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Léa Domenach démonte les stéréotypes de genre à travers un webdoc passionnant

Dans L’École du genre, le webdoc qu’elle a coréalisé, Léa Domenach nous balade dans les différentes étapes de notre vie en déconstruisant tous les stéréotypes de genre. Rencontre.
© Thomas Kelly
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Qu’est-ce qui un jour a fait de nous des filles ou des garçons? C’est la vaste question à laquelle le webdoc L’École du genre tente de répondre. Que ce soit à l’école, à la télé, au boulot ou en famille, la société dans laquelle nous vivons est remplie de stéréotypes qui assignent dès l’enfance chaque sexe à des rôles et des comportements. Mais les filles sont-elles vraiment plus calmes que les garçons? Et ces derniers sont-ils réellement plus casse-cou? L’École du genre  nous promène du ventre d’une mère à l’école primaire, en passant par les cours de récré des lycées et les salles de sport, dans toutes des écoles qui façonnent le genre.

Le documentaire, réalisé par Léa Domenach, trentenaire et sans enfants, et Jean-Paul Guirado, la cinquantaine et quatre enfants, nous enseigne, sans nous faire la leçon, comment nos vies sont conditionnées depuis toujours par notre sexe. L’idée de ce film est venue de Brigitte Laloupe, auteure du blog féministe Olympe et le plafond de verre. Elle se lance dans l’écriture du film en pleine Manif pour tous, avec le soutien de la productrice Marie-Agnès Azuelos. Léa Domenach rejoint le projet il y a deux ans, après avoir fait des études de philo à la Sorbonne et d’audiovisuel à Columbia à New York. Objectif de l’équipe? Déconstruire les stéréotypes à travers des témoignages de parents, d’enfants, d’adolescents et de spécialistes tels que le sociologue Éric Macé, ou la psychologue Véronique Rouyer.

Le genre est un sujet tabou, dès qu’on en parle, ça explose, ça touche les gens dans leur essence.

Si Léa Domenach se dit très satisfaite du documentaire qui sera diffusé dans de nombreuses écoles dès la rentrée, elle regrette néanmoins l’absence à l’écran d’adolescents issus des quartiers défavorisés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. En banlieue parisienne, les professeurs étaient d’accord pour participer, les élèves avaient même travaillés en amont sur le sujet, mais le rectorat a refusé, sans s’expliquer, de laisser entrer des caméras dans des lycées dits “difficiles”, qui plus est pour parler d’un sujet délicat: le sexe. La réalisatrice déplore ce manque de volonté politique. Pourtant, dans ce documentaire, rien de choquant. Défilent à l’écran les stéréotypes qui nous écrasent tous, que l’on soit fille, garçon ou transgenre, tous les jours, sans même que nous nous en rendions compte. Un éclairage didactique sur des questions qui se retrouvent régulièrement au cœur de l’actualité ces dernières années. On a profité de notre rencontre avec Léa Domenach pour revenir aux fondamentaux et décortiquer le concept de genre. Interview.

Pourquoi as-tu décidé de faire un webdoc sur le genre?

Je me suis rendu compte que les gens ne savaient pas vraiment ce que c’était. Le terme reste confus et suscite de vives polémiques. C’est un sujet tabou, dès qu’on en parle, ça explose, ça touche les gens dans leur essence. On voulait simplement en parler de façon très pédagogique.

Quelle serait ta définition du genre?

Le genre sert à expliquer ce qui, socialement, nous définit comme fille ou garçon. Les Américains disposent d’une littérature riche sur le genre grâce aux gender studies, que nous n’avons pas en France. Ce terme a été fourvoyé par les détracteurs du mariage pour tous et des ABCD de l’égalité (Ndlr: le programme a été abandonné suite à une violente polémique), qui ont créé l’expression “théorie du genre”. Il n’y a pas de “théorie du genre”. C’est une minorité qui a créé ce terme et détourné le sens initial du mot, à tel point qu’il y a eu une cristallisation autour de ces mots, qui nous empêche de parler du genre. Ces gens ont confisqué un terme, je trouve ça insupportable.

 

Est-ce que la connotation péjorative du mot “genre” a posé problème pendant le tournage?

Totalement! Quand on faisait des demandes d’interviews dans les écoles ou chez les parents, on prononçait “L’École du genre” et les gens refusaient, ils ne voulaient pas avoir de problèmes, nous disaient-ils. Puis, on revenait avec le même projet sauf qu’on appelait ça “Éducation et stéréotypes”, et là les gens disaient trouver ça formidable.

Pourtant, vous avez gardé le titre de L’École du genre

On s’est posé la question de savoir si on allait avoir des problèmes avec ce titre, si on devait en changer. Et puis on a décidé que non, il n’y a pas de raison pour que le terme devienne tabou et reste l’exclusivité d’une minorité rétrograde.

Du sexisme, il y en a tous les jours à la télévision, ça fait partie de ce qui nous conditionne.

Comment peut-on se réapproprier le terme de “genre” de manière positive?

Il ne faut pas avoir peur d’en parler, de dire ce qu’on pense, de l’utiliser et de rappeler ce que c’est. La gauche a complètement perdu là-dessus. L’abandon des ABCD de l’égalité a été une connerie sans nom. Il faut savoir taper du poing sur la table et nommer les choses.

Estimes-tu que c’est un sujet qui est mal traité par les médias?

Les médias n’en parlent pas assez et ils ne font pas l’effort, surtout à la télévision, de traiter les femmes et les hommes de la même façon. On ne prête même pas attention à certaines petites choses, comme le fait de nommer les femmes par leur prénom. Ça a fait polémique quand la remplaçante de Léa Salamé, Vanessa Burggraf a été appelée seulement Vanessa. Mais du sexisme, il y en a tous les jours à la télévision, ça fait partie de ce qui nous conditionne.

 

Et toi, considères-tu avoir été élevée à l’école du genre?

Complètement. J’ai des stéréotypes qui sont ancrés et pourtant, j’ai une mère ultra féministe et mon père est un ancien soixante-huitard. Mais on est tous rattrapés par les clichés. Quand je relis les livres que je lisais petite, je me rends compte à quel point ils sont d’un machisme monstrueux. On apprend aux petites filles à passer derrière, à attendre, à nettoyer la maison et à faire la cuisine.

Une société non sexiste arrêterait de dénigrer le féminin et de valoriser tout ce qui est l’apanage d’un homme.

Penses-tu que la génération Y est en train de s’affranchir de tous ces préjugés sur le genre?

Nous, on est la génération d’après les féministes des années 70 qui ont bénéficié d’un certain élan dont elles se satisfaisaient; elles ont pu travailler et avorter, c’étaient des luttes fondamentales et heureusement qu’elles se sont battues. Mais nous, on en veut davantage. Malheureusement, ça ne va pas en s’arrangeant, avec la mouvance de la Manif pour tous ou la poussée de l’islam radical, on a l’impression de revenir cent ans en arrière. Surtout, je me rends compte à 30 ans à quel point j’aurai toujours dix ans de retard sur les mecs. Malgré mon expérience, le fait que je sois une femme me fait clairement perdre dix ans, et c’est valable dans tous les domaines, mes copines aussi le sentent, elles sont bloquées parce qu’elles sont des filles. Et ça c’est insupportable.

Pour toi, une société non sexiste, ce serait quoi?

Ce serait une société où je pourrais faire ce que je veux sans toujours penser à mon sexe. Ni à comment je vais m’habiller, ni à ce que je vais représenter par rapport à l’autre en étant une femme. Je ne crois pas qu’un mec se demande s’il met une jupe ou pas et comment il va rentrer le soir. Mais avant tout, une société non sexiste, ce serait une société non homophobe, où l’insulte principale pour un mec ne serait plus “sale pédé”. Un monde qui arrêterait de dénigrer le féminin et de valoriser tout ce qui est l’apanage d’un homme: ça, ce serait une société non sexiste.

Propos recueillis par Virginie Cresci


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© Thomas Kelly - Cheek Magazine
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Si vous ne deviez regarder qu’une vidéo aujourd’hui, ce serait cette émission de L’Œil et la main, diffusée sur France 5, sur les difficultés rencontrées par les femmes sourdes victimes de cette maladie, et leur manque d’accès à l’information.
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