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“Rien d’spécial”: un court métrage brillant dénonce les violences banalisées faites aux femmes

Le film a remporté le concours No Gynophobie organisé par l’association Ensemble contre la Gynophobie présidée par Lisa Azuelos. Rencontre avec Floriane Colas, la jeune réalisatrice féministe -et très prometteuse- de Rien d’spécial.
Floriane Colas, © Paul Julliot
Floriane Colas, © Paul Julliot

Floriane Colas, © Paul Julliot


Immersion dans la réalité de 7 filles d’aujourd’hui. Si vous trouvez qu’il n’y a rien de spécial, vous faites partie du problème.” C’est avec cette punchline que Floriane Colas introduit son court-métrage intitulé Rien d’spécial, grand gagnant de la deuxième édition du concours No Gynophobie. Dans sa vidéo, la réalisatrice de 24 ans met en lumière sept situations de violences faites aux femmes, du slut-shaming au revenge porn en passant par le harcèlement de rue. Le film choc reprend les codes du quotidien des jeunes, utilise Snapchat, évoque Instagram, la télé-réalité et donne au spectateur l’impression d’assister à un viol filmé via une webcam.

La compétition a été rude: une centaine de courts-métrages sont passés sous le regard expert de Lisa Azuelos, réalisatrice de LOL et Comme t’y es belle, et présidente de l’association Ensemble contre la Gynophobie, qui milite pour que “la moitié de l’humanité cesse d’être une minorité pour le bonheur de tous”. D’autres films ont été remarqués, comme le très touchant De Tous petits rien, dans lequel des femmes témoignent de la première fois où elles ont eu leurs règles ou encore celui de Nolwen Cosmao, lauréate du prix d’interprétation féminine pour Appartement n°4. Avant de remporter le concours, Floriane Colas s’était déjà lancée dans les vidéos féministes en créant une chaîne YouTube, Effy’s World, qui propose des portraits de femmes issues de minorités. Une idée qui lui vient à l’été 2016, au moment du débat sur le burkini: “Tout le monde parlait des femmes voilées, mais personne ne donnait la parole aux principales intéressées.” Rencontre.

 

Que souhaites-tu dénoncer avec ton film?

J’ai voulu faire réfléchir sur la banalisation de certaines violences faites aux femmes, celles qu’on juge moins grave que d’autres, celles que l’on a intériorisées. J’aborde les thèmes de la violence conjugale, du harcèlement de rue, du revenge porn, ou du slut-shaming quand, par exemple, une fille se fait juger sur sa manière de s’habiller ou sa sexualité. Je souligne également que les femmes en sont parfois aussi les auteures et que les violences sont souvent minimisées: ce n’est pas parce que l’une des personnages ne formule pas un “non” franc au moment de son agression que ce qu’elle subit n’est pas un viol.

 

Pourquoi as-tu utilisé le format webcam ou Snapchat pour certaines situations?

Je voulais que les spectateurs se reconnaissent dans la scène et qu’ils soient directement face au sujet pour qu’ils s’interrogent sur la gêne ressentie. Ce sont des situations qui arrivent au quotidien: tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son conjoint. Si nous n’avons pas directement vécu ces situations, c’est forcément arrivé à quelqu’un qu’on connaît de près ou de loin.

Ça t’est déjà arrivé de juger une femme sur la manière dont elle se comportait?

Oui, quand j’étais adolescente je n’y allais pas de main morte pour critiquer les autres filles. C’était une espèce de mélange entre le jugement, la jalousie et l’envie de plaire aux garçons. Et puis j’ai lu des livres, découvert des sites internet comme Madmoizelle, et je me suis forgée une éducation féministe pour en arriver à me dire qu’en tapant sur les autres filles, je mettais des barrières à toutes les femmes, moi comprise.

Le féminisme et la gynophobie, c’est quoi pour toi?

Être féministe c’est être pour l’égalité et prendre en compte la réflexion de femmes qui représentent des minorités. Concernant la gynophobie, le terme regroupe l’ensemble des violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques ou verbales, de l’excision au harcèlement de rue en passant par la différence de salaire ou encore le mariage forcé. Le machisme n’est pas puni par la loi et n’est pas considéré comme aussi grave que d’autres discriminations comme le racisme ou l’homophobie. En utilisant le mot gynophobie, Lisa Azuelos veut créer un mouvement pour réellement condamner et juger les violences faites aux femmes comme un délit grave.

Propos recueillis par Margot Cherrid


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Floriane Colas, © Paul Julliot - Cheek Magazine
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