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Les Radical Monarchs: bienvenue chez les scouts féministes intersectionnelles

Un nouveau genre de scoutisme a vu le jour à Oakland, en Californie, en décembre 2014. Réunissant uniquement des fillettes racisées de 8 à 12 ans, il a pour but d’apprendre à ces jeannettes la sororité à travers l’activisme et l’histoire des droits civiques. Avec un mot d’ordre: la justice sociale. Le documentaire Radical Brownies retrace cette expérience de scoutisme à la sauce féminisme intersectionnel. Inspirant.  
Les Radical Monarchs, capture d'écran du documentaire “Radical Brownies”, de Linda Goldstein Knowlton
Les Radical Monarchs, capture d'écran du documentaire “Radical Brownies”, de Linda Goldstein Knowlton

Les Radical Monarchs, capture d'écran du documentaire “Radical Brownies”, de Linda Goldstein Knowlton


Dans les rues d’Oakland, elles sont reconnaissables à leur béret et à leur gilet marron. L’attirail classique des scouts et autres jeannettes, en somme. Si ce n’est que ces fillettes de 8 à 12 ans battent fièrement le pavé aux côtés d’autres manifestants en brandissant des panneaux frappés du slogan “Who run the world? Girls!”, brillamment emprunté à notre chère Beyoncé. Bienvenue chez les Radical Monarchs, anciennement nommées les Radical Brownies (comprendre, les jeannettes radicales).

Chez ce groupe de scouts, créé en décembre 2014 en Californie, non loin de San Francisco, on expérimente un tout nouveau modèle de scoutisme. Oubliez l’apprentissage de la couture et la vente de cookies. Les Radical Monarchs ont un tout autre but: se révolter contre le conformisme et la pression sociétale qui imposent aux petites filles ce à quoi elles devraient ressembler. Ici, il est question de féminisme intersectionnel. Le but? Renverser les stéréotypes, se concentrer sur les problématiques qui touchent en particulier les fillettes racisées, tout en leur apprenant l’importance de la sororité.

 

 

Le mot ‘radical’ signifie pour moi le fait d’être en dehors des clous, en dehors du moule dans lequel les petites filles sont enfermées, explique Anayvette Martinez, l’une des cofondatrices des Radical Monarchs, dans le documentaire de Linda Goldstein Knowlton. Cela signifie aussi être avant-gardiste, nager à contre-courant. Beaucoup de petites filles font partie de groupes de scoutisme traditionnel. Ma fille a voulu rejoindre l’un d’entre eux, poursuit Anayvette Martinez. Quand je me suis penchée sur ce que proposait ce groupe que Lupita voulait rejoindre, j’ai réalisé que ça n’allait pas lui convenir, que ça ne correspondait pas à sa propre histoire. Je voulais un endroit où elle pouvait établir de vraies relations avec des petites filles de son âge qui vivaient les mêmes choses qu’elle et qui feraient en sorte de changer la situation.

Avec ma meilleure amie DeYani, raconte Lupita, on était les deux seules filles racisées du club que l’on voulait rejoindre. Alors, nos mères ont décidé de monter leur propre groupe de scouts. Un besoin pour Anayvette Martinez qui, elle, a compris tardivement, lorsqu’elle était au lycée, qu’elle faisait face à des problématiques particulières. Des problématiques et autres discriminations que ne rencontraient pas les filles blanches de son âge. “Je tenais à ce que ma fille et d’autres petites filles aient le plus tôt possible les outils pour comprendre et combattre ces problématiques.

 

Radical Monarchs DR

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Cours d’auto-défense, visite guidée des hauts lieux du mouvement des droits civiques

Dans les faits, cela se concrétise par différents modules et différentes activités à la fin desquelles ces jeannettes en herbe obtiennent, comme dans n’importe quel autre groupe de scouts, insignes et badges. Cours d’auto-défense, cours de djembé, atelier de création de pochoirs avec pour slogan “L’éducation pour la libération”, participation à des manifestations où les Radical Monarchs revendiquent que la rue leur appartient, tables rondes autour de la thématique du genre, de l’estime de soi. “Ce module consacré à la beauté a pour but de leur faire prendre conscience de la nécessité de s’aimer tel que l’on est, particulièrement lorsqu’on est une petite fille racisée à qui la société impose ses codes. Le message est qu’il est important d’aimer le ton de sa peau, sa taille, son poids, et que chacune a un corps différent”, assure Anayvette Martinez.

Une nécessité d’accepter l’autre et ses différences, qui se traduit aussi par des rencontres et des discussions avec des personnes transgenres notamment, avant de manifester à leurs côtés au son de “Hey hey! Oh oh! Transphobia has got to go!” (“Hey hey! Oh oh! La transphobie doit s’en aller!”), comme on peut le voir dans le documentaire.

Les activités proposées aux fillettes sont aussi largement consacrées à l’apprentissage de l’histoire des droits civiques. Au programme, rencontre avec Cheryl Dawson, l’une des anciennes membres du parti des Black Panthers, visite guidée des lieux emblématiques des Black Panthers et rencontre avec Alicia Garza, cofondatrice du mouvement Black Lives Matter.

 

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Un concept qui ne fait pas l’unanimité

De quoi irriter certains pourfendeurs de ce scoutisme féministe intersectionnel. Rapidement, les Radical Monarchs ont été décriées par une frange de la population. Un fait aussitôt repris par des médias conservateurs telles que la chaîne d’information FoxNews, qui affirmait que ces fillettes étaient exploitées et endoctrinées. L’un des principaux reproches qui leur est adressé à l’époque? “Pourquoi se concentrer uniquement sur les femmes racisées et séparer les filles racisées et non-racisées?”

Réponse de Marilyn Hollinquest, l’une des deux cofondatrices: “Pour nous, il est important de traiter les problèmes de racisme avec les filles qui y sont confrontées, et ce dès leur plus jeune âge, pour leur permettre de construire une communauté dans un environnement social plus juste. Il n’est pas question de les endoctriner, mais d’ouvrir leur champ de vision.

Plus il y aura de Radical Monarchs, plus on aura la possibilité de faire en sorte que ce monde soit plus juste.”

Je n’ai pas de problème à dire que les personnes blanches disposent de leurs propres standards: que ce soit en matière de beauté, d’éducation, explique quant à lui René Quinonez, le père d’une des Radical Monarchs. Elles l’imposent comme la norme pour tout le monde. Donc le but n’est pas d’exclure qui que ce soit mais de pouvoir offrir d’autres normes à ces petites filles.

Lupita, de son côté, semble se moquer des critiques. Elle a un rêve en tête. “Que les Radical Monarchs fassent des émules. Car plus il y aura de groupes de Radical Monarchs, plus on aura la possibilité de faire en sorte que ce monde soit plus juste.” Un modèle qui a de quoi inspirer.

Audrey Lebel


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