société

Reportage

Ce week-end, on était au festival Sang Rancune, pour changer les règles!

Samedi au Point Éphémère à Paris, se tenait Sang Rancune, le premier festival sur les règles: des tables rondes et des ateliers pour inverser le paradigme et mettre fin aux tabous autour de la menstruation.
 La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”
La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”

La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”


En préambule, Fanny Godebarge, présidente de Cyclique, le site d’informations sur les règles à l’origine du festival Sang Rancune, prévient d’emblée: cette journée est consacrée aux “personnes menstruées” et pas seulement aux femmes. En effet, elles ne sont pas les seules à vivre ce que la moitié de l’humanité, y compris les personnes non-binaires et les hommes transsexuels, endure une semaine par mois, parfois plus, parfois moins: les règles. “Elles sont considérées comme relevant de la sphère de l’intime, c’est pour ça qu’on voulait prendre le contre-pied et en faire un événement grand public”, explique la trentenaire. L’an dernier, elle a initié le mouvement Clean your Cup, pour identifier tous les espaces publics où l’on peut nettoyer sa coupe menstruelle en toute discrétion. De cette envie est donc né un festival, pour dire haut et fort que, non seulement les personnes menstruées ont leurs règles, mais aussi pour évoquer les tabous qui entourent les problématiques qu’elles engendrent.

 

“On ne peut saigner nulle part”

Axelle de Sousa est bien placée pour en parler. Cette grande blonde aux cheveux courts a bravé le froid de ce samedi parisien pluvieux qui invite davantage à rester sous sa couette qu’à prendre le métro, pour parler protections périodiques, car elle a un message important à porter. SDF et atteinte d’un ménorragie qui la fait parfois saigner pendant un cycle entier, acheter des serviettes et tampons qui supportent son flux peut lui coûter jusque 70 euros par mois. Grâce à un réseau de proches solidaires, la jeune femme parvient à s’en procurer gratuitement, mais son exemple, espère t-elle, pointe une injustice financière que les femmes doivent supporter.

Par manque de moyens, elle se souvient du papier toilette mis en guise de protection périodique.

Dans les toilettes, le papier hygiénique est gratuit, pourquoi pas les protections périodiques? Pour moi, c’est la démonstration d’une inégalité qui profite encore aux hommes”, affirme-t-elle. Et à celles et ceux qui lui rétorquent qu’il existe maintenant des coupes menstruelles et des serviettes lavables, moins chères et plus écolos, elle répond que c’est difficilement possible quand on n’a pas de toit à soi. “Je suis hébergée chez des amis, je ne vais pas stériliser ma cup dans leurs casseroles”, justifie-t-elle. Par manque de moyens, elle se souvient du papier toilette mis en guise de protection périodique, et qui a fini roulé en boule, imbibé de sang, dans le pantalon: “Je ne souhaite ça à personne”, lâche t-elle avec un rire amer. Axelle de Sousa a donc lancé une pétition, Paye tes règles, pour demander la gratuité des protections périodiques pour les plus démunies, qu’elle espère porter jusqu’à Agnès Buzyn, la ministre de la Santé. Autre femme dans sa ligne de mire: Anne Hidalgo, la maire de Paris, critiquée pour avoir installé des urinoirs fleuris cet été dans la capitale. “On autorise les mecs à pisser partout et nous, on ne peut saigner nulle part”, conclut-elle.

 

 
 
 
 
 
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Collecte en cours à #SangRancune. Parlons règles et la lutte contre la précarité menstruelle ! 👊🏻 #regleselementaires #changerlesregles #endperiodpoverty #précaritémenstruelle #padparty

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“Aborder les règles sous un angle ludique”

D’autres femmes en ont gros sur le cœur, lorsqu’il s’agit d’évoquer leurs règles. Pour enfin balancer ce que la société demande aux personnes menstruées de taire, Nahia et Astrid, la vingtaine, entrent au Point Éphémère en saisissant un petit carton rouge, où elles peuvent confier leur ressenti sur leurs premières règles, leurs superstitions ou leurs douleurs liées à la menstruation, avant de les afficher sur un mur. “Un événement comme celui-ci fait écho à un discours que l’on retrouve sur les réseaux sociaux, où la parole s’est déjà libérée à propos des règles”, estime Nahia. Son amie ajoute que “c’est aussi l’occasion de les aborder sous un angle ludique et pas seulement médical ou sociologique”. De l’atelier pour apprendre à coudre sa serviette lavable au dj set en fin de soirée, parler des règles devient une fête.

 

“On ne peut pas parler gynécologie sans parler de la violence”

Mais Fanny Godebarge le rappelle, même si l’évènement est festif, “on n’est pas obligée d’aimer ses règles”: endométriose, ménorragie, protections périodiques coûteuses et toxiques, syndrome prémenstruel, etc., les raisons sont nombreuses. D’ailleurs, lors des tables rondes, la discussion tourne rapidement autour des violences obstétricales: que l’on aborde l’auto-gynécologie (pratique qui consiste à s’auto-examiner) ou la décolonisation de cette spécialité, ces idées surviennent en réaction à des soignant·e·s parfois sourd·e·s, voire maltraitant·e·s et dangereux·ses envers les femmes.

 

Si je laissais ma santé entre les mains d’hommes, blancs, cis et hétéros, je n’allais pas survivre.

On ne peut pas parler gynécologie sans parler de la violence envers les femmes menstruées et en premier lieu racisées”, explique ainsi Adiaratou Diarrassouba, du blog L’Afro. Atteinte d’adénomyose -endométriose interne à l’utérus-, Johanna Soraya Benamrouche, du collectif des Féministes contre le cyberharcèlement, dénonce de son côté des appels à l’aide ignorés par des médecins dès l’âge de 17 ans. Elle parvient à cette triste conclusion: “Si je laissais ma santé entre les mains d’hommes, blancs, cis et hétéros, je n’allais pas survivre.” Toutes dénoncent le “syndrome méditerranéen”, un stéréotype qui conduit à sous-estimer voire ignorer, la douleur, jugée exagérée, des personnes racisées. Et ce, alors que les femmes racisées sont plus sujettes à développer des maladies à cause de la “fatigue structurelle” qu’elles subissent en raison du racisme dans la société en général, et pendant du traitement qu’elles reçoivent lors de l’apparition de leurs règles, d’une grossesse ou de la ménopause, développe Johanna Soraya Benamrouche.

A l’heure du bilan, Fanny Godebarge estime que le festival a reçu au moins 1000 participant·e·s; elle aimerait renouveler l’expérience, certes, mais avec un peu plus de moyens, dès l’an prochain. Même si les marques ont suivi -l’évènement est notamment sponsorisé par une marque française de coupe menstruelle et une autre bien connue de produits solides et zéro-déchets-, toutes les organisatrices sont encore bénévoles “pour renverser la norme”.

Clara Baillot


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 La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine” - Cheek Magazine
La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”

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La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”

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La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”

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La table ronde intitulée “Décoloniser la gynécologie” © Clara Baillot pour “Cheek Magazine”

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