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Dossier Femmes et pouvoir / En partenariat avec le CFPJ

Que reste-t-il en nous de Simone Veil?

Elle a marqué l’histoire en dépénalisant l’avortement en France. 41 ans après son discours historique du 17 janvier 1975 à l’Assemblée Nationale, que reste-t-il en nous de Simone Veil?
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Les années passent et Simone Veil demeure invariablement l’une des personnalités préférées des Français. On ne s’en étonne même plus, mais en discutant en conférence de rédaction, on s’est posé cette question: inspire-t-elle encore les moins de 30 ans? Pour y répondre, on est allées interroger des étudiantes et des jeunes actives devant la Sorbonne, dans le 5ème arrondissement de Paris. “Simone Veil? Ça ne me dit rien”, répond Laura, entourée de ses collègues de travail, Julie et Miriem, muettes, elles aussi, devant la question. Noémie, 25 ans, en master d’anglais sèche également: “Ça ne me parle pas du tout.” Mélissa, 22 ans, suit un cursus d’études politiques et peine à s’y retrouver: “Je pense aux deux Simone (Ndlr: Veil et Weil), mais après je ne peux pas trop vous en dire plus sur ces femmes.

Si la loi historique autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) parle à tout le monde, lorsqu’on évoque Simone Veil, la génération Y voit flou. Tristesse. Seules Sophia et Eva, étudiantes en droit, ont une idée précise. Pour la première: “Simone Veil? Eh bien, c’est une grande figure dans l’histoire de l’émancipation des femmes, c’est un pilier.” Et la seconde de renchérir: “C’est une femme extraordinaire, parce que l’IVG était une nécessité totale. Elle était obstinée. Mes parents disent que je le suis aussi. Quand je dois défendre quelque chose, je le fais corps et âme.”

Il y a 41 ans, devant “une assemblée composée presque exclusivement d’hommes”, selon ses propres termes, Simone Veil prononçait son discours à l’Assemblée nationale, dépénalisant ainsi l’avortement. Si les femmes de notre génération sont libres de devenir mères ou non, aujourd’hui, c’est à elle qu’elles le doivent.

 

Une femme libre

Marquée depuis l’enfance par le refus de son père André de voir sa femme Yvonne travailler, la petite Simone Jacob se fait la promesse de ne pas embrasser le même parcours que sa mère. Quand, après la naissance de son troisième fils, Pierre-François, elle veut devenir avocate, son mari Antoine Veil refuse. Elle insiste. Ils trouvent un compromis: elle sera magistrate. En 1974, Simone Veil devient ministre de la santé dans le gouvernement Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. C’est une première sous la Vème République: jusqu’ici, aucune femme n’a exercé les fonctions de ministre de plein exercice.

“Il y a une forme de résistance chez Simone Veil. Elle ne renonce jamais.”

Simone Veil a déjà cette allure stricte, que nous lui connaissons tous, chignon serré et tailleur Chanel. Une image rassurante, celle d’épouse et de mère. Mais derrière cette façade, il y a un être épris de liberté. Dotée d’une force de caractère inouïe, Simone Veil, insoumise et indépendante, défend la loi IVG avec autorité. “On ne se rend pas compte à quel point ce combat fut difficile, elle a reçu de nombreuses lettres d’insultes”, explique Sarah Briand, auteure de Simone, éternelle rebelle.

Au sein même de l’Assemblée, les attaques sont violentes. Hector Rolland lui reproche “le choix d’un génocide”, quand Jean-Marie Daillet évoque des embryons “jetés au four crématoire”. Tous deux semblent ignorer que la femme à qui ils s’adressent fait partie des 2500 rescapés d’Auschwitz sur 75 000 Juifs de France déportés. “C’est une combattante. Il y a une forme de résistance chez Simone Veil. Elle ne renonce jamais. C’était le cas à Auschwitz, mais ça l’a aussi été pour la loi IVG et ensuite dans son combat pour l’Europe”, analyse Sarah Briand. Un sentiment partagé par ceux qui lui sont le plus proches, comme Déborah Veil, sa petite-fille de 29 ans: “Le courage est le fil conducteur de sa vie, malgré les drames qui l’ont jalonnée.

 

Le gène Veil dans l’ADN de la génération Y

Simone Veil est une irrévérencieuse qui, dans sa vie publique comme privée, n’a jamais transigé sur la cause des femmes. “Le meilleur conseil qu’elle m’ait donné, c’est celui d’être libre et indépendante”, raconte Déborah Veil qui se souvient d’une anecdote: “J’étais en prépa et je voulais arrêter pour faire du droit. Elle a été la seule à m’encourager lorsque j’ai voulu changer de cursus. Elle voulait que je sois heureuse.

C’est exactement avec la même hardiesse que l’ex-ministre avait défendu l’émancipation féminine en 1974. Depuis, le gène Veil s’appelle liberté. Et il est profondément inscrit dans l’ADN de la génération Y. Pourtant, ce droit si précieux de pouvoir devenir mère ou non ferait-il naître une forme d’insouciance chez les jeunes femmes? Y aurait-il confusion entre liberté et irresponsabilité? “Quand j’entends des filles qui prennent leur contraception par dessus la jambe, je me dis qu’elles n’ont vraiment pas conscience de ce que ça a été de se battre pour l’avortement. On est nées avec, alors on dédramatise”, déplore Déborah Veil.

 

Génération impudique

Sa pudeur, certainement constitutive de son aura, semble également totalement anachronique à l’ère de la mise en scène de soi. En dépit des blessures et des drames qui l’ont touchée, Simone Veil n’a cessé de faire preuve de résilience. Ne pas s’épancher, ne pas jouer la carte de la victime, rester digne et forte: cette élégance paraît désormais surannée et explique sans doute l’attachement que lui portent les Français.

Le risque, c’est de se reposer sur des acquis alors que le combat continue.

Aujourd’hui, on est dans le mécanisme inverse, observe Sarah Briand. Il y a une impudeur caractéristique de notre société. On s’étale sur les réseaux sociaux. La pudeur et la rigueur, oui, c’est peut-être quelque chose qui manque aux hommes et aux femmes politiques d’aujourd’hui, et à toute la société en général”. À chaque époque ses mœurs, pourrions-nous répondre. Mais au-delà de la liberté largement acquise, l’exigence de Simone Veil reste un exemple à suivre. Elle a ouvert la voie. C’est maintenant au tour de la génération Y de prendre la relève. Parce que “le risque, sinon, c’est de se reposer sur des acquis alors que le combat continue”, souligne Sarah Briand.

Finalement, ce que nous aimons le plus chez elle, nous ne pourrions mieux le dire que Jean d’Ormesson lors de son discours de réception à l’Académie française le 18 mars 2010: “Avec une rigueur à toute épreuve, vous êtes, en vérité, une éternelle rebelle.

Marine David


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