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Enquête

Vous ne voulez plus jamais avoir vos règles? C'est possible

Les femmes ont en moyenne 450 fois leurs règles au cours de leurs vies. Pourtant, certains moyens de contraception permettent l’interruption des menstruations. Comment? Quels sont les risques? On vous explique tout.
Carmen Electra dans “Dirty Love”, DR
Carmen Electra dans “Dirty Love”, DR

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Et si on n’avait plus jamais nos règles? Cette question, nous l’avons abordée dans un article publié en janvier dernier en donnant la parole au Dr Philippe Vignal. Ce gynécologue-obstétricien préconise d’interrompre purement et simplement les cycles menstruels chez les femmes qui ne souhaitent pas avoir d’enfant. Nombreuses ont été vos réactions. Cheek Magazine a donc décidé de revenir sur vos principales interrogations sur les règles sous pilule, leur nature, leur fonction, et la possibilité de s’en passer.

Retour, d’abord, sur quelques notions qui remontent aux cours de SVT dispensés au lycée. Chez les femmes pubères et non ménopausées, le cycle menstruel -qui se répète en moyenne 450 fois au cours d’une vie- débute le premier jour des règles. Il est notamment rythmé par la sécrétion de progestérone et d’œstrogène, deux hormones libérées par les ovaires sur commande d’une glande du cerveau appelée l’hypophyse. Ces substances permettent d’épaissir la paroi de l’utérus et de le préparer à recevoir un ovule fécondé. Sans fécondation, le surplus de muqueuse est évacué par le vagin à la fin du cycle. Ce sont les règles. Analysés de façon purement anatomique, le fonctionnement du cycle et les menstruations n’ont donc qu’un seul but: la mise en place d’une grossesse.

Les femmes qui utilisent la pilule combinée -aussi appelée pilule œstroprogestative- et observent une semaine d’arrêt au bout de trois semaines de prise, constatent pour la plupart d’entre elles l’écoulement de règles dites “artificielles”. Ces saignements correspondent à une hémorragie de privation provoquée par la chute hormonale correspondant aux sept jours sans pilule. En effet, en dehors des périodes de pause, ce moyen de contraception diffuse de l’œstrogène et un progestatif de synthèse chez l’utilisatrice, dont la présence va être repérée par l’hypophyse. La glande considère alors que l’ovaire est responsable de la présence de ces hormones dans le sang et ne le stimulera à aucun moment. L’ovulation est bloquée et les règles, comme étape du cycle menstruel décrit plus haut, n’apparaissent pas. “Le cycle physiologique est remplacé par un cycle artificiel, détaille la gynécologue-obstétricienne Marie-Laure Brival. La pilule est un leurre, un faux asticot pour le cerveau.”

 

450 cycles au cours d’une vie

Au début du XIXème siècle, les femmes avaient leurs premières règles entre 15 et 16 ans, contre une moyenne de 12,5 ans aujourd’hui, et leur vie fertile était marquée par une succession de grossesses et de périodes d’allaitement pendant lesquelles la plupart des mères ne sont pas réglées.” Pour Élise Thiébaut, journaliste et auteure de Ceci est mon sang et de Les règles… Quelle aventure!, l’augmentation du nombre de cycles dans la vie des femmes trouve son origine dans l’allongement de la durée de vie, la contraception qui entraîne moins de maternités et l’évolution des régimes alimentaires qui influencent l’âge de la puberté chez les jeunes filles.

Le cycle et les règles artificielles ont été mis en place pour rassurer les femmes.

Le nombre de cycles moyens de la vie d’une femme est aujourd’hui estimé à 450. Un nombre élevé auquel le corps féminin ne serait pas adapté d’après Philippe Vignal. Selon lui, l’augmentation de ce chiffre favoriserait même l’apparition de cancers du sein dus à une trop forte exposition aux œstrogènes. “Il considère que les femmes, qui, à l’époque, enchaînaient les grossesses et voyaient leur activité ovarienne bloquée, sécrétaient moins d’œstrogène que les femmes d’aujourd’hui. Étant donné qu’elles ne prenaient pas de contraception, elles ne recevaient pas non plus d’hormones présentes par exemple dans la pilule combinée”, résume Marie-Laure Brival. Cette théorie lui semble simpliste: “Le Dr Vignal n’évoque pas la sécrétion d’œstrogène du placenta au cours de la grossesse de la femme. Cet organe prend le relai des ovaires pour produire un tas d’hormones auxquelles les femmes restent donc exposées lorsqu’elles sont enceintes.” Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des Femmes de Saint-Denis, critique elle aussi le positionnement du Dr. Vignal en précisant qu’il n’existe pas de lien clairement établi entre la genèse du cancer du sein et le type d’œstrogène utilisé dans les pilules vendues en France. 

 

Rassurer les femmes grâce aux règles

Le cycle et les règles artificielles ont été mis en place pour rassurer les femmes. S’il y a bien une affirmation sur laquelle Élise Thiébaut, Marie-Laure Brival, Ghada Hatem-Gantzer et Philippe Vignal s’entendent, c’est celle-ci. “Les premières pilules créées étaient prises en continu et ne contenaient qu’un progestatif, relate Élise Thiébaut. Les femmes n’avaient plus leurs règles et avaient peur de tomber enceintes, d’autant plus que les effets secondaires étaient proches de ceux de la grossesse: prise de poids, baisse de la libido et gonflement des seins.” Pour cette raison, les chercheurs décident d’ajouter de l’œstrogène dans la formule initiale et d’instaurer une semaine de pause dans sa prise. Résultat: le cycle reproduit est proche du cycle naturel des femmes. “Une telle crainte peut paraître irrationnelle d’un point de vue scientifique, mais elle se justifie très bien si on se base sur l’expérience de ces femmes, tient à souligner Élise Thiébaut. De mères en filles, il était admis que l’arrêt des règles était synonyme de grossesse.

 

Ne plus avoir ses règles, c’est possible

Un peu plus de 50 ans plus tard, ces règles artificielles représentent un inconfort chez certaines femmes au point qu’elles décident de les interrompre. Parmi elles, Auriane, 29 ans, a toujours considéré les menstruations comme une “corvée” étant donné qu’elle ne désire pas avoir d’enfant. “Je ne voulais plus avoir de douleurs, devoir penser à racheter des tampons ou à laver les culottes quand le flux avait débordé durant la nuit, explique-t-elle. Je désirais aussi aller à la danse tranquillement, alors que les tampons empêchent de gainer le corps convenablement.” Comme elle, Hélène, 30 ans, a choisi de se débarrasser de règles “abondantes, longues et douloureuses”. Les deux femmes utilisent aujourd’hui une pilule progestative. Cette méthode contraceptive ne contient pas d’œstrogène et doit être prise en continu, sans période d’arrêt. L’hémorragie de privation et les règles “artificielles” n’apparaissent donc pas.

La pilule progestative est plus contraignante que la pilule combinée.

Ghada Hatem-Gantzer avance cependant quelques inconvénients à l’utilisation du comprimé: “La pilule progestative est plus contraignante que la pilule combinée car elle perd son efficacité si elle n’est pas prise à heure fixe et peut également être accompagnée de spotting, des saignements légers et imprévus.” La gynécologue évoque une deuxième option pour celles qui désirent ne plus avoir leurs règles: la pilule combinée en continu. Les spécialistes contactés nous l’ont affirmé: ne pas respecter la semaine d’arrêt ne présente pas de risque pour la santé des utilisatrices même si cela peut, là encore, entraîner du spotting. Comme troisième solution, la fondatrice de la Maison des Femmes de Saint-Denis suggère le stérilet Mirena: “Il n’y a pas de production d’endomètre et les femmes ne saignent pas ou très peu.” Comme pour celles qui prennent la pilule, rappelons que des risques d’effets indésirables existent avec cette méthode de contraception. Le tout est d’en être informée et de choisir en connaissance de cause.

 

“Nos corps ne sont pas des machines”

Se débarrasser de ses règles de façon permanente est loin d’être un désir partagé par toutes les femmes. Pour Louise, 25 ans, les règles font partie intégrante de sa féminité. “J’ai mes règles depuis l’adolescence, elles rythment ma vie de femme, raconte-t-elle. D’autant plus qu’elles me permettent d’avoir la certitude que je ne suis pas enceinte.” Les deux gynécologues Marie-Laure Brival et Ghada Hatem-Gantzer côtoient des femmes de tous milieux sociaux quotidiennement et affirment que la demande concernant l’arrêt volontaire des règles est marginale. “La plupart de mes patientes sont effrayées par l’idée de ne plus avoir leurs règles, soutient Ghada Hatem-Gantzer. Elles imaginent par manque d’information que les règles nettoient leurs corps et que si elles n’évacuent par leurs menstruations, elles s’entassent quelque part.” Élise Thiébaut complète en évoquant ces femmes qui “considèrent les règles comme partie intégrante de leur intimité et qui ont la sensation d’être en prise avec les cycles naturels”. Pousser les femmes à interrompre leurs règles parce qu’elles ne leur ‘servent pas’ lui pose problème: “Nos corps ne sont pas des machines, nous ne sommes pas des outils. Si on suit cette logique de suppression de ce qui est inutile, pourquoi ne pas proposer aux hommes de se faire stériliser? Après tout, on est déjà trop sur Terre.” 

Finalement, ce que les trois spécialistes interrogées prônent est le libre choix. Il est nécessaire que les femmes sachent que les règles sous pilule sont très différentes de celles qui surviennent sans méthode de contraception. Il leur faut également connaître la possibilité d’opter pour un moyen contraceptif qui leur permette de ne plus avoir de menstruations. En résumé, les femmes doivent être mieux informées sur le fonctionnement de leur corps, que ce soit grâce à l’école, aux consultations médicales, ou tout simplement à ce genre d’article. 

Margot Cherrid


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