société

L'interview “Fouteuse de merde” / Salhia Brakhlia

“Ça me semble normal de poser les questions que personne n'ose poser”

Cinq jours sur sept (ou presque), Salhia Brakhlia, journaliste au Petit Journal de Canal +, a pour habitude de poser -avec talent- les questions qui fâchent. Souvent, ce sont les politiques qui trinquent. L’occasion était donc toute trouvée pour la soumettre à une interview “Fouteuse de merde”. 
© Xavier Lahache / Canal+
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[Cet article a été initialement publié en février 2014]

C’est le poil à gratter des politiques. Celle que l’on évite -ou que l’on cherche à croiser pour les plus audacieux d’entre eux- quand on l’aperçoit dans la salle des Quatre Colonnes. Elle est de tous les meetings politiques, de toutes les universités des partis ou presque. Salhia Brakhlia, 27 ans, est cette journaliste-terreur qui pose les questions qu’une grande partie de ses confrères ne se risque même pas à murmurer dans son sommeil. C’est celle qui ose, toujours avec le sourire et le micro du Petit Journal tendu vers les bouches qui veulent bien se desserrer le temps d’une phrase ou deux.

Elle fait sortir Gérard Longuet de ses gonds et se fait blacklister des voeux à la presse du Front national.

Née à Condé-sur-l’Escaut, pas loin de Valenciennes, Salhia Brakhlia y a grandi avec ses parents, autrefois à la tête d’une entreprise de transports, aujourd’hui retraités. Après un deug de sciences politiques à la Sorbonne à Paris, l’étudiante intègre l’école de journalisme de Nice, y passe deux ans avant de décrocher un stage au Grand Journal. Elle y fait des fiches, “apprend énormément de choses” et bosse en parallèle en tant que JRI (Ndlr: Journaliste reporter d’images) pour le Petit journal. En juin 2007, elle rejoint l’équipe pour de bon. Depuis, elle fait sortir Gérard Longuet de ses gonds et se fait blacklister des voeux du Front national à la presse. Interview “Fouteuse de merde” avec cette joyeuse emmerdeuse cathodique, fort sympathique in real life. 

Est-ce que tu forces ton naturel ou tu es vraiment casse-couilles dans la vie? 

(Rires.) Il faut demander aux gens qui m’entourent. Oui, je suis peut-être un peu chiante. Mais dans le boulot, ça me semble normal de poser les questions que tout le monde se pose mais que personne n’ose poser. Et dans ma vie perso, je suis assez franche mais au point d’être relou, je ne sais pas… Il faut demander aux autres! 

Quel est le politique qui a le plus mal réagi à tes questions?

Je dirais que c’est Gérard Longuet. Je lui demandais si c’était foutu pour 2017 avec la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Et il m’a répondu: “Vous savez quoi, j’aurais préféré que ma fille soit prostituée plutôt que journaliste.” Ça n’a pas vraiment joué en sa faveur… Dans l’ensemble, il n’y a jamais de réponse trop violente car les politiques font attention à leur image. Ils peuvent être agacés et ils essaient de te faire une réponse pour que tu arrêtes de les faire chier…

Quel politique est-ce que tu aurais envie de faire pleurer?

Aucun! Je n’ai pas envie de faire pleurer les gens!

Quel est ton objectif ultime?

Demander au Pape s’il pourrait vendre le Vatican. 

Ça sert à quelque chose ce que tu fais?

Oui, sinon je ne le ferais pas. J’espère que ça aide les gens à réfléchir. On ne donne pas les réponses à tout mais on aide les gens à avoir un autre regard sur l’information. 

Quelle est la question que tu n’oserais jamais poser à un politique?

Une question sur la vie privée. Si j’avais dû interroger François Hollande après les révélations de Closer, je serais restée sur le côté politique. J’aurais évoqué les conséquences politiques du fait de ne plus avoir de première dame. 

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres gens que les politiques à aller titiller?

Disons que les politiques, c’est un bon terreau mais j’ai fait les handballeurs récemment. C’est différent, je ne procède pas de la même manière. 

Ton ambition, c’est d’anéantir la langue de bois?

C’est de montrer les techniques de communication des politiques. Ils en usent tous, à différents niveaux. Par rapport aux chaînes d’infos et aux JT, nous, on se décale un peu, on montre comment on en est arrivés là. On dévoile les coulisses en fait. 

Parfois, tu produis l’effet inverse, tu les humanises, non? 

Je ne suis pas là pour les diaboliser. L’idée, c’est de montrer l’envers du décor, je ne veux pas les casser à tout prix. Sinon, ils arrêteraient tous de nous répondre. Et puis, oui, on leur permet avec certaines questions de montrer certains traits de leurs personnalités. 

Ce que tu préfères dans ton job?

J’aime bien rencontrer de nouvelles personnalités, être là où ça se passe. C’est toujours frustrant de ne pas y être. Le problème, quand tu travailles au Petit Journal, c’est que tu ne regardes pas la télé de la même manière.  Tu regardes les petits détails. C’est une déformation professionnelle. 

Ce qui, au contraire, t’emmerde?

Le rythme est très soutenu, c’est l’actualité qui veut ça, tu ne t’arrêtes jamais.

Propos recueillis par Julia Tissier 


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