société

Sandrine Lecointe / “Interview Workaholic”

Sandrine Lecointe aide à reboiser Madagascar grâce à des cosmétiques naturels

La jeune entrepreneure franco-malgache a lancé Madagas’Care, une ligne de cosmétiques aux extraits de plantes de Madagascar qui réinvestit une partie des bénéfices dans la protection de l’environnement dans son île d’origine.
© Christophe Lautrec
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Un produit acheté = un arbre replanté”: c’est ce que promet Madagas’Care, la ligne de cosmétiques imaginée par Sandrine Lecointe qui propose une gamme de soins pour le visage et le corps avec des actifs issus de plantes malgaches (vanille, noix de coco, thé vert, ylang-ylang). Son credo? “Puisque la nature est généreuse, soyons généreux en retour. Cette marque éco-responsable reverse 5% de son chiffre d’affaires à la société malgache Alamanga pour la reforestation à Madagascar, ainsi qu’à l’association Sous le même ciel, également montée par Sandrine Lecointe, qui finance divers projets éducatifs et environnementaux en Afrique. Des initiatives qui commencent à porter leurs fruits, puisqu’en septembre 2017, 500 arbres sont en cours de plantation sur l’île d’origine de l’entrepreneure, où les dernières prévisions annoncent une disparition des forêts d’ici 50 à 80 ans. Enfin, la marque fait participer de petits producteurs locaux dans une démarche de commerce équitable, et met en avant sa faible empreinte écologique grâce à un packaging recyclable.

Le déclic? Une fracture au bassin pendant la grossesse de Sandrine Lecointe, et une rééducation difficile que les médicaments courants en France n’arrivaient pas à soulager. La jeune femme décide alors de partir à Madagascar, où elle se fait masser et soigner avec des huiles et des baumes extraits de plantes locales. En deux mois, elle commence à ressentir les effets bienfaiteurs de ces traitements naturels et rentre en France avec la volonté de partager ce savoir autour d’elle: “J’étais un vrai exemple qu’il n’y a pas que Nurofen et Voltaren dans la vie”, se souvient-elle. Elle a alors l’idée de lancer sa ligne de cosmétiques en mêlant à ce savoir-faire ancestral l’expertise d’un laboratoire français.

Ma plus grande crainte, c’est que mon fils de 4 ans ne connaisse pas les lémuriens et les baobabs qui sont pourtant emblématiques de Madagascar.

En 2014, après deux ans de formation acharnée en création d’entreprise et cosmétiques naturelles, la start-up peut se lancer. Sandrine Lecointe, qui a vécu vingt ans en Afrique (notamment au Congo et au Gabon), est issue d’une lignée d’entrepreneurs via son père et son grand-père; elle-même a déjà monté sa boîte au Congo, dix ans plus tôt, en créant des ateliers d’éveil artistique pour les enfants d’expatriés âgés de 2 à 6 ans. Alors, une fois qu’elle a défini son objectif -préserver l’environnement et participer à l’économie malgache- elle ne craint pas de se jeter à l’eau. Depuis, elle gère toute seule sa marque de cosmétiques, à laquelle elle voue toute son énergie. Elle a répondu à notre interview “Workaholic”.

À quand remontent les premiers symptômes de ton workaholisme?

Je dirais que ça a commencé quand j’ai monté ma première société au Congo, en 2004. 

La fois où tu as frôlé le burn out?

Il y a une fois où je me suis sentie très proche de tout arrêter parce que mes produits avaient pris du retard dans la fabrication. C’est le grand moment de panique où on se demande comment faire pour rattraper le coup. Mais en fait, il y a toujours une solution!

En quoi travailler est-il grisant?

Quand on se lève le matin et qu’on a une petite flamme au fond de soi: on se dit qu’on se lève parce qu’on a un but. Pour moi, ce but, c’est Madagascar: participer à l’économie, préserver la nature là-bas. La situation écologique y est affreuse, et ma plus grande crainte, c’est que mon fils de 4 ans ne connaisse pas les lémuriens et les baobabs qui sont pourtant emblématiques de ce pays. D’ici 50 à 80 ans, il n’y aura plus de forêts là-bas, donc plus d’habitat pour les lémuriens.

Ton truc pour avoir de l’endurance?

Le moindre mail positif, le moindre partenariat qui a été validé, ça me redonne de l’énergie. Le soutien des autres entrepreneurs est aussi capital: le fait de voir les autres avancer me redonne la niaque.

Quels sont les effets secondaires désagréables?

Combien de fois ai-je oublié mes clés sur la porte? (Rires.) J’ai parfois un niveau de fatigue tel que je ne sais même plus où j’habite.

La dernière fois que tu as fait une nuit blanche?

Jamais, j’ai besoin de dormir un peu quand même!

Ton anti-stress le plus efficace?

Mettre la musique à fond et me défouler dessus! Sinon, j’essaie d’aller à Madagascar le plus souvent possible: courir sur la plage, c’est un vrai bonheur et ça me manque ici, à Paris.

Ta façon d’appréhender la detox?

Jamais, je n’y arrive pas. Je me lève le matin pour Madagas’Care, je pense Madagas’Care tout le temps, je ne sais pas décrocher.

À long terme, envisages-tu de décrocher?

Je compte quand même décrocher à Noël, parce que je compte repartir là-bas pour les vacances, donc je pourrai enfin courir sur la plage!

Qu’est-ce qui te ferait arrêter?

Je n’y pense même pas! Il y a trop d’enjeux derrière, je ferai vraiment tout pour que ça marche. Je ne suis pas toute seule dans l’aventure, les producteurs à Madagascar comptent sur moi. Il y a des gens qui créent des boîtes pour les revendre, mais moi ce n’est pas du tout mon but. Ce que je souhaite, c’est faire découvrir la cosmétique naturelle, faire connaître et surtout aider Madagascar.

Propos recueillis par Sophie Kloetzli


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