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Elle a quitté son job pour créer Thot, une école de français destinée aux réfugiés

Judith Aquien vient de monter Thot, une association financée par le crowdfunding, qui offre la possibilité aux migrants d’apprendre le français et d’obtenir un diplôme.
Judith Aquien, fondatrice de Toth, entourée de la vice-présidente Heloïse Nio (à g.) et de la trésorière Jennifer Leblond (à d.) © Cyril Chapellier
Judith Aquien, fondatrice de Toth, entourée de la vice-présidente Heloïse Nio (à g.) et de la trésorière Jennifer Leblond (à d.) © Cyril Chapellier

Judith Aquien, fondatrice de Toth, entourée de la vice-présidente Heloïse Nio (à g.) et de la trésorière Jennifer Leblond (à d.) © Cyril Chapellier


L’éducation est le lieu du lien, de l’intelligence et de toutes les solidarités”, a dit Abd Al Malik  à propos de Thot, dont il est le parrain. Encourager la solidarité, créer du lien social et de la stabilité pour ceux qui ont connu l’horreur, c’est bien ce qui motive Judith Aquien, 32 ans, la créatrice et présidente de cette école, dont le nom est un clin d’œil au dieu du savoir égyptien et signifie Transmettre un Horizon à Tous.

Conceptrice de sites et auteure d’un livre sur notre rapport au smartphone, Judith Aquien met sa carrière entre parenthèses en 2015 pour venir en aide aux réfugiés qui squattent l’ancien lycée Jean Quarré, dans le 19ème arrondissement de Paris. Des centaines d’entre eux vivent et dorment entassés dans ses couloirs insalubres, faute d’un autre hébergement. La Mairie de Paris les laisse y vivre, mais ne leur apporte aucune aide. Choquée par leurs conditions de vie et le manque de solutions pour les sortir de là, Judith Aquien s’investit comme elle peut, avec des dizaines d’autres Parisiens.

“Je me suis dit que c’était ça, la solution, créer une structure similaire à celle d’une école.”

De cette première initiative naît alors un désir d’offrir des perspectives d’avenir à ces réfugiés qui ne parlent souvent pas un mot de français. Elle rencontre Heloïse Nio, avec qui elle élabore le projet Thot. Elles seront rejointes par Jennifer Leblond, puis par une équipe de bénévoles qui se démène aujourd’hui pour construire une école d’apprentissage de la langue. Judith Aquien nous a raconté son engagement, son projet, et ses ambitions. 

Comment t’est venue l’idée de monter Thot?

Le déclic s’est fait un jour où j’accompagnais l’un des réfugiés du lycée à un rendez-vous administratif, et alors qu’on discutait, il m’a dit qu’il adorerait faire du code. J’ai contacté Frédéric Bardeau, le directeur de l’école Simplon, qui l’a accepté dans sa formation, et puis il a monté Refugeek, un projet d’insertion spécial pour les réfugiés avec de l’informatique et des cours de français. Je me suis dit que c’était ça, la solution, créer une structure similaire à celle d’une école. Les formations dispensées par Thot seront en plus diplômantes. À la fin du parcours, les élèves pourront passer le DELF, reconnu par l’État, qui attestera officiellement de leur niveau de français. 

Quels sont vos soutiens pour ce projet?

Nous avons été très bien reçues par RFI Savoirs et TV5 Monde qui nous ont soutenues dès le début. Ils attendaient avec impatience ce genre d’initiative, autour de l’apprentissage de la langue par les migrants. Ils nous offrent un soutien pédagogique, sur la formation de nos professeurs. Financièrement, on a choisi le crowdfunding pour lancer le projet, mais à long terme, on cherche un soutien de fonds privés, et on est plutôt confiantes.

Avez-vous reçu une subvention de la Mairie de Paris?

Euh non… (Rire gêné) Mais on a un rendez-vous bientôt, on verra bien ce qu’il adviendra. On préfère quand même les fonds privés qui collent plus à notre démarche.

Je me fiche de ne pas manger, de dormir dans un lieu dégoûtant, mais je veux apprendre le français”.

Les cours sont-ils ouverts à tous les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile?

Oui, leur statut n’a pas d’importance. Ce qui compte est qu’ils aient envie d’apprendre le français, ce qui est toujours le cas. Au lycée, j’en voyais tous les jours qui me disaient: “Je me fiche de ne pas manger, de dormir dans un lieu dégoûtant, mais je veux apprendre le français”. On s’adresse particulièrement à ceux qui n’ont pas fait d’études supérieures, pour qui l’apprentissage d’une nouvelle langue peut être très compliqué.

Qui va leur enseigner la langue?

Nous avons recruté une équipe de professeurs de Français Langue Étrangère, qui ont une expérience de terrain avec les réfugiés, et qui parlent leurs langues maternelles. Ils sont rémunérés au tarif normal. Il y aura autant de professeurs que nous pourrons ouvrir de classes. Pour l’instant, avec ce que nous avons récolté via le crowdfunding, nous pouvons ouvrir un cours de dix personnes. Notre objectif est d’en ouvrir quatre autres. Nous voulons nous rapprocher le plus possible du fonctionnement d’une école.

L’école, c’est aussi un lieu de partage, de rencontre et de sociabilité, est-ce que Toth va gérer cette dimension éducative?

Oui, ça fait aussi partie du projet. Beaucoup de nos futurs élèves sont des gens qui ont connu la guerre, et d’autres atrocités. On veut développer le lien social au sein de l’école, assurer la plus grande stabilité, car ils n’en ont aucune dans la vie. Il y aura des activités sportives, culturelles et artistiques, que nous mettrons en place avec d’autres associations. Le but est de leur redonner un rythme de vie, ce qui leur évitera de ressasser ce qu’il ont vécu, et leur permettra de se projeter dans l’avenir.

Propos recueillis par Clémentine Spiler


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