qu’en Belgique, on remet moins en question les acquis sociaux qu’ici, même si rien n’est jamais gagné. Je me suis toujours intéressée à la question des femmes, et j’ai d’ailleurs tourné un webdoc sur l’IVG. Pour moi, le féminisme n’est pas du tout un combat d’arrière-garde: je ne le vois plus comme un combat contre les hommes, du moins dans nos pays, mais comme une infiltration dans toute la société pour élargir le champ des possibles des femmes.

Le moment où tu t’es sentie fière d’être belge?

Je ne sais pas si c’est de la fierté, mais je suis toujours contente d’être belge quand je compare mon loyer aux vôtres (rires). Depuis que je travaille aussi en France, je suis tellement bien accueillie que je commence à être un peu fière d’être Belge.

Ta chronique dans La Nouvelle Édition s’appelle “Leroy, c’est elle”. Un message à faire passer à ton roi?

Non, pas du tout! En Belgique, on a un rapport ambigu avec la famille royale qu’on juge peu charismatique et sans envergure mais qu’on adore saluer pour la fête nationale. J’écris d’ailleurs un projet de série sur la famille royale en ce moment.

Un cliché sur les Belges qui est vrai?

On parle mal. Peut-être parce qu’on vit dans un pays où l’on parle plein de langues. Mais je suis de plus en frappée par le fait qu’on a beaucoup moins que les Français cet amour du verbe.

Propos recueillis par Myriam Levain


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