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La boxeuse Sarah Ourahmoune au centre d'un docu produit par Melissa Theuriau

Pendant 10 ans, Cédric Balaguier a suivi la championne de boxe Sarah Ourahmoune. Il en a tiré un documentaire produit par Mélissa Theuriau, qui sera diffusé dimanche 18 juin sur Canal+ à 20h50.
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S’il y a bien un documentaire à voir ce dimanche, c’est Sarah la combattante, diffusé à 20h50 sur Canal +, qui raconte le parcours exceptionnel de la boxeuse française Sarah Ourahmoune. Produit par Mélissa Theuriau et réalisé par Cédric Balaguier, qui l’a suivie pendant dix ans, il nous plonge dans 90 minutes de force, de combats, de réussites, d’échecs, d’acharnement et d’émotions. Sarah Ourahmoune n’est pas seulement vice championne olympique -elle a décroché l’argent aux JO de Rio l’année dernière-, elle est aussi et surtout un symbole. Elle est la première femme à avoir eu une licence française de boxe, elle est à ce titre la pionnière de la boxe féminine française. Dans un passage du film, son entraîneur Saïd Bennajem rappelle les préjugés qu’elle a dû affronter: “C’est la seule fille du club, et à l’époque on n’a que des gars un peu à l’ancienne où la femme est à la maison, fait des bébés, des enfants, à manger, le ménage, mais n’est surement pas dans une salle de boxe.  Dans ce documentaire, on découvre en effet un milieu particulièrement hostile aux femmes: “J’entendais des ‘Retourne dans ta cuisine’, témoigne Sarah Ourahmoune face à la caméra. Malgré tout, depuis son arrivée dans le club Boxing Beats d’Aubervilliers, elle a su prendre sa place, imposant avec elle le respect de la boxe féminine à tous les sceptiques.

Mais Sarah Ourahmoune ne se contente pas d’être une boxeuse hors pair: la sportive de 35 ans est aussi diplômée de Sciences Po Paris. Sans le vouloir, elle est une ambassadrice de cette jeunesse du 93 souvent dénigrée, marginalisée des grandes écoles et qui pourtant force les portes de la réussite malgré tout. En 2008, Sarah Ourahmoune intègre le cursus réservé aux sportifs de haut niveau et décroche son master communication dans la prestigieuse école parisienne, option qu’elle même n’avait jamais envisagée. “Quand on était au collège, pour nous, la réussite, c’était d’aller à la fac de Saint-Denis ou Bobigny, explique-t-elle à l’écran. Elle a également suivi le cursus Sciences Po entrepreneur, ce qui lui a permis de  développer son entreprise, Boxer Inside, qui utilise la boxe comme vecteur de développement personnel. Repoussant toujours plus loin ses limites, elle s’est rendue cette année à Harvard pour intervenir lors d’une conférence sur la diversité. En parallèle, elle a été nommée déléguée du gouvernement en Seine-Saint-Denis. Rien ne semble l’arrêter.

N’attendez pas qu’on vous fasse de la place, prenez-la.”

Du haut de son mettre cinquante-huit, elle dégage une force sereine et sans artifices. Un héritage qui lui vient en partie de sa mère, Zoubida Arabe, qu’on découvre dans le documentaire. Partie d’Algérie pour fuir un mariage arrangé, cette dernière s’est installée en France dans les années 70. Après avoir divorcé, elle a élevé seule ses six enfants en prenant soin de toujours les laisser s’épanouir dans les domaines qu’ils avaient choisis, aussi controversés ou effrayants soient-ils. Comme la boxe. Si Sarah Ourahmoune aime combattre, sa mère aussi a porté ses propres luttes: “Je tiens tête aux hommes de chez nous, lance Zoubida Arabe.

Au-delà des scènes de sport jalonnées sur dix ans, le documentaire nous offre des moments d’émotion au sein de cette famille soudée, avec une petite sœur joviale qui ne tarit pas d’éloges sur son aînée, une mère battante soutenant sa fille coûte que coûte, un père pudique mais fier, un mari dévoué à sa femme et à leur fille, et un entraîneur-père spirituel. Sarah Ourahmoune a déjà tout gagné, toutes catégories confondues. Selon son entraîneur, elle a, avant tout, “lancé un message aux femmes: On est capables. N’attendez pas qu’on vous fasse de la place, prenez-la. Vous êtes à votre place”. À deux jours de la diffusion de ce film à ne pas manquer, Sarah Ourahmoune répond à nos questions.

 

Qu’est-ce qui a été le plus dur en tant que première boxeuse en France?

Dans un premier temps, le plus difficile a été de convaincre ma mère qui était persuadée qu’on allait me défigurer, un peu à l’image de Rocky. Il a ensuite fallu faire face aux clichés sexistes mais aussi aux boxeurs et entraîneurs qui ne voyaient pas d’un bon œil une jeune fille sur un ring. Plus tard, c’est le regard des autres qui a été le plus compliqué, car après ma grossesse, très peu de personnes ont cru en mon projet olympique. On me disait très souvent que ça allait être compliqué parce que j’étais mère d’une fille de 6 mois, que j’avais 32 ans et que je n’avais plus boxé depuis deux ans. J’ai dû ignorer ces croyances limitatives pour avancer et tenter à tout prix de vivre ce rêve de médaille olympique que je portais depuis toute jeune. 

C’est quoi ton équilibre pour gérer vie professionnelle et vie de famille?

Je crois que c’est le fait d’impliquer pleinement mon mari, nous nous organisons chaque jour pour partager les tâches ménagères. Ma fille de 3 ans prend aussi beaucoup de plaisir à m’accompagner; il y a quelques jours j’étais sur la scène du Sénat pour remettre les Prix éthique et sport scolaire à des collégiens, elle m’a rejoint sur scène pour faire ses coloriages. Et c’est vrai que j’ai la chance d’avoir monté mon entreprise avec mon compagnon, ça m’offre la liberté de gérer seule mon emploi du temps et de bloquer des créneaux réservés à ma famille et à mes activités persos. 

Ta mère a aussi porté ses propres combats, être une battante c’est une histoire de famille?

Ma mère s’est beaucoup battue contre les coutumes. Elle a fui l’Algérie pour éviter le mariage et poursuivre ses études. C’était très mal vu dans son petit village de Hammam Bou Hadjar, où les jeunes filles se mariaient après l’obtention du certificat d’études. Elle a dû ensuite se battre pour trouver un travail en arrivant en France, elle s’appelle Zoubida Arabe, inutile de vous expliquer les difficultés qu’elle a rencontrées…

Un conseil aux jeunes qui veulent, comme toi, se lancer dans un domaine où on ne leur fait pas de place?

Ma philosophie: ne se poser aucune limite. Tout tenter. Quand j’ai envie de me lancer dans un projet ou un défi, je relativise la possibilité d’échouer, car l’échec est formateur et quoi qu’il arrive, le chemin pour arriver à son but est toujours rempli de surprises. Donc oser, oser, oser sans s’autocensurer. 

Propos recueillis par Samia Kidari


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