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Règles élémentaires: une étudiante veut fournir les femmes sans-abri en tampons et serviettes

En lançant Règles élémentaires, Tara Heuzé, jeune étudiante à Sciences Po Paris, a décidé d’agir pour que les femmes SDF puissent accéder gratuitement aux protections périodiques.     
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Comment les femmes gèrent-elles leurs règles quand elles vivent dans la rue? C’est lorsqu’elle étudiait à Cambridge -où une initiative pour aider les femmes SDF à se fournir en protections périodiques avait eu lieu- que Tara Heuzé s’est intéressée à cette question. “Outre-Manche et ailleurs dans le monde, la démarche est courante et le problème reconnu”, explique la jeune étudiante de Sciences Po Paris à l’origine de la collecte Règles élémentaires, organisée pour la première fois en France fin novembre et début décembre, dans les locaux de son école. Au lendemain de cette opération inaugurale, on a débriefé avec la jeune femme et cherché à en savoir plus sur son engagement. 

Quand as-tu décidé de passer à l’action?

Quand je suis rentrée à Paris après mes études à Cambridge, je me suis rendu compte qu’aucune collecte de ce genre n’avait eu lieu, hors du cadre des banques alimentaires ou vestimentaires, où les gens peuvent aussi donner des denrées “non-périssables” -un terme très pudique pour qualifier une catégorie fourre-tout qui va des boîtes de conserve au matériel pour bébé, en passant par le café et les produits hygiéniques.

“les femmes sans-abri sont de plus en plus nombreuses.”

Concrètement, comment as-tu fait?

J’ai pris contact avec des refuges, des centres d’accueil de jour et le Samusocial de Paris. Leur réponse a été unanime et alarmante: tous ont affirmé manquer de produits d’hygiène intime et être incapables de faire face à une demande croissante, les femmes sans-abri étant de plus en plus nombreuses. J’ai donc décidé de lancer une première collecte pilote à Sciences Po Paris. J’ai demandé le soutien de Paris Solidaires, l’association maison créée en 2012 qui permet aux étudiants de s’engager dans des actions solidaires et bénévoles. Ils ont accueilli le projet avec enthousiasme et ont permis d’assurer le bon déroulement de la collecte. 

Lors de cette collecte, qu’avez-vous récolté?

387 paquets collectés, des centaines de dons en vrac, plus de 8500 protections périodiques individuelles, et à peu près autant de dons en ligne prévus. Soit 18 à 20 000 produits récoltés en seulement 3 jours! C’est une goutte d’eau dans l’océan face aux besoins récurrents des femmes à la rue, mais un grand coup de pouce pour le Samusocial de Paris, dont les stocks de produits hygiéniques sont inexistants. Serviettes et tampons sont des “denrées rares et chères”, inaccessibles au vu du budget sous tension du Samusocial de Paris, comme nous l’a expliqué Aline Delettrez, la directrice du développement des ressources et partenariats. 

“Il était intéressant de voir que les garçons qui ont contribué étaient très gênés, et se faisaient parfois accompagner de leurs petites amies pour faire leurs dons.”

C’est donc le Samusocial qui redistribue les dons?

Oui. L’organisme suit près de 12 000 femmes: des mères seules -environ 7500 en 2014-, des personnes isolées -environ 2100 au 31 octobre- et des femmes très fortement désocialisées rencontrées lors des maraudes de nuits -environ 1600 au 31 octobre. Les produits seront distribués à travers leurs différentes structures: maraudes, bus sanitaire, centre d’hébergement d’urgence pour femmes, hôtels…  

En 2015, le tabou autour des règles te paraît-il persistant?

Oui, pour deux raisons: d’abord, tout simplement parce que le sang dégoûte. Mais également car les gens ne veulent pas s’imaginer ni accepter qu’en 2015, en France, patrie du féminisme qui se targue d’un gouvernement paritaire, des milliers de femmes soient dans l’incapacité de gérer un besoin primaire et tout à fait naturel. Cette première campagne a permis une réelle prise de conscience et un vrai travail d’éducation auprès des étudiants de Sciences Po.

Chez les garçons comme chez les filles?

Certains garçons ont fait pour la première fois de leur vie un achat que les femmes font tous les mois pendant plusieurs dizaines d’années, et ont entraperçu ce qu’avoir ses règles voulait dire. Il était intéressant de voir que les garçons qui ont contribué étaient très gênés, et se faisaient parfois accompagner de leurs petites amies pour faire leurs dons. D’ailleurs, les filles non plus n’étaient pas forcément très à l’aise de donner des tampons et des serviettes au vu et au su de tous. 

“Ces femmes se battent pour subsister, il faut se battre pour leur dignité!” 

L’Assemblée nationale vient de voter la baisse de la taxe tampons, cela change-t-il vraiment quelque chose pour les plus démunies?

La baisse de la TVA sur les produits d’hygiène devrait se répercuter automatiquement sur les prix, ce qui est encourageant. Néanmoins, cela ne suffira pas à régler le problème de l’accès aux produits d’hygiène pour les personnes sans-abri et particulièrement les femmes. Ces femmes se battent pour subsister, il faut se battre pour leur dignité!   

Sur le long terme, que faudrait-il faire pour solutionner le problème?

Dans l’idéal, il faudrait subventionner, voire rembourser ces produits au même titre que certains médicaments ou les pilules contraceptives. Concrètement, un moyen d’agir serait de rendre les produits hygiéniques au moins aussi accessibles que les préservatifs, déjà disponibles gratuitement dans la plupart des foyers et centres d’accueil par exemple, contrairement aux tampons et aux serviettes. À plus long terme, il faudrait un réel travail d’éducation et d’adoption des coupes menstruelles ou autres protections durables qui permettraient à ces femmes dans la précarité de ne plus dépendre en permanence de dons jetables -tout en étant plus écologiques!

En attendant, comme peut-on vous aider concrètement?

En faisant un don au Samusocial. Mais, plus largement, vous pouvez nous aider de mille et une façons! En parlant de Règles élémentaires autour de vous, en installant une boîte à dons dans votre entreprise, en lançant une initiative similaire dans votre région. Ou en nous aidant à attirer l’attention des fabricants: si quelqu’un parmi vous travaille chez Procter & Gamble, Johnson & Johnson, SCA, etc., on est preneur! On prend aussi si vous êtes graphiste, designer, community manager ou débordant d’humour, de bonne humeur et de bonnes idées. N’hésitez pas à nous écrire via notre page Facebook  ou par email: regleselementaires@gmail.com. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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