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Cette jeune surfeuse a lancé “Allons Rider”, un site de glisse féministe

À 23 ans, Manon Lanza a lancé avec son partenaire Fred Lecoq le site Allons Rider, qui veut en finir avec le cliché de la surfeuse sexy à tout prix. 
Manon Lanza © Thomas Aulagner
Manon Lanza © Thomas Aulagner

Manon Lanza © Thomas Aulagner


Elle donne rendez-vous face à l’océan et déboule les cheveux encore humides de la session du matin: Manon Lanza, cofondatrice du site Allonsrider.fr, a tout d’une locale. Sur la Côte basque, où nous la rencontrons, la jeune femme de 23 ans n’a pourtant débarqué qu’il y a deux ans. Originaire de Lille, elle a atterri à Anglet, spot bien connu des surfeurs du monde entier, à la faveur d’un stage chez Volcom, puis d’un job de graphiste chez Quiksilver

Passionnée de surf -un sport qu’elle a débuté il y a seulement quatre ans-, Manon Lanza a d’abord lancé une page Facebook dédiée à la glisse féminine alors qu’elle vivait encore à Lille. Puis c’est à Anglet, sur une plage, qu’Allons Rider a pris forme, quand Manon Lanza a rencontré Frédéric Lecoq, aujourd’hui son associé au sein du site: “On sortait de l’eau et il m’a dit qu’il y avait un truc à faire avec ma page. Il m’a proposé de monter un site et c’était parti”, explique cette surfeuse à la sensibilité féministe, qui voulait créer non pas “un site dédié aux femmes, mais un site qui montre ce que les femmes savent faire”. 

Le stéréotype de la surfeuse, c’est ‘montre ton cul, sois belle et tais-toi’.”

Après un an d’existence, Allons Rider revendique plusieurs milliers de visiteurs uniques par jour et une communauté proche de la parité, composée de 55% de femmes et de 45% d’hommes. On y trouve des articles au ton volontairement décalé et provocateur, comme Pas de bras, pas de surf, pour parler de la surfeuse hawaïenne Bethany Hamilton qui s’est fait croquer par un requin, ou Je suis ronde, je déteste le yoga et je surfe. Et alors?, pour dénoncer la dictature des surfeuses sveltes et healthy. Ce dernier stéréotype, alimenté par une presse et des sponsors sexistes, est précisément ce contre quoi Allons Rider a décidé de lutter. Par ailleurs, dans leur volonté de mettre en avant des femmes méconnues, Manon Lanza et Frédéric Lecoq ont lancé une campagne de crowdfunding sur le site Ekosea, afin de réaliser un documentaire sur les surfeuses tahitiennes. Rencontre avec Manon Lanza. 

 

D’où vient l’idée d’Allons Rider?

On est partis du constat que les mecs prennent toute la place dans le milieu de la glisse, et qu’on entend très peu parler des nanas. Les médias spécialisés sont très focus sur les hommes: la seule présence féminine qu’on trouve dans les pages des magazines de surf, ce sont des fesses. Le stéréotype de la surfeuse, c’est “montre ton cul, sois belle et tais-toi”. Pourtant, les femmes qui font des sports de glisse envoient aussi du lourd sur les spots, que ce soit en skate, en snow ou en surf. D’autre part, on a voulu créer un site différent des sites de surf féminins existants, comme Surf Girl, qui s’attarde beaucoup sur les dernières combinaisons à la mode. Aucun site ne met en avant les nanas pour montrer ce qu’elles savent faire vraiment, c’est ce créneau-là qu’on veut occuper. 

À l’occasion du Quiksilver Pro France 2016, vous avez justement publié un article qui montrait le désintérêt flagrant des médias  pour le surf féminin… 

Après avoir passé une semaine sur cette compétition, on a constaté que le village pro était blindé de journalistes pour rencontrer les mecs, mais qu’il n’y avait personne pour les nanas. Du coup, je suis allée voir les journalistes et je leur ai demandé pourquoi ils étaient autant concentrés sur les hommes: était-ce une demande de leur hiérarchie? Ou eux-mêmes trouvaient-ils ça plus intéressant? Ils m’ont tous répondu qu’ils étaient guidés par l’audimat, et que le grand public ne s’intéressait pas au surf féminin.

La tendance, c’est de montrer ses fesses pour avoir plus de followers et donc, plus de sponsors.

À ton avis, pourquoi?

Car les nanas sont tellement peu mises en avant que le grand public ne les connaît pas! La World Surf League (WSL), envoie les mecs à l’eau quand les conditions sont bonnes et, dès que le vent tourne et que les vagues deviennent un peu plus molles, moins sympa à surfer, ils balancent les nanas. 

L’année dernière, la surfeuse Pauline Ado a publié une vidéo qui a fait parler d’elle (à voir ci-dessous), où elle disait son refus de jouer la carte sexy. Il y a un sentiment de ras-le-bol chez les surfeuses?

Oui, clairement. Le problème maintenant, c’est que pour gagner ta vie en tant que pro, tu es obligée d’être super visible sur les réseaux sociaux. La tendance, c’est de montrer ses fesses pour avoir plus de followers et donc, plus de sponsors. Cela a créé un engouement autour de la surfeuse en string qui pose sur la plage. Et les surfeuses qui surfent vraiment, ça commence à les énerver de voir ça.

Parce que celles qui montrent leurs fesses sur Instagram ne surfent pas vraiment?

Souvent, non. Tu sais, le surf, c’est classe: c’est la classe de se balader avec une board, d’avoir le bon style, les cheveux blondis par l’océan et le teint halé. Plein de nanas s’engouffrent là-dedans et se donnent un style, sans surfer pour autant.

 

 

Le surf vient d’être admis parmi les nouveaux sports pour les JO de 2020 à Tokyo. Tu penses que c’est un espoir pour les femmes?

Oui, car les JO intéressent le grand public et que ce dernier pourra enfin voir les femmes surfer.

Ton partenaire au sein d’Allons Rider est un homme. Lui aussi est sensible à cette cause?

Oui, très. Pour lui, c’est tellement plus beau de voir une nana surfer que de voir une nana qui montre ses fesses! Et je trouve super d’avoir un mec avec moi car comme ça, il n’y a pas d’ambiguïté, on ne pourra pas dire que c’est un truc de nanas contre les mecs. Fred pense vraiment comme une féministe, il trouve des idées de sujets ou de vidéos qui sont totalement raccord avec notre ligne éditoriale. Il faut des hommes qui défendent la cause des femmes, c’est important.

 

Manon Lanza et Fred Lecoq Allons Rider surf © Leo Maigret

Manon Lanza et Fred Lecoq © Leo Maigret

Vous avez le projet de tourner un film à Tahiti l’an prochain. Peux-tu m’en dire plus?

À force de faire des interviews et des reportages, on s’est rendu compte que personne ne pouvait nous citer une surfeuse tahitienne. Alors que Tahiti est un spot de surf mondialement connu. On veut aller à la rencontre de ces nanas dont personne ne parle mais qui ont pourtant un réel talent, et les faire découvrir à la terre entière. Par exemple, on a rencontré ici une petite surfeuse tahitienne de 11 ans qui s’appelle Aelan Vaast. Cette gamine est hyper talentueuse. Dans sa famille, son papa et ses deux frères surfent. L’aîné est sponsorisé par Quiksilver, et elle évolue totalement dans son ombre. La gamine surfe sur des gros spots à Tahiti et il n’y avait aucune vidéo d’elle sur Internet. Du coup, on a décidé d’en faire une: son père l’a filmée quand ils sont retournés à Tahiti, et nous a envoyé les rushes qu’on a montés avec notre interview. Le but, c’est de faire la même chose avec plein d’autres surfeuses.

 

 

Mais Allons Rider, ce n’est pas que du surf, n’est-ce pas?

Non, en effet. On est très orienté surf en ce moment car on habite à Anglet, alors c’est plus facile, mais l’hiver arrive, donc c’est bientôt l’heure du snow et du ski.

Il y a aussi un problème de représentation féminine dans ces disciplines-là?

Il y a moins le problème de montrer ses fesses, puisque ces sports ne se pratiquent pas en maillot, mais il y a le même problème en termes de médiatisation des femmes.

La forte tendance actuelle au bien-être et au sport est-elle un espoir pour les femmes sportives? Si les marques se mettent à développer des lignes grand public pour femmes, il y aura peut-être plus d’argent et donc, plus de visibilité à la clef?

Peut-être. On voit notamment Roxy développer tout une gamme autour du yoga, du bien-être et du running. Ils ont lancé un événement, le Roxy Fitness, et ça marche vachement, les nanas sont à fond. Désormais, ce n’est plus juste le surf, c’est tout le lifestyle qu’il y a autour: manger sainement, prendre soin de son corps. Il y a l’avant et l’après session de surf, autour de laquelle ils ont créé tout un univers. Mais ils ne font pas ça pour les hommes.

On ne montre jamais les femmes en train de surfer.

Donc, encore une fois, on détourne quand même les femmes du vrai propos, celui d’aller dans les vagues et de surfer… 

Absolument. On ne montre jamais les femmes en train de surfer. Cette année, quand j’étais encore chez Quiksilver, j’ai réalisé l’agenda Roxy. J’ai regardé celui de l’année dernière pour voir ce qu’ils avaient fait, et je n’ai vu que des photos de femmes allongées sur leur planche en mode calamar. Alors que lorsque tu regardes l’agenda des mecs, ils sont tous en train de lancer des airs (Ndlr: figure de surf, aussi appelée Aerial), de faire des tubes, ils surfent quoi! Du coup, cette année, j’ai mis plein de photos d’action dans l’agenda Roxy. Et finalement, à force de défendre mon truc, ma hiérarchie a fini par être d’accord et m’encourager dans cette voie. Tout ça avance pas à pas mais, si on est nombreuses à penser comme ça et à agir, on finira par faire bouger les choses.

Ici sur la Côte basque, vous êtes nombreuses à penser comme ça?

Oui, plein. J’appartiens moi-même à trois ou quatre groupes de femmes surfeuses différents. On s’envoie les spots en photo, on se rejoint pour surfer quand on a trouvé le spot parfait… Les nanas ont envie de surfer entre elles, il y en a marre des mecs qui taxent toutes les vagues!

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski, à Anglet 


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Manon Lanza © Thomas Aulagner - Cheek Magazine
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