société

Interview “Rêves” / Athina Marmorat

Avec Rêv’Elles, elle encourage les filles de quartiers populaires à voir leur carrière en grand

Athina Marmorat a monté le réseau féminin Rêv’Elles, qui met en relation des lycéennes de quartiers populaires avec des femmes modèles de réussite, pour les encourager à cultiver leur ambition professionnelle.
Athina Marmorat © Jérôme Cuenot pour Cheek Magazine
Athina Marmorat © Jérôme Cuenot pour Cheek Magazine

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J’ai eu la chance d’avoir un papa féministe, qui m’a toujours encouragée à voir grand, et je crois que cela a été ma plus grande opportunité dans la vie”, reconnaît Athina Marmorat, 38 ans, fondatrice de l’association Rêv’Elles. Ce réseau féminin a pour objectif d’élargir l’horizon professionnel de lycéennes vivant dans des quartiers populaires en leur offrant des role models qui n’existent pas nécessairement dans leur entourage. “En intervenant en ZEP sur des questions d’orientation, je me suis rendu compte que les jeunes filles rêvaient toutes de devenir puéricultrice ou assistante de direction, se souvient-elle. Des professions certes intéressantes, mais qui revenaient tout le temps, car c’étaient les seules que ces jeunes filles connaissaient et elles n’arrivaient pas à se projeter dans autre chose. Autour d’elles, il n’y avait pas de femme DRH ni consultante.”

La jeune femme, qui a commencé sa carrière dans le marketing après des études dans une école de commerce, nourrit alors l’idée de faire rencontrer à ces lycéennes, qui vont bientôt devoir choisir une orientation, des femmes exerçant toutes sortes de métier qui leur sont inconnus. Elle-même a toujours été poussée par ses parents venus de Tunisie, qui ont travaillé dur pour que leurs quatre enfants réussissent. “Mon père est arrivé en France à 19 ans et a commencé ses études tout en bossant le soir pour les payer et nous élever, raconte Athina Marmorat, admirative. Ma mère, elle, était la première femme de son village à faire des études.” Deux modèles qui l’ont toujours incitée à avoir de l’ambition, mais dont elle s’est rendu compte en grandissant qu’ils faisaient défaut à certaines de ses amies. “Je voyais bien qu’elles passaient à côté de leurs talents.”

“Rêver, c’est se fixer des objectifs, et donc passer à l’action.”

À l’heure où l’école est au centre des préoccupations et où l’ascenseur social est pour beaucoup resté bloqué au sous-sol, Rêv’Elles offre une fenêtre à de nombreuses jeunes filles, qui ressortent de leur passage à l’association avec des idées neuves en tête. Le principe de cette “orientation genrée” -selon les mots d’Athina Marmorat- née en avril 2013? Pendant les vacances scolaires, les 25 inscrites participent à des parcours d’une semaine au cours desquels elles découvrent des métiers, apprennent à prendre la parole et à pitcher un projet. Mais l’association va plus loin et propose ensuite aux stagiaires de passer une journée avec l’une des role models dans son entreprise. Le 12 mars prochain, aura également lieu un café Rêv’elles autour du docu Nos mères, nos daronnes et d’une discussion sur la transmission mère/fille. Mais pour l’heure, vacances scolaires obligent, un parcours est en train de s’achever à la Halle Pajol et les participantes pitcheront demain leur projet devant un jury féminin. Avant de récompenser ces jeunes filles pleines de rêves, Athina Marmorat nous a parlé des siens en répondant à notre interview “Rêves”.

À quoi rêvais-tu quand tu étais toi-même ado?

À 16 ans, je ne savais pas du tout ce que j’avais envie de faire, mais j’étais déjà très sensible à l’injustice sociale. Je ne l’acceptais pas. Je pense que si j’avais fait un parcours Rêv’Elles, j’aurais découvert plein de choses que je ne connaissais pas. Quand on est ado, on se cherche, et beaucoup des filles que nous voyons sur un parcours se remotivent pour avoir de bons résultats à l’école, après avoir compris les portes que cela peut ouvrir par la suite.

En quoi rêver peut-il aider à se révéler?

Rêver, c’est se fixer des objectifs, et donc passer à l’action. Je suis contente de montrer aux lycéennes que la plupart des rêves sont accessibles, il faut juste se bouger. Une des premières participantes nous a d’ailleurs remerciées de l’avoir autorisée à rêver.

Les femmes s’autorisent-elles à rêver autant que les hommes?

Disons qu’elles s’autocensurent davantage en général. Dans le boulot, un homme va toujours accepter une promotion et vérifier ensuite qu’il sait faire ce qu’on lui demande, tandis qu’une femme va sans cesse attendre d’avoir les compétences avant de se lancer. En ce qui me concerne, je me dis tout le temps qu’il faut savoir sortir de sa zone de confort et dire oui à tout, même quand on n’est pas sûre de ses capacités. Mon principe pour avancer: dès que tu as peur, tu dis oui! (Rires.)

“Quand on vient d’un milieu modeste, on rêve peut-être plus!”

Le meilleur moyen de réaliser son rêve professionnel?

En avançant pas à pas et en se fixant des objectifs atteignables. Et surtout, en se débarrassant de tous ceux qui te disent que tu es folle et que tu n’y arriveras jamais.

C’est quoi, une carrière de rêve?

Celle où tu mets tes talents en action et où tu n’as plus l’impression de travailler. Quand tes qualités, tes valeurs et tes passions se conjuguent et que tout se rejoint, tu ne peux que t’épanouir.

Rêve-t-on encore quand on grandit dans un quartier populaire?

Oui bien sûr. Quand on vient d’un milieu modeste, on rêve peut-être même plus! Encore faut-il avoir accès aux mêmes rêves. Par exemple, certaines filles de nos parcours prennent le métro seules pour la première fois quand elles viennent nous voir, et découvrent via Rêv’Elles un accès à la culture et à l’info qu’elles ne soupçonnaient pas. On leur propose l’égalité des rêves, ce qui est un premier pas vers l’égalité des chances.

Aujourd’hui, c’est quoi ton rêve?

Que notre réseau se développe dans toutes les villes de France et qu’il regroupe des milliers de personnes; j’aimerais construire un mouvement de filles qui en veulent.

Propos recueillis par Myriam Levain


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