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Elle a lancé Les Aliennes, le festival qui parle féminisme et numérique

Tatyana Razafindrakoto, directrice du festival multiculturel Les Aliennes, qui aura lieu les 25 et 26 mai au Hasard Ludique à Paris, nous embarque dans un voyage qui mêle combats féministes, musique et innovation technologique. Entretien Express.
Tatyana Razafindrakoto, DR
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Tatyana Razafindrakoto, 30 ans, comédienne et metteure en scène, inaugurera le 25 mai prochain au Hasard Ludique à Paris la troisième édition des Aliennes, festival multiculturel qu’elle dirige depuis 2015 et dont Cheek est partenaire cette année.Avec les autres membres de l’équipe, quand on a commencé à parler de notre projet de festival culturel et féministe, on nous a regardé·e·s comme si on venait d’une autre planète, comme si on était des extraterrestres, d’où le nom d’Aliennes, se remémore-t-elle. C’est en travaillant avec le Collectif La Formule sur l’émancipation des femmes, notamment des autrices, que Tatyana Razafindrakoto, a l’idée des Aliennes.

J’ai découvert le travail d’écrivaines, d’historiennes, de poétesses, d’essayistes, que je ne connaissais pas. Ça a été un électrochoc, explique-t-elle. J’ai pris conscience de leur invisibilisation, de l’oubli volontaire dans lequel on les a laissées, des difficultés qui se dressent depuis toujours devant les femmes qui créent, les femmes qui font, les femmes qui pensent. L’idée d’un festival multiculturel, pour mettre en avant les femmes artistes et aborder les différents sujets liés aux droits des femmes, est arrivée ensuite tout naturellement. Au programme cette année, une plongée dans le monde du numérique et une réflexion sur la place des femmes sur la toile. À l’affiche, entre autres, un atelier d’initiation au code avec la Webacademie, une conférence sur La réappropriation de l’image monstrueuse du cyborg dans une perspective cyberféministe, menée par l’association Le Reset, mais aussi un concert de Khadyak ou un Dj Set de Queen CI. Tatyana Razafindrakoto nous dit tout sur ces deux jours de découvertes et d’échanges. 

Pourquoi avoir choisi cette année d’explorer les liens entre féminisme et mondes numériques ?

Ce qui nous a plu avec cette thématique, c’est de réfléchir justement à ces nouveaux mondes numériques qui entrent de plus en plus dans nos vies quotidiennes par le biais des réseaux sociaux, des jeux vidéo, des applications, des start-ups… Ce sont des secteurs et des espaces relativement récents, dans lesquels on pourrait s’attendre à ne pas retrouver les mêmes inégalités, les mêmes schémas que dans la vie réelle. Et malheureusement, c’est tout l’inverse. Le numérique et la tech, à quelques exceptions près, ont embrassé les rouages d’oppressions sexiste, raciste, homophobe, de notre société. Ces secteurs en pleine expansion recrutent énormément, produisent de l’argent et pourtant, les femmes, même les plus jeunes, y sont encore trop souvent minoritaires, peu ou mal représentées, harcelées… Il y a de moins en moins de femmes qui travaillent dans ces secteurs et dans les années 2010, on comptait seulement 11% de femmes diplômées des filières STIC (sciences et technologies de l’information et de la communication). 11%, cela devrait être une véritable préoccupation à l’échelle nationale !

Pourtant tu penses qu’Internet, et plus généralement le numérique, est un bon coup de pouce pour le féminisme…

Oui, totalement. C’est un espace dans lequel une certaine liberté est encore possible, puisque c’est un espace neuf, dont les règles sont encore à inventer. Personnellement, j’ai énormément appris sur le féminisme, mais aussi sur l’écologie, sur les luttes antiracistes, grâce à Internet, grâce des personnes, beaucoup de femmes, qui rédigent des blogs, lancent des webzines, des podcasts, des chaînes YouTube, qui créent des espaces safe dans lesquels on laisse la parole aux concerné·e·s pour parler des oppressions. J’y ai découvert de nouveaux discours, un vocabulaire plus inclusif, plus bienveillant, plus indépendant. Des infos qui ne sont jamais ou trop rarement relayées par la presse papier ou les chaînes de télévision. J’y ai aussi trouvé une vraie sororité, qui donne de la force pour continuer à lutter dans ‘la vraie vie’. Et je continue d’apprendre! Il y a sur Internet une possibilité pour des femmes qui ne se seraient jamais rencontrées –car ne venant pas des mêmes milieux et ne fréquentant pas les mêmes cercles- de se réunir et d’apprendre à s’écouter, à s’entraider. 

Tatyana Razafindrakoto les aliennes festival féministe

Tatyana Razafindrakoto entourée de l’équipe des Aliennes, DR

Penses-tu que nous sommes à un tournant du féminisme?

C’est une question difficile! Personnellement, j’oscille quotidiennement entre optimisme et révolte. J’observe avec enthousiasme les jeunes filles et les femmes qui m’entourent et dont je lis les témoignages et les articles. Je les trouve fortes, j’admire leurs choix, leurs différents combats, leurs positions. Je me dis que nous avançons, que nous osons exprimer nos revendications et nos besoins avec de plus en plus de puissance. Qu’il faut compter avec nous, maintenant. Je regarde s’ancrer de plus en plus d’évènements féministes et ça me réjouit, ça me motive à continuer.
Mais je suis aussi révoltée par les violences meurtrières dont on refuse de dire le nom –les féminicides, par les subventions que l’on retire aux associations qui œuvrent au quotidien pour les droits des femmes, par les remarques sexistes dans la rue ou à l’Assemblée, par l’article 2 du projet de loi sur les violences sexistes et sexuelles, par le plafond de verre, l’invisibilisation À chaque pas vers l’égalité, il y a des centaines de pièges qui nous sont tendus. Je trouve les féministes courageuses. Tout ce qui a été obtenu pourrait se perdre au détour d’un scrutin. Tout ce qui reste à accomplir est faramineux. Mais le féminisme existe encore, toujours, et aujourd’hui, j’entends beaucoup de femmes, d’hommes, de gens, utiliser ce mot pour se décrire et j’ai envie de croire que c’est bon signe. 

Propos recueillis par Audrey Renault


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