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Violée, elle raconte tout de son absurde sentiment de culpabilité

Si vous ne deviez voir qu’une seule vidéo aujourd’hui, ce serait celle-ci.


“Mes amis vous diront que j’adore danser, dépense beaucoup trop d’argent dans la bouffe, et suis absolument accro à mon iPhone. Ce qu’ils ne vous diront certainement pas, c’est que j’ai été violée pendant ma première année à l’université. Parce que la plupart d’entre eux l’ignorent, vous voyez, il m’a fallu beaucoup de temps pour réaliser ce qui s’était passé, et encore plus longtemps pour intégrer le fait que je n’avais rien fait pour le mériter. En fait, il m’a fallu presque quatre ans, un diagnostic: troubles de stress post-traumatique, une dépression, et trois thérapeutes différents pour que je puisse dire avec conviction que ce qu’il s’était passé ce soir là n’était pas de ma faute. 

Ce qui a été particulièrement difficile pour moi à gérer, ce sont mes propres questions: pourquoi n’ai-je pas crié, pris mes jambes à mon cou? Je veux dire, j’avais pourtant été claire comme de l’eau de roche, et expressive, à propos du fait que je n’avais pas envie de coucher avec ce type. Il s’avère que lorsqu’on vous parle de la réponse combat-fuite, on oublie souvent de mentionner la troisième réaction physiologique à une attaque: on reste figée. Cela s’appelle l’immobilité tonique, et nous n’avons absolument aucun contrôle là-dessus. Je veux dire, cela a un sens. On détermine les risques, et on décide que faire le mort est l’option la plus sûre. Dans les faits, des études montrent que 37 à 52 % des survivants aux agressions sexuelles parlent d’un sentiment de paralysie. J’aurais aimé savoir cela lorsque je me reprochais sans cesse de ne pas avoir empêché mon viol. 

Lorsque ma thérapie touchait à sa fin, j’ai réalisé que j’étais très attachée à cette culpabilité. Cela a été incroyablement dur d’admettre que ça n’était pas de ma faute si j’avais été violée, même si j’étais bourrée, même si j’avais confiance en lui, même si je l’avais trouvé sexy, à la base. Je pense que c’est parce que généralement, on vit selon l’hypothèse que si l’on fait de bonnes choses, de bonnes choses nous arriveront. Et je n’avais pourtant rien fait de mal. On appelle cela la théorie des hypothèses brisées (Ndlr: théorie développée par Ronnie Janoff-Bulman, professeure de psychologie à l’université de Massachusetts, en 1922) et c’est une autre racine commune du sentiment de culpabilité après une agression sexuelle. Le monde n’est plus un endroit juste, et plus rien n’est sacré. C’est très effrayant. 

Mais vous savez ce qui est encore plus effrayant? Ces amis à qui j’ai fini par parler de mon viol: presque chacun d’entre eux ont expérimenté quelque chose de similaire. Ceci n’est pas une exagération. Certains ont été agressés par des amis, leur petit ami, ou quelqu’un en position d’autorité. Aucun d’entre eux n’a jamais porté plainte, et très peu ont suivi une thérapie. Il est très choquant de réaliser que la plupart des femmes, sans parler des hommes, ressentent encore trop de culpabilité et de honte pour parler de leurs traumatismes. Moi, je ne suis plus honteuse, et aucun autre survivant ne devrait l’être.”

Sheeva Weil a été violée durant sa première année à l’université. Aujourd’hui remise de cette expérience douloureuse, et en voie de passer un master en psychologie des traumatismes, elle prend la parole dans l’une des vidéos “Opinion Weekly” du site The Guardian, réalisée par Leah Green et Pascal Wyse. 

Zisla Tortello


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